Pisteur - Livre 2 - Partie 1 [Ruins - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Pisteur #2
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-02321-1
- Переводчик: Mathieu Jacquet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Pisteur - Livre 2 - Partie 1 [Ruins - fr]». Краткое содержание книги:
— Et puisque tu es devenu un surhomme, Miche, renchérit Umbo, tu ne voudrais pas déraciner l’arbre, qu’on voit ce qu’il y a en dessous ?
— Les arbres sont sacrés, refusa Miche. Si je peux éviter de les abîmer, je préfère.
— Ils sont un peu lourds, aussi… le nargua Umbo.
— Et bien ancrés dans le sol, ajouta Rigg. Laissons les arbres tranquilles et faisons preuve de diplomatie. J’ai beau chercher comment dire “Salut, les yahous, je viens de l’entremur de Ram”, je ne trouve pas. Si seulement je…
— Ne vous tracassez pas », le coupa une voix descendue de l’arbre.
C’était la première fois qu’Umbo entendait cette langue mais, grâce au Mur, il la comprenait.
« Les yahous émettent divers bruits – grognements, pets, éructations, claquements de langue – mais ne parlent pas vraiment, poursuivit la voix.
— Je savais bien que je maîtrisais au moins une langue étrangère », blagua Umbo.
Param laissa échapper un gloussement, qu’Umbo hésita à interpréter comme une appréciation de son second degré, ou comme une simple confirmation du premier.
« Qui êtes-vous ? interrogea Miche. Et pourquoi cette réception ?
— Êtes-vous réellement de l’entremur de Ram ? osa une voix timorée.
— Vous savez pertinemment qui nous sommes, asséna Rigg. Cessez votre manège et descendez. »
Un long silence s’ensuivit.
« Nous permettez-vous d’enfiler quelque chose ?
— Nous préférerions, approuva Miche. Prenez votre temps. Videz-vous les entrailles, lavez-vous les mains. Faites comme si nous n’étions pas là.
— Comment as-tu su qu’ils faisaient semblant ? s’enquit Umbo.
— Un humain n’oublie pas sa langue. Ça n’a aucun sens, confia Rigg. Les hommes parlent depuis qu’ils sont hommes. Ces histoires de grognements ne tenaient pas debout, c’est évident.
— Pour toi, acquiesça Umbo.
— Pour toi aussi, poursuivit Rigg. Sinon on serait déjà en train de se chamailler à ce propos. »
Tout le monde croit toujours tout savoir sur tout le monde, songea Umbo. Mais Rigg et moi n’avons rencontré Miche qu’à Halte-de-Flaque, sur la route d’Aressa Sessamo. Aucun de nous ne connaît les motivations profondes ni ne peut lire dans l’inconscient des autres. C’est impossible.
Deux silhouettes vêtues, de courte stature, virevoltèrent de branche en branche jusqu’à eux. Elles s’inclinèrent front à terre.
« Veuillez pardonner notre liberté dans cette première expérience de contact humain, dont vous êtes les malheureuses victimes, déplora la femme dans un registre châtié. Les visiteurs sont rares, en provenance du Mur.
— Rare est un euphémisme, je suppose, risqua Umbo.
— Ne craignez rien pour votre chemise, nous avons le produit miracle qu’il vous faut, pointa la femme.
— Un constipant naturel aurait fait l’affaire, la remercia Umbo. Pour vous, pas pour ma chemise. »
L’homme soupira. La femme éclata de rire.
« Je crains que notre camouflage ne soit pas des plus efficaces, ajouta-t-elle.
— Il m’a donné envie de m’écorcher vif, fit remarquer Umbo. Si c’était le but visé…
— Votre arrivée précoce, expliqua la femme, a semé le doute quant à votre identité.
— Qui sommes-nous, d’après vous ? »
L’homme tendit à Umbo une chemise propre à peu près à sa taille, tissée de fils soyeux. Une étoffe étonnamment légère et chaude à la fois.
