Pisteur - Livre 2 - Partie 1 [Ruins - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Pisteur #2
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-02321-1
- Переводчик: Mathieu Jacquet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Pisteur - Livre 2 - Partie 1 [Ruins - fr]». Краткое содержание книги:
— Le crocheface a fait place nette dans mes orbites pour m’offrir de nouvelles mirettes. De vraies jumelles. Sympa, non ? »
Umbo imagina le crocheface en train de digérer lentement les globes oculaires de son ami. Il sentit la nausée et des larmes le gagner. L’irréversibilité du processus se confirmait : sans ce parasite, Miche serait aveugle.
Mais doté de sa toute nouvelle super-vue, aucun détail, pas même une infime crispation comme celle trahie par Umbo à l’instant même, ne pouvait lui échapper.
« Si je perdais le crocheface, ajouta-t-il pour rassurer le jeune cordonnier, mes globes se recomposeraient. Comme tous mes organes. Je n’en ai plus un d’origine. Mon corps a la capacité de se régénérer désormais, comme celui du crocheface.
— Donc si on te coupait la main…
— Je mourrais dans un bain de sang, comme tout le monde, indiqua Miche. Mais si quelqu’un me plaçait un garrot à temps, la plaie cicatriserait rapidement. Et une nouvelle main me pousserait dans l’année.
— Mais est-ce que ce serait ta main à toi ? l’interrogea bêtement Umbo. Ou celle du parasite ?
— Et cette question, elle est de toi ou de la bestiole qui te parasite le cerveau pour te faire sortir des idioties pareilles ? » lui retourna Miche.
Miche n’était plus vraiment Miche. Quelque chose clochait dans son comportement… mais quoi ? Umbo aurait été bien en peine de le dire. Jusqu’à ce que l’évidence s’impose : il avait rajeuni de dix ans ! Gommés, les stigmates du temps. Redressée, la démarche bancale. Miche gambadait comme à ses vingt printemps.
Encore quelques jours et ils ne le reconnaîtraient plus.
« Que fait-on pour l’homme dans l’arbre ? s’enquit Rigg.
— On l’évite, vota Param. S’il veut nous parler, qu’il descende.
— Ceux qui seront là dans dix-sept jours avaient la mine plutôt réjouie, rappela Miche.
— De nous imaginer dans leurs gamelles, sans doute, avança Param.
— Ils portaient des vêtements, fit remarquer Rigg. Pourquoi celui-ci est-il nu comme un ver ? »
Umbo mit un terme aux spéculations en s’élançant au pas de course vers l’arbre.
« Umbo ! » tenta de le retenir Rigg.
Mais le jeune cordonnier savait ce qu’il faisait. Lui, la cinquième roue du carrosse. Lui dont personne n’avait besoin ni pour voyager dans le temps, ni pour diriger le groupe. En cas de danger, c’était à lui de se sacrifier.
Il ralentit en s’approchant de l’arbre. Il ne parvenait toujours pas à distinguer leur visiteur, n’était-ce par quelques mouvements de branches et de feuilles. L’acrobate grimpait en silence, sans un mot ni un bruit. Umbo aurait bien engagé la conversation, mais en quelle langue ? D’autant que le Mur les avait toutes fourrées en vrac dans son cerveau sans lui laisser de mode d’emploi. Elles étaient simplement là, en veille.
Il s’avéra qu’aucune langue n’était nécessaire. Arrivé à deux enjambées du tronc massif, de trois mètres d’épaisseur au bas mot, Umbo fut salué par son hôte haut perché d’un présent parachuté sur son épaule, qui lui éclaboussa la joue. Un présent à l’odeur nauséabonde et à la consistance douteuse.
Umbo s’essuya le visage d’un revers de main. En fait de présent, c’était ses intestins que le curieux avait lâchés.
Le temps de se faire cette réflexion, une nouvelle salve l’atteignait en pleine poitrine.
Son instinct lui dicta d’aller se jeter dans le cours d’eau au plus vite, mais cette réaction aurait créé un mouvement de panique dans le groupe. Il se contenta d’une sage retraite hors de portée de tir, s’estimant à l’abri quand le dernier projectile n’éclaboussa plus que ses chevilles.
Entre-temps, Miche l’avait rejoint. Bien entendu, le tavernier n’avait rien raté du spectacle. Il était hilare.
