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Le vingtième siècle: la vie électrique

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Le vingtième siècle: la vie électrique
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— Ces appareils aussi compliqués que ceux de droite?

— Oui! Cet ensemble d'alambics, de tubes, de ballons, de tuyaux…

— Il y a un réservoir aussi au milieu!

«IL Y A ICI ASSEZ DE FERMENTS PATHOGÈNES POUR INFECTER UNE ZONE DE 40 KILOMÈTRES!»

— Tout juste! Considérez ce réservoir!

— Encore plus dangereux que l'autre, peut-être?

— Au contraire, mon cher député, au contraire! A droite, c'est la maladie, c'est l'arsenal offensif, ce sont les miasmes les plus délétères que je suis prêt, au premier signal de guerre, à porter chez l'ennemi pour la défense de notre patrie! A gauche, c'est la santé, c'est l'arsenal défensif, c'est le bienfaisant médicament qui nous défend contre les atteintes de la maladie, qui répare les dégâts de notre organisme et l'universelle usure causée par les surmenages outranciers de notre vie électrique!

— J'aime mieux ça! fit Arsène des Marettes en souriant.

— Vous savez, reprit Philox Lorris, combien nous gémissions tous de l'usure corporelle si rapide en notre siècle haletant? Plus de jambes!

— Hélas!

— Plus de muscles!

— Hélas!

— Plus d'estomac!

— Trois fois hélas! C'est bien mon cas!

— Le cerveau seul fonctionne passablement encore.

— Parbleu! Quel âge me donnez-vous? demanda piteusement Arsène des Marettes.

— Entre soixante-douze et soixante-dix-huit, mais je pense que vous avez beaucoup moins!

«PLUS D'ESTOMAC!»

— Je vais sur cinquante-trois ans!

— Nous sommes tous vénérables aujourd'hui dès la quarantaine; mais tranquillisez-vous, il y a là dedans de quoi vous remettre presque à neuf… Vous commencez maintenant à pressentir l'importance des communications que j'ai à vous faire, n'est-ce pas? Mais j'ai besoin de mon collaborateur Sulfatin et de son sujet, un ex-surmené que vous avez jadis connu et que vous allez revoir avec quelque étonnement, j'ose le dire! Permettez que j'aille le chercher…»

Sulfatin avait disparu dès le commencement du concert. Philox Lorris, qui aurait bien voulu en faire autant, le tapage musical ne l'intéressant nullement, ne s'en était pas inquiété. Sans doute, Sulfatin avait préféré causer dans quelque coin avec des gens plus sérieux que les amateurs de musique. Quelques groupes d'invités, pour la plupart illustrations scientifiques françaises ou étrangères, se livraient çà et là, dans les petits salons, à de graves discussions en attendant la partie scientifique de la fête, mais il n'y avait pas de Sulfatin avec eux.

NOS FLEUVES ET NOTRE ATMOSPHÈRE.-MULTIPLICATION DES FERMENTS PATHOGÈNES, DES DIFFÉRENTS MICROBES ET BACILLES

Où pouvait-il être? Ne serait-il pas monté prendre l'air sur la plate-forme? M. Philox Lorris s'informa. Sulfatin, peu contemplatif, n'était pas allé admirer l'illumination électrique de l'hôtel portant ses jets de lumière, au loin dans les profondeurs célestes, par-dessus la couronne stellaire des mille phares parisiens.

«J'y suis, se dit Philox Lorris, où avais-je la tête? Parbleu! Sulfatin avait une heure à lui; au lieu de rester à bâiller au concert, ce digne ami, il est allé travailler…»

«NOUS SOMMES TOUS VÉNÉRABLES DÈS LA QUARANTAINE.»

Le compartiment du grand hall où se trouvait le laboratoire personnel de Sulfatin avait été réservé; on avait entassé là tous les appareils qui eussent pu gêner la foule. Philox Lorris y courut et frappa vivement à la porte, pensant que Sulfatin s'y était enfermé. Pas de réponse. Machinalement, M. Lorris mit le doigt sur le bouton de la serrure et la porte, non fermée, s'ouvrit sans bruit.

