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Le vingtième siècle: la vie électrique

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Le vingtième siècle: la vie électrique
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— Je m'incline et j'admire, répondit M. des Marettes; dans quatre jours, à la rentrée des Chambres, je dépose une proposition… Mais quelle est cette étrange odeur?

— Je vous remettrai un croquis du projet de loi… Oui, vous avez raison, quelle singulière odeur!.. Sulfatin… Grands dieux! vous avez touché aux tuyaux… voyez donc, malheureux, il y a une fuite!

L'ACCIDENT AU RÉSERVOIR DES MIASMES.

— Une fuite!.. Où cela? demanda M. des Marettes.

— Au réservoir de droite, celui des miasmes pour le corps médical offensif… mon autre grande affaire.

— Sapristi de sapristi! gémit M. des Marettes renversant les chaises pour gagner la porte, vite, mon aérocab… Je suis attendu chez moi… Je ne me sens pas bien!..»

Sulfatin et Philox Lorris s'étaient précipités et tous deux cherchaient à découvrir le point de fuite des miasmes; ce fut Philox Lorris qui le trouva. Un tuyau que Sulfatin, dans sa préoccupation, avait un peu dérangé, laissait fuser un mince filet de vapeurs délétères. M. Philox Lorris et Sulfatin, la sueur au front, s'efforcèrent de réparer la légère et imperceptible avarie, ce n'était pas grand'chose et ce fut bientôt fait, mais il était temps; s'ils avaient tardé, d'épouvantables malheurs eussent été la conséquence de la fatale distraction de Sulfatin.

Mais l'air effaré de M. des Marettes, qui s'efforçait de percer la foule pour gagner un ascenseur, avait jeté l'émoi parmi les invités et interrompu un morceau en exécution. Quelques personnes se levèrent dans le clan des gens sérieux que la musique ne passionnait pas; à leur tête, accoururent la doctoresse Bardoz et la sénatrice Coupard, de la Sarthe.

«Qu'est-ce qu'il y a, cher maître? demanda la doctoresse; seriez-vous malade? Quelle odeur singulière!

— Tranquillisez-vous, il n'y a plus de danger, dit Philox Lorris, mais la tête me tourne. N'ébruitez pas l'accident… Vite, que tout le monde, le plus tôt possible, se mette au lit… C'est le plus sûr…

— N'alarmez personne, dit Sulfatin, il n'y aura rien de grave, la fuite est trouvée et bouchée… Ah! je ne me sens pas bien!

— Quel accident? quelle fuite? firent quelques voix effrayées.

— Le réservoir aux miasmes! gémit M. des Marettes, qui revenait s'écrouler sur un divan.

— Du calme! s'écria Philox Lorris en se serrant le front, ce ne sera rien, nous aurons une légère épidémie!.. une toute petite épidémie! Aïe! la tête!

— Une épidémie!!!»

Déjà le désarroi avait gagné le grand hall, le concert était abandonné, on se pressait, on se bousculait pour savoir ce qui venait d'arriver. Sur ce mot épidémie! tout le monde pâlit et quelques personnes furent sur le point de s'évanouir.

Une toute petite épidémie! Je réponds de tout, la fuite était insignifiante…

— Je ne me sens pas bien non plus, dit Mlle la doctoresse Bardoz en se tâtant le pouls.

— Du calme! du calme!»

En moins de cinq minutes, le petit salon où s'était produit l'accident fut plein de gens qui accouraient, s'informaient, entouraient les malades et, peu après, tombaient eux-mêmes indisposés… Ce fut bientôt un concert de plaintes indignées contre M. Lorris. Des invités, pâles et affadis, gisaient sans force sur tous les meubles; d'autres, au contraire, agités et surexcités, semblaient en proie à de véritables attaques de nerfs. M. Philox Lorris, très atteint, n'avait pas la force de faire évacuer le petit salon, particulièrement dangereux, ni même de faire ouvrir les fenêtres pour laisser échapper les miasmes; ce fut M. La Héronnière qui, voyant les gens continuer à s'accumuler dans la pièce infectée, eut la pensée de les ouvrir toutes grandes.

La Héronnière s'interrogeait inquiet et se tâtait le pouls; mais, seul de tous ceux qui se trouvaient là, il était indemne et ne ressentait pas le plus petit malaise. Cependant l'ex-malade, rassuré pour lui-même, prit peur tout de même en songeant que son médecin était atteint, et il s'en vint offrir son aide et ses soins à Sulfatin.

«C'EST MOI QUI VOUS SOIGNE MAINTENANT!»

«Vous m'affirmiez que mon traitement n'était pas terminé, lui dit-il, n'allez pas me faire la mauvaise farce de me laisser en plan! C'est moi qui vous soigne, maintenant; je devrais vous réclamer des honoraires ou une déduction sur mon compte!.. Comment se fait-il que je n'aie rien quand tous ceux qui sont là sont atteints?

— Vous pouvez braver les miasmes grâce aux inoculations que vous avez subies, répondit Sulfatin d'une voix entrecoupée… Faites évacuer l'hôtel, les personnes qui ne sont pas entrées dans cette pièce auront… une petite migraine tout au plus…»

Ainsi La Héronnière continuait à être une réclame vivante et venait ajouter le poids d'une nouvelle expérience à la belle théorie des inoculations obligatoires que Philox Lorris avait développée à M. des Marettes. Jusqu'à présent, on était sûr que le remède de Sulfatin guérissait; on pouvait être certain maintenant que son inoculation rendait réfractaire aux millions de microbes que l'accident survenu au laboratoire Philox Lorris allait répandre dans l'atmosphère.

L'ILLUSTRE PHILOX LORRIS.

LE DÉBLAIEMENT DE L'ANCIEN MONDE

L'AMBULANCE DE L'HOTEL PHILOX LORRIS.

VII

La catastrophe de l'hôtel Philox Lorris.- Trente-trois martyrs de la science.- Naissance d'une maladie nouvelle absolument inédite.- Le grand ouvrage de Mme Lorris.- Où l'illustre savant se trouve cruellement embarrassé.

L'hôtel Philox Lorris est converti en ambulance. Trente-quatre personnes sont entrées dans le salon aux miasmes, trente-trois sont malades. Seul, Adrien La Héronnière n'a rien ressenti. Les autres invités de M. Philox Lorris ont pu rentrer chez eux avec une très légère indisposition qui s'est dissipée rapidement dans la journée du lendemain.

Les malades sont restés à l'hôtel, les dames dans les chambres particulières, les hommes dans les salons de réception, subdivisés par des cloisons mobiles en petites salles d'hôpital. La maladie n'a rien de grave heureusement, mais elle présente une singulière variété de symptômes qui tiennent tous en partie d'autres maladies connues.

PHILOX LORRIS ET SULFATIN PASSAIENT LE TEMPS A SE QUERELLER.

Par suite d'une heureuse chance, Georges Lorris, Estelle et Mme Lorris se trouvaient à une autre extrémité de l'hôtel quand l'épidémie a éclaté, ils n'ont donc ressenti qu'un simple malaise, un mal de tête, accompagné de vertiges. Ils ont pu prendre la direction de l'ambulance et donner tous leurs soins aux malades. Dans la même salle, M. Philox Lorris, Sulfatin et M. des Marettes sont couchés en proie à une fièvre assez violente. Comme ils ont absorbé les vapeurs délétères plus longtemps que les autres, ils sont les plus atteints.

M. Philox Lorris et Sulfatin passent leur temps à se quereller. L'illustre savant, excité par la fièvre, accable son collaborateur de ses sarcasmes et de sa colère.

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