« Vous êtes Miche, ancien soldat devenu tavernier devenu garde du corps, déclina la femme. Et vous portez sur le visage l’un de ces parasites vicieux de l’entremur de Vadesh. Ce garçon-ci se prénomme Umbo. Lui, Rigg. J’aperçois ici Param, princesse héritière de la dynastie sessamide, promise au titre de Reine en la Tente. Et, qui ne le connaîtrait pas : Olivenko l’érudit, ancien bras droit du Roi Knosso. »
L’accueil avait laissé à désirer. Les présentations, elles, étaient effrayantes de précision.
« Comment pouvez-vous en savoir autant sur les autres entremurs ? lança Umbo, l’air ébahi.
— Nous avons appris à intercepter et à déchiffrer les transmissions codées que s’échangent sacrifiables, orbiteurs et vaisseaux, et ce dès les premiers siècles de la colonisation, les informa l’homme.
— L’annonce de votre arrivée est la meilleure nouvelle de ces dix mille dernières années, ajouta la femme. Depuis l’extinction de la race humaine dans la colonie de Vadesh.
— Une tragédie, soupira l’homme.
— Je suis surprise que Vadesh vous ait laissés partir, s’étonna la femme.
— Il n’est pas équipé pour nous barrer la route, indiqua Rigg.
— Détrompez-vous, rétorqua la femme. L’un de vous porte son bébé (elle désigna le crocheface sur le visage de Miche), ce qui explique sans doute sa magnanimité. »
Umbo s’interrogea sur le sens, littéral ou figuré, de son allusion.
« Rassurez-moi, cette chose ne va pas tomber enceinte, au moins ? s’inquiéta-t-il.
— Non, ne craignez rien ! s’écria la femme. J’oubliais que l’analogie peut encore vous sembler obscure. Mais quand vous en saurez un peu plus, vous saisirez l’ironie de ma remarque.
— Personnellement, s’immisça Param, c’est la subtilité de votre camouflage qui m’échappe encore un peu.
— Primitivité, résuma l’homme.
— Décadence et dégénérescence, ajouta la femme.
— Mais notre plan ne vous a pas trompés, alors j’imagine qu’il ne les trompera pas non plus, regretta l’homme. Tous nos espoirs reposent sur vous.
— Tous vos espoirs de ? Oui êtes-vous, enfin ? insista Rigg.
— Ne vous en faites pas, l’amadoua l’homme, nous allons tout vous expliquer. Un peu de patience.
— Pour résumer la situation, les éclaira la femme, il nous reste un peu plus de deux ans avant que les Terriens ne reviennent pour la première fois sur le Jardin depuis sa biosphérisation.
— Et un peu plus de trois avant qu’ils ne décident de raser sa surface pour la seconde fois, compléta l’homme.
— Vous êtes capables de prédire l’avenir ? s’enquit Rigg.
— Non, indiqua l’homme. La fin de notre monde nous a été rapportée par des colons de notre entremur. Un message envoyé du futur juste avant leur mort. Nous l’avons reçu il y a cinq mille ans.
— Vous voyagez dans le temps… en déduisit Rigg.
— Nous possédons des machines capables d’envoyer des choses à travers le temps et l’espace, l’éclaira la femme.
— Et capables de les récupérer, compléta l’homme. Comme cette pierre à laquelle vous teniez tant…
— Et que nos téléporteurs ont subtilisée, avant de venir la déposer sous les yeux d’Umbo dans l’entremur de Vadesh, termina la femme.
— Nous faisons tout pour vous aider depuis que nous avons eu vent de votre existence. »
Cette confession chamboula Umbo. Quelqu’un avait veillé sur eux. Ou plutôt, les avait manipulés. Comme des pantins. Entre leurs mains ou celles des sacrifiables, ils restaient des marionnettes.
« Comment vous appelez-vous ? questionna-t-il. Vous avez bien un nom ? »
Ils se regardèrent et partirent dans un grand éclat de rire.
« Avons-nous un nom… Oui, je suppose. Plusieurs, même. Mais personne ne les utilise.
— Cet entremur ne compte pas plus de dix mille âmes, expliqua la femme. Comme tout le monde sait tout sur tout le monde, nous ne nous appelons jamais par notre nom. Mais en cas de besoin, nous utilisons une version condensée de notre histoire. Comme Double-Mère, Saute-Nuages, Sauve-le-Monde, qui est mon nom.