Pars Vite et Reviens Tard
- Автор: Варгас Фред
- Серия: Commissaire Adamsberg (fr.) #4
- Год: 2001
- Язык: французский
- Год: Éditions Viviane Hamy
- ISBN: 978-2878581522
- Жанр: Другие детективы
Электронная книга - «Pars Vite et Reviens Tard». Краткое содержание книги:
De son côté, Joss Le Guern, le Crieur de la place Edgar-Quinet, se demande qui glisse dans sa boîte à messages d'incompréhensibles annonces. Certains billets sont en latin, d’autres semblent copiés sur des ouvrages vieux de plusieurs siècles. Et tous prédisent le retour d'un fléau venu du fond des âges…
Grand Prix des Lectrices de Elle 2002
— Allons, allons, marmonna-t-elle, ce n’est pas bientôt fini de crier comme ça ? Elle ne vous nourrit pas bien, Mané ?
Elle souleva un petit sac bien fermé qu’elle tendit à Arnaud.
— Tiens, dit-elle, tu vas m’en dire des nouvelles.
En descendant l’échelle devant Mané, et en veillant à parer la vieille femme, Arnaud balançait au bout de son bras le poids du rat mort, ému. C’était une sacrée spécialiste, Mané, la meilleure. Sans elle, il ne s’en serait pas tiré. Il était le maître sans doute, songea-t-il en faisant tourner son anneau, et il le prouvait, mais sans elle, il aurait encore perdu dix ans de sa vie. Or sa vie, il en avait besoin maintenant et tout de suite.
Arnaud quitta la vieille maison dans la nuit, les poches lestées de cinq enveloppes où s’agitaient des Nosopsyllus fasciatus chargées comme des torpilles dans leur proventricule. Il se parlait à voix basse en remontant l’allée pavée dans l’obscurité. Proventricule. Stylet médian de l’appareil buccal. Proboscis, trompe, injection. Arnaud aimait les puces et il n’avait personne, à part Mané, avec qui commenter à loisir tout l’immense intérieur de leur anatomie, grand comme le ciel. Mais pas les puces de chat, pas question. Des incompétentes qu’il méprisait absolument, et Mané aussi.
24
Ce samedi, tous les agents de la Brigade qui pouvaient passer en heures supplémentaires avaient été priés de bosser et, hormis trois hommes devant faire face à des impératifs familiaux, l’équipe d’Adamsberg était au complet, grossie des douze officiers de renfort. Adamsberg était arrivé dès sept heures et avait pris connaissance sans illusion des derniers résultats du laboratoire, avant d’attaquer la pile de journaux qu’on avait déposée sur sa table. Dans la mesure du possible, il essayait de remplacer le mot « bureau » par le mot « table » qui, sans l’enchanter, lui pesait moins sur le dos. Dans « bureau », il n’entendait que des barreaux, des carreaux, des garrots. Dans « table », il entendait chuchoter du sable, des galbes, des fables. Table flottait, bureau retombait.
Sur cette table, il empila les dernières avancées techniques qui n’ouvraient sur rien. Marianne Bardou n’avait pas été violée, son employeur assurait qu’elle s’était changée dans l’arrière-boutique pour sortir mais qu’elle n’avait pas précisé où, l’employeur avait un bon alibi, les deux amants de Marianne de même. Elle était morte étranglée vers dix heures du soir et on l’avait aspergée de gaz lacrymogène, comme Viard et Clerc. Recherche du bacille négative. Sur le corps, aucune piqûre de puce, de même que sur le corps de François Clerc. Mais on avait prélevé chez elle neuf Nosopsyllus fasciatus, recherche du bacille négative. Charbon de bois employé : pommier. Aucune trace d’onguent, de graisse ou d’autre substance sur aucune des portes.
Il était sept heures et demie et les quarante-trois téléphones de la Brigade commençaient à sonner de toutes parts. Adamsberg avait fait basculer sa ligne, ne conservant que son portable. Il tira à lui la pile de journaux et la une du premier ne lui dit rien de bon. Il avait prévenu le divisionnaire Brézillon, la veille au soir, après que l’annonce de la nouvelle « mort noire » fut passée aux infos de vingt heures. Si le semeur s’avisait d’adresser ses bons conseils « préservatifs et curatifs » à la presse, on ne serait plus en mesure de protéger les victimes potentielles.