« Quel accueil merdique !
— Très drôle, maronna Umbo.
— Si c’est leur arme la plus redoutable, poursuivit Miche, on est tranquilles.
— S’il cherchait à m’humilier et à me donner envie de vomir, c’est réussi, continua à ronchonner Umbo. Je peux aller me mettre dans la rivière, ça ne craint rien ?
— Je ne sais pas, concéda Miche.
— Demande à ton crocheface s’il a des cousins dans le coin, suggéra Umbo.
— Il ne comprend pas notre langue, écarta Miche. Et puis, ils émettent une puanteur qui fait fuir les spores de leurs congénères. Du coup, ils sont incapables de se détecter entre eux.
— Pour une bestiole qui ne comprend rien, elle t’en a dit des choses…
— Oui, mais sans me parler. Mon cerveau interprète directement ses messages. Et mes sens perçoivent ses odeurs et ses fluides.
— Elle est végétarienne ? Parce que j’ai de quoi lui faire une bonne salade de purin, là.
— Tout passe par ma bouche, grogna Miche, alors oublie.
— Je vais me laver, dans ce cas. »
Miche leva les yeux pour scruter les branchages.
« Elle est toute nue.
— Elle ?
— Difficile de lui donner un âge. Elle se déplace comme un singe. Ou plutôt comme un paresseux, sans se presser ni nous quitter du regard, mais la main et le pied sûrs. Elle est courte sur pattes, dis donc ! Regarde !
— Merci, mais je ne vois rien, je te rappelle. Retrouvez-moi au ruisseau », lança Umbo par-dessus son épaule.
La puanteur empirait – ses vêtements étaient bons pour le bûcher. Et inutile d’attendre des autres un quelconque signe de respect ou de compassion. Quand l’ennemi d’en face vous canardait à la bouse, même le plus héroïque au front ne recevait pas de médaille.
Umbo se frottait énergiquement le visage à l’eau claire quand Miche le rejoignit au pas de course. Les autres suivirent sans faire de détour par l’arbre.
« Le premier mot qui m’est venu à l’esprit, annonça le tavernier, en voyant notre créature aux intestins fragiles est “yahous”.
— Qui t’est venu du crocheface ou du Mur ? s’enquit Umbo.
— Du Mur. Les crochefaces ne parlent pas, répéta Miche. C’est quoi, cette obsession avec les crochefaces ?
— L’expression d’un besoin, intervint Olivenko. Besoin de savoir ce qu’il reste de toi, et quelle est la part de parasite qui te rend si charmant. »
N’importe quoi, pensa Umbo. À quoi servait le Mur s’il lui fallait un interprète pour se faire comprendre ?
« Le crocheface n’est pas en lien direct avec mon cerveau, expliqua Miche.
— Que tu crois, murmura Umbo.
— J’entends tout, lui rappela Miche.
— Comment sais-tu s’il est relié ou non à ton cerveau ? Peut-être que tu ne t’en rends simplement pas compte ? »
Miche haussa les épaules.
« Possible, mais je ressens les composés chimiques qu’il libère dans mon organisme. Je peux me retrouver submergé par les émotions. Par la colère, la peur, la haine, l’amour, le désir, la douleur. Je ressens les besoins vitaux. L’inconfort. Une vessie pleine, la faim, la soif. Ce qu’il veut me faire faire, le crocheface m’en donne envie.
— Tu es son esclave, traduisit Umbo.
— Ressentir un besoin et y succomber sont deux choses différentes, réfuta Miche. Je ne nie pas que ces désirs sont puissants. Il m’a fallu un temps d’adaptation. Au début, mon corps réagissait à l’instinct, il n’opposait aucune résistance. Maintenant, si.
— Que tu crois, répéta Umbo à haute et intelligible voix cette fois.
— Ta jeunesse, poursuivit le tavernier, te donne l’impression de tout savoir sur ton corps et sur le mien. Moi, la vieillesse m’a appris qu’avec les ans apparaissent les premiers trous de mémoire et tours de rein, que la vue baisse et que les épaules s’affaissent. Sauf qu’aujourd’hui je vois, j’entends et je retiens tout, et je me sens plus fort et endurant que jamais. J’ai le cerveau d’un jeune homme, encore plus réactif que le tien et que celui de Rigg réunis.