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Pars Vite et Reviens Tard

Электронная книга - «Pars Vite et Reviens Tard». Краткое содержание книги:

D’étranges signes tracés à la peinture noire sur des portes dans tout Paris. À première vue, on pourrait croire à l’œuvre d’un tagueur. Le commissaire Adamsberg, lui, y décèle une menace sourde, un relent maléfique.
De son côté, Joss Le Guern, le Crieur de la place Edgar-Quinet, se demande qui glisse dans sa boîte à messages d'incompréhensibles annonces. Certains billets sont en latin, d’autres semblent copiés sur des ouvrages vieux de plusieurs siècles. Et tous prédisent le retour d'un fléau venu du fond des âges…
Grand Prix des Lectrices de Elle 2002
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Il regarda la jeune Marianne Bardou jusqu’à ce qu’on charge son corps dans le camion de la morgue, donnant quelques ordres brefs, écoutant distraitement les rapports de ses officiers qui arrivaient en provenance de la rue du Temple. La jeune femme n’était pas sortie hier soir, elle n’était tout simplement pas rentrée après son travail. Il envoya deux lieutenants chez son employeur, sans y croire, et prit le chemin de la Brigade à pied. Il marcha longtemps, bien plus d’une heure, et bifurqua vers Montparnasse. Si seulement il pouvait se rappeler quand il s’était perdu.

Il remonta la rue de la Gaîté et, lentement, rallia le Viking. Il commanda un sandwich et s’assit à la table qui donnait sur la place, la table dont personne ne voulait parce qu’il fallait être assez petit pour ne pas se cogner contre la fausse proue de drakkar qui la surmontait, suspendue au mur. Au quart de son sandwich, Bertin se leva et frappa soudainement sur une plaque de cuivre au-dessus du bar, déclenchant un grondement de tonnerre. Surpris, Adamsberg vit décoller en un fracas d’ailes tous les pigeons de la place pendant qu’entraient simultanément une masse de clients, parmi lesquels Le Guern auquel il adressa un signe. Le Crieur vint s’asseoir en face de lui, sans demander.

— Vous broyez du noir, commissaire ? demanda Joss.

— Je broie du néant, Le Guern, ça se voit tant que ça ?

— Ouais. Perdu en mer ?

— Je ne saurais mieux dire.

— Ça m’est arrivé trois fois et on a tourné comme des malheureux dans la brume, évitant une catastrophe pour en frôler une autre. Deux fois, ce sont les appareils qui se sont déréglés tout seuls. Mais la troisième fois, c’est moi qui avais fait une erreur de sextant, au bout d’une nuit blanche. Un coup de fatigue et c’est la bourde, la bévue. Un truc impardonnable.

Adamsberg se redressa, et Joss vit s’allumer dans ses yeux d’algue la même lumière que celle qu’il avait vue briller dans son bureau, la première fois.

— Redites-moi ça, Le Guern. Redites-moi ça exactement.

— Le coup du sextant ?

— Oui.

— Ben c’est le coup du sextant. Quand on se goure, la grosse bévue, l’erreur impardonnable.

Adamsberg fixa un point sur la table, concentré, immobile, une main tendue comme pour faire taire le Crieur. Joss n’osait plus parler et il observait le sandwich se plier un peu entre les doigts du commissaire.

— Je sais, Le Guern, dit Adamsberg en relevant la tête. Je sais quand j’ai cessé de comprendre, quand j’ai cessé de le voir.

— Qui ?

— Le semeur de peste. J’ai cessé de le voir, j’ai perdu le cap. Mais maintenant je sais quand ça s’est produit.

— C’est important ?

— Aussi important que si vous pouviez rectifier votre erreur de sextant et revenir au point précis où vous vous étiez égaré.

— Alors oui, confirma Joss, c’est important.

— Il faut que j’y aille, dit Adamsberg en laissant un billet sur la table.

— Attention au drakkar, prévint Joss. On se fend le crâne.

