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Les clowns de l'Eden

Электронная книга - «Les clowns de l'Eden». Краткое содержание книги:

Comment devenir immortel, sinon en affrontant, en niant la mort ? C’est ce qu’ont fait, au fil des âges, quelques hommes et quelques femmes : le Groupe, qui a commencé avec un Neandertalien et qui accueille, aujourd’hui, en cette fin du XXIe siècle, le Dr Devine.
Ce ne sont ni des dieux ni des saints. Simplement des humains riches d’expérience et pour qui le monde est un terrain de jeux. Ils aiment, ils boivent, ils s’amusent… Le Dr Devine, cependant, va leur poser un rude problème !
Il a vaincu la mort mais pour se retrouver en vivante et totale symbiose avec l’Extro, le tout-puissant ordinateur. Et l’Extro, à présent doué de conscience, veut, ni plus ni moins, métamorphoser l’espèce humaine…
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Après une courte palabre, le lutin me traduisit :

— Le Sachem demande pourquoi ils ne sont pas avec vous.

— Dites-lui que je suis sur le point d’aller les rejoindre.

— Ceci est une visite de courtoisie ?

— Oui et non.

— C’est encore ambigu, monsieur Curzon.

— Cela fait partie de la complexité du tout. Il faut que j’emprunte un peu d’argent liquide.

— Mais vous avez la réputation d’être plusieurs fois milliardaire.

— C’est vrai. Toujours la complexité.

— J’aimerais entendre cela. Je n’ai jamais été si intrigué. Excusez-moi. (Il se tourna pour cacarder avec papa, puis m’annonça :) Le Sachem a dit oui, certainement. Combien ?

— Cent mille.

Larsen fut sidéré. Ce ne fut pas le cas de papa. Il hocha calmement la tête. Je l’adorais. Je n’ai jamais eu un père comme ça. Il quitta la pièce et revint quelques instants plus tard avec dix liasses de billets dorés, ce qui signifiait que c’étaient des coupures de mille. Il en fit une petite pile sur la table de nuit, s’assit à mon chevet et me dévisagea longuement. Il posa une main sur mon front en murmurant quelque chose.

— Le Sachem dit que malgré la fatigue, le mariage avec sa fille semble vous réussir, traduisit le lutin.

— Dites-lui qu’elle est devenue plus jolie que jamais.

— Je préfère pas, monsieur Curzon. Selon la tradition, un homme qui se respecte ne doit pas admirer sa femme.

— Merci, professeur Larsen. Dites-lui que Natoma est une squaw très travailleuse.

— Je pense que cela devrait lui faire plaisir.

La porte s’ouvrit soudain en grand et la squaw en question chargea avec l’air d’une déesse agitée. Si toutefois les déesses s’habillent au dernier goût du jour. Elle se jeta sur moi littéralement.

— Qu’est-ce que tu as, Glig ? Tu es malade ? Pourquoi es-tu au lit ? Je te fais mal ? Que fais-tu ici ? Où devrais-tu être ? Tu savais que j’allais venir ? Comment ? Pourquoi ne dis-tu rien ?

Dès que j’eus l’occasion de placer un mot, je le plaçai. Je réussis même à lui demander ce qu’elle faisait elle-même ici.

— Il fallait que je vienne, me dit-elle. Sinon ma raison risquait de vaciller. Je viens de voir mon frère. Tu ne peux pas savoir comme je suis furieuse.

Je mourais d’entendre les nouvelles qu’elle m’apportait, mais le repas était prêt. Nous n’avions plus le temps de parler. Papa, le professeur, les petits frères et moi-même nous passâmes à table. Mama et Natoma nous servaient. Mon incomparable femme avait eu le charme de retourner aux traditions de la réserve. Elle portait des vêtements de daim, gardait les yeux baissés et rougit même quand les vilains petits frères se mirent à faire des plaisanteries grossières sur le mariage, que Larsen refusa de traduire.

Quand je lui fis signe de sortir avec moi pour faire une petite promenade du soir, elle acquiesça de la tête mais me fit comprendre qu’il fallait attendre. Elle avait la vaisselle à faire avec mama. Quand finalement nous quittâmes ensemble le wigwam, elle marcha sagement à trois pas derrière moi jusqu’à ce que nous fûmes hors de vue. Elle se jeta alors à mon cou et faillit me renverser.

— Je t’aime. Comme je t’aime ! Je t’adorerais même si tu étais détestable. Tu m’as arrachée à tout ça.

— Tu t’en serais arrachée toi-même, Natoma.

— Comment aurais-je pu ? Je ne savais même pas qu’il existait un autre monde. Non, c’est toi qui m’as libérée, et maintenant je suis entière.

