Pars Vite et Reviens Tard
- Автор: Варгас Фред
- Серия: Commissaire Adamsberg (fr.) #4
- Год: 2001
- Язык: французский
- Год: Éditions Viviane Hamy
- ISBN: 978-2878581522
- Жанр: Другие детективы
Электронная книга - «Pars Vite et Reviens Tard». Краткое содержание книги:
De son côté, Joss Le Guern, le Crieur de la place Edgar-Quinet, se demande qui glisse dans sa boîte à messages d'incompréhensibles annonces. Certains billets sont en latin, d’autres semblent copiés sur des ouvrages vieux de plusieurs siècles. Et tous prédisent le retour d'un fléau venu du fond des âges…
Grand Prix des Lectrices de Elle 2002
— Commissaire, ça chauffe ici, dit-il. Les gens perdent la tête.
— Ici aussi, dit Adamsberg, depuis sa table du bar irlandais. Qui sème l’audience récolte la panique.
— Qu’est-ce que vous allez faire ?
— Répéter et répéter que les trois hommes ont été assassinés. Qui dit quoi, autour de vous ?
— Lizbeth en a vu d’autres et garde la tête froide. Le Guern s’en fout un peu, il tente de défendre son gagne-pain, et il faut d’autres tempêtes que celle-là pour l’émouvoir. Bertin me semble assez ébranlé, Damas ne comprend rien et Marie-Belle a ses nerfs. Le reste prend la tournure attendue, on nous cache tout, on ne nous dit rien et les saisons sont déréglées. « Comme quand l’hiver est chaud, au lieu d’être froid ; l’été frais au lieu d’être chaud, et ainsi du printemps, et l’automne. »
— Vous allez avoir du pain sur la planche, conseiller.
— Vous aussi, commissaire.
— Je ne distingue même plus le pain de la planche.
— Vous comptez vous y prendre comment ?
— Je compte aller dormir, Decambrais.
22
Dès huit heures le vendredi matin, un renfort de douze hommes fut affecté au groupe homicide du commissaire Adamsberg et on fit installer en urgence une quinzaine de postes téléphoniques supplémentaires pour tenter de répondre aux appels que renvoyaient sur la Brigade les commissariats d’arrondissement surchargés. Quelques milliers de Parisiens exigeaient de savoir si, oui ou non, la police avait dit la vérité au sujet de ces morts, s’il y avait des précautions à prendre, et quelles étaient les consignes. Ordre avait été donné par la Préfecture à tous les commissariats de prendre en compte chacun des appels et de traiter un par un tous les paniquards, qui sont les premiers des fouteurs de merde.
La presse du matin n’allait rien faire pour apaiser cette inquiétude grandissante. Adamsberg avait étalé les principaux titres sur sa table et passait de l’un à l’autre. Les journaux exposaient dans ses grandes lignes le contenu du journal télévisé de la veille, avec un surcroît de commentaires et de photos, beaucoup d’entre eux reproduisant le 4 à rebours à la une. Certains aggravaient l’événement et d’autres, plus circonspects, tâchaient de titrer sobrement. Tous les journaux cependant prenaient la précaution de citer in extenso les propos du divisionnaire Brézillon. Et tous retranscrivaient les textes des deux dernières « spéciales ». Adamsberg les relut, tâchant de se mettre dans la peau de celui qui les découvrait pour la première fois, dans un tel contexte, c’est-à-dire avec trois cadavres noirs à la clef :
Ce fléau est toujours prêt et aux ordres de Dieu qui l’envoye et le fait partir quand il luy plaît.
Le bruit court soudain, bien vite confirme, que la peste venait d’éclater en ville dans deux rues à la fois. On disait que les deux (…) avaient été trouvés avec tous les signes les plus nets du mal.
Il y avait là, dans ces quelques lignes, de quoi faire vaciller les plus crédules, dix-huit pour cent de la population environ puisque dix-huit pour cent avaient redouté le passage en l’an 2000. Adamsberg était surpris de l’ampleur que la presse avait jugé bon d’accorder à l’affaire, surpris aussi de la rapidité de ce début d’incendie, qu’il avait pourtant redouté dès l’annonce du premier mort. La peste, ce fléau dépassé, poussiéreux, englouti par l’histoire, renaissait sous les plumes avec une vitalité presque intacte.
