Le vingtième siècle: la vie électrique
- Автор: Robida Albert
- Год: 1890
- Язык: французский
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le vingtième siècle: la vie électrique». Краткое содержание книги:
Martyr de la science, l'illustre savant entre en convalescence.
«Il a failli périr, mais il vit pour assurer le triomphe de la science, pour faire franchir une étape nouvelle à l'humanité, pour faire faire un pas décisif à la cause sacrée du progrès et de la civilisation!..
«Il a failli périr, mais il vit… Couché sur un lit de douleur, il paye par de cruelles souffrances noblement supportées la rançon du génie…»
Et dans le grand téléphonoscope de l'Epoque, celui qui montrait chaque jour aux Parisiens, devant l'hôtel du journal, l'événement à sensation, apparut, matin et soir, la chambre du malade, avec l'illustre savant dans son lit, en proie à la fameuse fièvre inédite.
On voyait, avec le bulletin rédigé chaque matin et chaque soir par les illustrations médicales:
L'illustre savant en proie à un accès de délire;
L'illustre savant commençant à aller un peu mieux;
L'illustre savant ayant une rechute;
….. Jusqu'au jour où l'on put voir ce martyr de la science debout dans la robe de chambre du convalescent et déjà au travail.
L'homme d'État, le grand orateur et historien des Marettes, fier d'être aussi compté parmi les martyrs de la science, se hâta, aussitôt rétabli, de déposer à la Chambre, en demandant l'urgence, la proposition de loi relative au grand médicament national. Depuis quinze jours on ne parlait que de l'affaire Philox Lorris; c'était la grande actualité à l'ordre du jour de toutes les conversations, le sujet de toutes les discussions des Académies scientifiques. La proposition des Marettes ne traîna donc pas dans les bureaux; elle fut examinée par une commission, ses articles furent débattus avec l'illustre savant, discutés d'avance par tous les journaux, et, lorsqu'elle parut devant les Chambres, presque tous les partis s'y rallièrent, opposants et gouvernementaux; et même, grâce à l'appui de Mme Ponto à la Chambre, de la sénatrice Coupard, de la Sarthe, au Sénat, le parti féminin, et le parti intégral masculin, les adhérents de la Ligue de l'émancipation de l'homme, dirigés par M. des Marettes, se trouvèrent d'accord et votèrent du même côté pour la première fois.
La loi passa à une énorme majorité.
Il résultait ceci de ses nombreux articles:
1º L'inoculation du grand médicament devenait obligatoire une fois par mois pour tous les Français à partir de l'âge de trois ans;
2º Le monopole de la fabrication du grand médicament national microbicide et dépuratif, anti-anémique et reconstituant, était assuré pour cinquante ans à la maison Philox Lorris;
3º Une récompense nationale à l'illustre Philox Lorris était votée à l'unanimité.
Disons tout de suite que celui-ci n'accepta qu'une grande médaille d'or, remarquable objet d'art, qui représentait d'un côté l'illustre savant en Hercule, vainqueur des hydres modernes, avec une inscription commémorative de sa grande découverte sur le revers.
Les questions secondaires, relatives à l'organisation des services, restaient à régler; mais c'était l'affaire de Philox Lorris, nommé administrateur général, avec pleins pouvoirs. De plus, sur l'avis de Philox Lorris, la création d'un ministère de plus fut décidée; on l'intitula ministère de la Santé publique. Le portefeuille en fut donné à une éminente avocate et femme politique, Mlle la sénatrice Coupard, de la Sarthe, rapporteuse au Sénat du projet de loi sur le grand médicament national.
Cette réglementation de tout ce qui concerne l'hygiène et la santé publique va simplifier considérablement bien des choses et rendre aux populations d'immenses services.
En bien des cas le grand médicament national suffira parfaitement à rétablir les santés chancelantes, à remettre en bon état les organismes avariés ou fatigués, sans intervention aucune du médecin.
AU RESTAURANT PHARMACEUTIQUE.
Anémiés, dyspeptiques, gastralgiques, malades du foie, etc., seront très vite soulagés. Ils n'auront plus besoin de prendre leurs repas, ainsi que beaucoup s'y résignaient, dans les restaurants pharmaceutiques fondés avec tant de succès en ces dernières années, cuisines officinales où les repas étaient préparés, sur ordonnances, par des pharmaciens diplômés, disciples à la fois de M. Purgon et de Brillat-Savarin, inventeurs de plats hygiéniques renommés, mais, en somme, assez coûteux.
Le parc National d'Armorique
Héliog. & Imp. Lemercier Paris
M. Philox Lorris se trouva donc débarrassé des préoccupations de sa grande affaire du médicament. Il était temps, car il commençait à se sentir le cerveau horriblement fatigué. Lui aussi, dans le travail formidable de ces derniers jours, il avait eu des distractions et par moments s'était vu sur le point de confondre les flacons du grand médicament national avec les cornues de l'affaire des miasmes. Maintenant il était libre, et suivant son habitude de se reposer d'une fatigue par une autre fatigue et d'un travail par un autre travail, dont la nouveauté surexcitait ses facultés, il pouvait se consacrer entièrement aux dernières études sur la concentration des miasmes et leur emploi généralisé dans les opérations militaires.
LA GUERRE MIASMATIQUE. COMITÉ DE RÉORGANISATION DU CORPS MÉDICAL OFFENSIF.
Une commission d'ingénieurs généraux, nommée par le ministère de la Guerre, avait été chargée d'élaborer dans le plus grand secret un projet d'organisation du corps médical offensif. Elle tenait séance toutes les après-midi, sous la présidence de l'illustre savant.
On voyait peu Estelle Lacombe au laboratoire; la jeune fille, en arrivant chaque matin, se hâtait, après avoir fait acte de présence chez M. Sulfatin, de gagner l'appartement de Mme Lorris, où personne des amis et relations de Philox Lorris, tous gens de science, d'affaires ou de politique, ne pénétrait jamais. Mme Philox Lorris était si occupée, pensait-on, toujours perdue dans les plus profondes méditations philosophiques, tournant et retournant pour son grand ouvrage les plus nébuleux problèmes de la métaphysique.
La fiancée de Georges Lorris, ayant gagné complètement la confiance et l'amitié de sa future belle-mère, fut pourtant à la fin mise dans la confidence de ces travaux, dont la seule idée la faisait trembler presque autant que les vastes conceptions scientifiques de Philox Lorris. Un jour, Mme Lorris l'introduisit mystérieusement dans une petite pièce que Philox Lorris appelait le cabinet d'études de Madame.
C'était un petit salon fort gai, rempli de fleurs, suspendu comme une cage vitrée sur l'angle de l'hôtel, avec vues sur le parc et sur l'immense déroulement des toits et des monuments de la grande ville.
«Voyez si j'ai confiance en vous, ma chère Estelle, dit Mme Lorris; je vais tout vous dire, il me semble que vous n'êtes pas trop ingénieure pour me comprendre.
— Hélas! je le suis si peu, madame, à mon grand regret et malgré mes efforts! M. Philox Lorris me le reproche toujours…
— Tant mieux! tant mieux! Je puis vous révéler mon grand secret… Je m'enferme ici pour…
— Je sais, madame, pour méditer et écrire votre grand ouvrage philosophique, dont M. Lorris donnait l'autre jour devant moi des nouvelles à quelques membres de l'Institut…