— Moi aussi ; cela fonctionne dans les deux sens.

Elle me conduisit à sa cachette d’enfant, un cèdre du Liban énorme où l’on pouvait grimper, s’asseoir l’un à côté de l’autre et se tenir les mains sans s’attirer de commentaires caustiques de la part des conservateurs du lac Erié.

— Qui commence, toi ou moi ? demanda-t-elle.

— Toi.

— Hillel avait raison. Mon frère n’a pas pu résister au désir de venir me parler.

— Où t’a-t-il retrouvée ?

— À Boxton.

— J’ignorais que tu étais allée là-bas.

— Les machines nous séparaient exprès.

— Uu. Et alors ? Il a essayé de te rassurer ?

— Non. Il m’a fait peur. Ce n’est pas seulement un mauvais garnement. Il est devenu froid, très froid. Son cœur est une pierre.

— Ah !

— Ce n’est plus mon frère.

— Pas pour l’instant, mais il le redeviendra.

— Il m’a dit qu’il livrerait une guerre sans merci au genre humain, qui cherchait cela depuis un milliard d’années. Ravages et destructions. La mort de l’humanité.

— Dio ! Nous savions déjà que le réseau et lui ne plaisantaient pas.

— Il m’a conseillé de rentrer ici me mettre à l’abri. Le réseau n’a pas accès à la réserve. Il y a d’autres endroits qui sont immunisés aussi. Le Sahara, le Brésil… J’en oublie, parce que je n’écoutais pas tellement.

— Pourquoi pas ?

— J’étais furieuse. Je lui ai dit… Pourquoi souris-tu ?

— Parce que je sais ce que c’est, quand tu es furieuse.

— Je lui ai dit que c’était un sale traître, envers ce monde merveilleux que tu m’as fait connaître.

— Eh bien ! Tu devais être dans tous tes états.

— Je l’étais. Je lui ai dit que je n’étais plus une squaw. Que tu avais fait de moi une personne pensante, indépendante, et que je ferais tout ce qui serait en mon pouvoir pour l’arrêter et pour le châtier, même si je devais pour cela rassembler tous les peuples et toutes les tribus de l’Erié et les lancer à ses trousses. Ils ont bien eu raison de la Maffia Internationale. Je ne vois pas pourquoi il les tiendrait en échec avec son fichu ordinateur.

— Ça c’est parler, Nato. Et tu crois que les peuples et les tribus suivraient ?

— J’en suis sûre. Nous nous passons de l’électronique depuis des générations, en dehors du système de sécurité et de quelques gadgets mineurs. Ce n’est pas un vulgaire ordinateur qui va nous en imposer. De plus, nos braves sont démangés par l’idée d’aller se battre.

— Même contre le fils du Grand Sachem ?

— Ils ne le tueront pas. Ils le feront seulement rôtir à petit feu, à la mode iroquoise, jusqu’à ce qu’un peu de bon sens lui entre dans la cervelle. Cela devrait suffire à le désintoxiquer.

— Tu lui as parlé du véritable ennemi, le renégat ?

— Non.

— Et qu’est-ce qu’il a répondu à tout ça ?

— Rien du tout. Il s’est détourné et m’a quittée comme tu quittes un fauteuil.

— Pour aller où ?

— Il ne me l’a pas dit.

— Pour retourner à la capsule ?

— Je n’en sais rien. Ensuite, je suis venue ici.

— Bien sûr. Et tu vas y rester.

— Nn.

— Pourquoi Nn ?

— Je veux aller avec toi.

— Natoma !

— Edward !

Nous nous disputâmes si bien que je faillis tomber de l’arbre. J’énumérai tous les désastres causés par le réseau. Rien. Pas même une larme pour la disparition du service de Sèvres. Elle serra simplement les lèvres d’un air encore plus décidé. Elle avait reçu le ballon du vieux farfelu que j’étais, et elle était décidée à courir avec ou à faire la passe. Aussi je renonçai. Ma fichue Cherokee d’épouse avait jeté sur moi son sortilège indien.

Elle réussit à flouer le réseau anti-Tchicago. Nous primes la navette de Buffalo jusqu’à Pittsburgh. Puis de Pittsburgh à Charleston. Là, nous avions l’intention d’aller à Springfield et d’embarquer à bord d’un hovercraft pour Tchi. Mais quelqu’un avait dû faire une erreur sur le billet de Natoma. On l’appela au comptoir de Charleston juste avant le départ. Son spanglais n’étant pas aussi bon que son XXe, je la laissai à bord de la navette pour descendre voir moi-même ce qu’il y avait.

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