Adamsberg jeta un œil à la pendule, se préparant à tenir une conférence de presse à neuf heures, sur ordre de la direction générale. Adamsberg n’aimait ni les ordres ni les conférences de presse, mais il était conscient que la situation l’exigeait. Calmer les esprits, montrer les photos des cous étranglés, démonter les rumeurs, telles étaient les consignes. Le médecin légiste était venu en renfort et, à moins d’un nouveau meurtre ou d’une « spéciale » particulièrement terrifiante, il estimait la situation encore contrôlable. Derrière la porte, il entendait grossir le groupe des journalistes et enfler le bruit des conversations.
À la même heure, Joss ponctuait sa météo marine, devant une petite foule nettement accrue, et abordait sa spéciale du jour, parvenue par la poste au matin. Le commissaire avait été formel : on continue à lire, on ne coupe pas le seul cordon qui nous relie au semeur. Dans un silence un peu lourd, Joss annonça la numéro 20 :
— Petit traité et familier de la peste. Contenant la description, les symptômes et effects d’icelle, avec la méthode et remèdes y requis, tant préservatifs que curatifs, points de suspension. Et reconnaîtra qu’il est atteint de la dite peste tel qui présentera les bosses à l’aine, qu’on dit communément bubons, tel qui souffrira des fièvres et des étourdissements, de maux d’esprit et de toutes sortes de folies et qui verra des taches qui paraissent en la peau qu’on appelle communément trac on pourpre et sont pour la plupart de couleur bleuâtre, livide et noire, et vont néanmoins s’élargissant. Tel qui voudra se préserver de l’atteinte de l’infection aura soin de faire afficher sur sa porte le talisman de croix aux quatre pointes qui écartera très sûrement la contagion de sa maison.
À l’instant où Joss achevait avec peine cette longue description, Decambrais décrochait son téléphone pour la transmettre sans délai à Adamsberg.
— On est en plein dedans, résuma Decambrais. Le type en a terminé des prémices. Il décrit le mal comme s’il était réellement installé dans la ville. Je pense à un texte du début du XVIIème siècle.
— Relisez-moi la fin, s’il vous plaît, demanda Adamsberg. Lentement.
— Il y a du monde chez vous ? J’entends du bruit.
— Une soixantaine de journalistes qui s’impatientent. Et chez vous ?
— Un groupe plus dense que d’habitude. Presque une petite foule, des tas de visages nouveaux.
— Notez les anciens. Tâchez de me dresser une liste des habitués, tant que vous vous en souvenez, aussi précise que vous le pourrez.
— Cela change selon les heures des criées.
— Faites votre possible. Demandez aux permanents de la place de vous aider. Le cafetier, le planchiste, sa sœur, la chanteuse, le Crieur, tous ceux qui savent.
— Vous pensez qu’il est ici ?
— Je le crois. C’est de là qu’il est parti, c’est là qu’il reste. Chaque homme a son trou, Decambrais. Relisez-moi cette fin.
— Tel qui voudra se préserver de l’atteinte de l’infection aura soin de faire afficher sur sa porte le talisman de croix aux quatre pointes qui écartera très sûrement la contagion de sa maison.
— Appel à la population à peindre elle-même des 4 sur les portes. Il va noyer le poisson.
— Justement. J’ai dit XVIIème siècle mais j’ai l’impression que pour la première fois, et pour les besoins de la cause, on a là des fragments inventés. Ils font illusion mais je les crois faux. Quelque chose qui ne va pas dans le style, à la fin.
— Par exemple ?
— Cette « croix aux quatre pointes ». Je n’ai jamais rencontré cette formulation. L’auteur veut expressément désigner un quatre, il veut que nul ne s’y trompe, mais je pense qu’il a forgé ce passage de toutes pièces.
— Si l’extrait a été adressé à la presse en même temps qu’à Le Guern, on risque d’être débordés, Decambrais.