— Je suis petit. Il y avait une spéciale, ce matin ?

— On vous aurait prévenu.

— Vous allez chercher votre point ? dit Joss au moment où Adamsberg ouvrait la porte.

— Exactement, capitaine.

— Vous savez vraiment où il est ?

Adamsberg montra son front du doigt et sortit.

C’était au moment de la bévue. Quand Marc Vandoosler lui avait parlé de la bévue. C’est à ce moment qu’il avait perdu le sens. Adamsberg essayait en marchant de se remémorer la phrase de Vandoosler. Il laissait remonter les images, toutes récentes, avec le son. Vandoosler debout contre la porte avec sa ceinture brillante et sa main qui s’agitait dans l’air, mince, ornée de bagues d’argent, trois bagues d’argent. Oui, c’était l’histoire du charbon, ils en étaient là. Quand votre homme charbonne le corps, il se trompe. Il commet même une énorme bévue.

Adamsberg respira, soulagé. Il s’assit sur le premier banc venu, nota la remarque de Marc Vandoosler sur son carnet et termina son sandwich. Il ne savait pas plus vers où aller mais au moins, il avait retrouvé le point. Le point où son sextant avait déraillé. Et il savait qu’à partir de là, les brumes avaient une chance de se lever. Il ressentit un vif sentiment de gratitude envers le marin Joss Le Guern.

Il regagna tranquillement la Brigade, son regard heurtant les unes des journaux chaque fois qu’il passait devant un kiosque. Ce soir, demain, si le semeur adressait soit nouveau message à l’AFP, son pernicieux Petit traicté de peste, et quand la mort de la quatrième victime serait connue, aucune conférence de presse ne pourrait plus contenir la contagion de la rumeur. Le semeur sentait et il gagnait, largement.

Ce soir, demain.

23

— C’est toi ?

— C’est moi, Mané. Ouvre, dit l’homme avec impatience. À peine entré, il se jeta dans les bras de la vieille femme et la serra contre lui en tournant doucement d’un côté et de l’autre.

— Ça marche, Mané, ça marche ! dit-il.

— Comme des mouches, ils tombent comme des mouches.

— Ils se tordent et ils tombent, Mané. Tu te souviens qu’autrefois, les infects, rendus comme fous, arrachaient leurs habits et couraient à la rivière pour s’y noyer ? Ou contre un mur pour s’y fracasser ?

— Viens, Arnaud, dit la vieille femme en le tirant par la main. On ne va pas rester dans le noir.

Mané se guida au rayon de sa lampe électrique jusqu’au salon.

— Installe-toi, je t’ai fait des galettes. Tu sais qu’on ne trouve pas de peau de lait, je suis obligée de mettre de la crème, je suis obligée, Arnaud. Sers-toi de vin.

— Autrefois, les infects, on s’en débarrassait par les fenêtres tellement il y en avait, et on les retrouvait dans la rue, jetés comme des vieux matelas. C’est triste, hein, Mané ? Des parents, des frères, des sœurs.

— Ce ne sont pas tes frères et tes sœurs. Ce sont des bêtes féroces qui ne méritent pas de marcher sur terre. Après, après seulement, tu récupéreras tes forces. C’est ça ou c’est toi. Et maintenant c’est toi.

Arnaud sourit.

— Tu sais qu’ils tournoient et qu’ils s’affaissent en quelques jours ?

— Le fléau de Dieu les foudroie dans leur course. Ils peuvent toujours courir. Je crois qu’ils savent, maintenant.

— Bien sûr qu’ils savent, et ils tremblent, Mané. C’est leur tour, dit Arnaud en vidant son verre.

— Trêve de conneries, tu viens pour le matériel ?

— Il m’en faut beaucoup. C’est le moment du voyage, Mané, tu sais, je m’étends.

— Le matériel, c’était pas de la merde, hein ?

Au grenier, la vieille femme se dirigea entre les cages, au milieu des couinements et des grattements.

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