Dans l'encombrement des appareils, Philox Lorris n'aperçut pas d'abord son collaborateur; à son grand étonnement, il entendit une voix de femme parlant vivement sur un ton de colère; puis la voix de Sulfatin s'éleva non moins furieuse.

«Qui diable mon Sulfatin peut-il invectiver ainsi? pensa Philox Lorris stupéfait et hésitant un instant à avancer, partagé qu'il était entre la curiosité et la crainte d'être indiscret.

— Et d'abord, mon bon, disait la voix de femme, je vous dirai que vous commencez à m'ennuyer en m'appelant à tout instant au téléphonoscope; c'est bien assez déjà de vous voir arriver tous les jours avec votre mine de savant renfrogné… Avec ça que votre conversation est amusante!.. Tenez, j'en ai assez!

— Je n'ai pas la mine d'un de ces idiots qui tournent autour de vous au Molière-Palace… répliquait Sulfatin; mais pas tant de raisons… Vous allez me dire tout de suite qui était ce monsieur qui vient de filer? Je veux le savoir!

— Je vous dis que j'en ai assez de vos scènes incessantes! J'en ai assez, enfin, de votre surveillance par Télé ou par phonographe! Savez-vous que vous m'insultez avec toutes vos machines qui notent mes faits et gestes; je ne veux plus supporter ces façons! On rit de moi au théâtre!

— Je ne ris pas, moi!

— Je ne puis faire un pas chez moi, recevoir quelqu'un, causer avec des amis, sans que des appareils subrepticement braqués sur moi ne me photographient, ne phonoclichent mes faits et gestes… et alors, quand vous avez vos clichés, quand vos phonographes répètent ce qui s'est dit ici, ce sont des bouderies ou des scènes à n'en plus finir! J'en ai assez!..

— Encore une fois, qui était ce monsieur?

— C'était mon pédicure!.. mon bottier!.. mon notaire!.. mon oncle!.. mon grand-père!.. mon neveu!.. mon coiffeur!.. s'écria la dame avec volubilité.

— Ne vous moquez pas de moi… Voyons, je vous en supplie, Sylvia, ma chère Sylvia! rappelez-vous…»

M. Philox Lorris, avançant doucement, aperçut alors Sulfatin: il était seul, criant et gesticulant devant la grande plaque du Télé, dans laquelle on distinguait une dame paraissant non moins émue que lui, une forte et plantureuse brune dans laquelle le savant reconnut l'étoile du Molière-Palace, Sylvia, la tragédienne-médium, qu'il avait vue quelquefois dans ses grands rôles des classiques arrangés.

«Eh bien! eh bien! se dit M. Philox Lorris, c'est donc vrai ce qu'on m'a dit. Sulfatin se dérange! Qui l'eût dit! Qui l'eût cru!»

Mais Sulfatin faiblissait maintenant, sa voix s'adoucissait; plus de colère dans ses paroles, seulement un accent de reproche.

«Je vous demande seulement de m'expliquer… Mon Dieu, vous devriez comprendre… Sylvia, je vous prie, rappelez-vous ce que vous me disiez naguère, ce que vous m'avez juré…»

SULFATIN LANÇAIT UNE CHAISE A TRAVERS LE TÉLÉ.

La dame du Télé eut un accès de rire nerveux.

«Ce que j'ai juré? serments de théâtre, monsieur, s'il faut vous le dire pour en finir avec toutes vos scènes de jalousie, serments de théâtre! Ça ne compte pas!

-Ça ne compte pas! s'écria Sulfatin rugissant de fureur. Coquine!!!»

Un grand bruit de cristal brisé fit bondir M. Philox Lorris, l'image de Sylvia disparut, la plaque du Télé éclata en morceaux. Sulfatin venait de lancer une chaise à travers le Télé et piétinait maintenant sur les débris.

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