— Et les enveloppes ? avait répondu Brézillon. On a focalisé sur ce point.
— Il peut changer d’enveloppe. Sans parler des farceurs ou des revanchards qui vont aller en glisser sous une foule de portes.
— Et les puces ? avait suggéré le divisionnaire. Toute personne piquée se mettant sous la protection de la police ?
— Elles ne piquent pas à tout coup, avait répondu Adamsberg. Clerc et Bardou n’ont pas été mordus. On risque aussi de voir débarquer des milliers de gens affolés, simplement attaqués par des puces d’homme, de chat ou de chien, et de passer à côté des cibles véritables.
— Et de déclencher une panique générale, avait ajouté Brézillon, morose.
— La presse s’y emploie, avait dit Adamsberg. On n’y coupera pas.
— Coupez-y, avait tranché Brézillon.
Adamsberg avait raccroché, conscient que sa récente nomination à la Criminelle était en équilibre instable, entre les mains expertes du semeur de peste. Perdre sa place, aller ailleurs, il s’en foutait à peu près. Mais perdre le fil, à présent qu’il avait retrouvé le point d’emmêlement, le préoccupait an plus haut point.
Il étala les journaux et dut fermer sa porte pour s’isoler des stridences entrecroisées des téléphones qui se déclenchaient les uns après les autres dans la grande salle, mobilisant tous les agents de la Brigade.
Le Petit traicté du semeur s’étalait sur les unes, accompagné des photos de la dernière victime, d’encadrés sur la peste noire, soulignés de titres propres à aviver les peurs : Peste noire ou serial killer ? Le retour du fléau de Dieu ? Meurtres ou contagion ? Un quatrième décès suspect à Parts. Et à l’avenant.
Moins prudents que la veille, quelques articles commençaient à ébranler ce qu’on nommait déjà « la thèse officielle de la strangulation ». On citait dans presque toutes les éditions les éléments de preuves qu’il avait apportés la veille lors de la conférence de presse, pour aussitôt les mettre en doute et les déborder. Cette couleur noire des cadavres faisait décidément dérailler les plumes les plus maîtrisées et se réveiller les alarmes anciennes, comme autant de Belles au bois dormant après un sommeil de presque trois siècles. Ce noir qui n’était, pourtant, qu’une énorme bévue. Énorme bévue qui pouvait précipiter la ville dans des gouffres de folle.
Adamsberg trouva des ciseaux et commença à découper un article qui l’inquiétait plus encore que tous les autres. Un agent, Justin probablement, frappa et ouvrit la porte.
— Commissaire, dit-il, comme essoufflé, on dénombre des quantités de 4 dans le périmètre de la place Edgar-Quinet. Ça court de Montparnasse jusqu’à l’avenue du Maine et ça gagne le long du boulevard Raspail. Il semble qu’on compte déjà jusqu’à deux à trois cents immeubles atteints, environ un millier de portes. Favre et Estalère sont en reconnaissance. Estalère ne veut pas faire équipe avec Favre, il dit qu’il lui gonfle les couilles, qu’est-ce qu’on fait ?
— Permutez, faites équipe avec Favre.
— Il me gonfle les couilles.
— Brigadier… commença Adamsberg.
— Lieutenant Voisenet, rectifia l’officier.
— Voisenet, on n’a plus le temps de s’occuper des couilles de Favre, ni de celles d’Estalère ni des vôtres.
— J’en suis conscient, commissaire. On verra ça plus tard.
— Exactement.
— On poursuit les patrouilles ?
— C’est comme vider la mer à la cuiller. La vague arrive. Regardez, dit-il en lui tendant les journaux. Les conseils du semeur sont publiés à toutes les unes : faites vos 4 vous-mêmes pour éviter l’infection.
— J’ai vu, commissaire. C’est une catastrophe. On ne va pas pouvoir s’en sortir. À part les vingt-neuf du début, on ne va plus savoir qui protéger.
— Il n’en reste plus que vingt-cinq, Voisenet. On a des appels pour les enveloppes ?
— Plus d’une centaine, rien qu’ici. On n’arrive pas à suivre.
Adamsberg soupira.
— Dites aux gens de les apporter à la Brigade. Et faites vérifier ces foutues enveloppes. Il y en aura peut-être une d’authentique dans le tas.