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Les otages de Tokyo

Электронная книга - «Les otages de Tokyo». Краткое содержание книги:

Un groupe extrémiste prend des diplomates en otage. Malko fait l’échange contre un prisonnier que réclame le groupe. S’ensuit une course-poursuite dans Tokyo entre cette féroce leader, la CIA, la police et la maffia.
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Il avait échappé à la bronchite en buvant une bouteille entière de vodka Laïka après son bain forcé dans le port de Tokyo. Toutes les recherches pour retrouver Hiroko et ses complices avaient été vaines. Le taxi qui avait emmené Malko était volé, comme la camionnette retrouvée abandonnée. Les terroristes s’étaient volatilisés dans le métro. Depuis trois jours, Malko, à part quelques rares visites à Borzoï et à Tom Otaku pour des formalités administratives, se reposait. La veille, il avait dîné avec Kuniko, après le Hawa. Elle l’avait emmené ensuite chez elle, un minuscule deux pièces entièrement laqué de noir, au sol recouvert d’une moquette bordeaux. Pratiquement sans meubles, sauf le grand lit au ras du sol et quelques coffres. Après avoir fait l’amour sans passion, Kuniko avait longuement parlé à Malko de ses rêves de respectabilité : épouser un haut fonctionnaire.

Maintenant, il ne lui restait plus qu’à quitter le Japon. Furuki retrouvé, la poursuite d’Hiroko redevenait une affaire purement japonaise. Ce que Tom Otaku avait fait comprendre dans un éblouissement de courbettes à Al Borzoï. Le gouvernement japonais ne pouvait tolérer qu’un agent de la C.I.A. – même aussi honorable que le Prince Malko – se promène dans Tokyo en déclenchant des massacres. Le Kohan retrouverait Hiroko, tôt ou tard. Sans l’aide de la Central Intelligence Agency.

Malko s’était incliné. Sans regret. Certain qu’Hiroko n’essaierait plus de le tuer. Déçu quand même par son échec. Trop de gens étaient morts pour rien, y compris le très candide Max Sharon.

Arrivé à la hauteur du building de l’Asahi-Shimbuni, il tourna à gauche pour rejoindre l’Imperial en suivant la petite rue étroite et pittoresque parallèle aux voies ferrées en surélévation.

M. Yamato l’attendait sagement dans le hall, tiré à quatre épingles comme à son habitude. Impénétrable et convenable. Malko ignorait encore où se déroulait le déjeuner. Il suivit le Japonais, portant avec précautions son « biscuit ».

La grosse Nissan noire était là avec le chauffeur à col roulé. Yamato et Malko s’installèrent à l’arrière et la voiture prit la direction du sud, rejoignant l’Expressway n° 1, vers Haneda. Un quart d’heure plus tard, Malko passa près de l’endroit où Hiroko avait failli l’abattre… Puis, ils dépassèrent Haneda, quittèrent l’Expressway pour s’enfoncer dans un quartier industriel bordant la mer. Malko commençait à se demander où ils allaient.

Quarante-cinq minutes plus tard, ils débouchèrent sur un pier, après avoir franchi des ponts, des écluses, longé des monceaux de marchandises attendant d’être chargées sur les dizaines de cargos qui faisaient la queue dans la baie de Tokyo.

La Nissan s’arrêta au bord de l’eau, et le chauffeur descendit ouvrir les portières. Un petit cabin-cruiser attendait avec deux hommes à bord.

— Où allons-nous ? demanda Malko.

M. Yamato sourit mystérieusement :

— C’est une surprise, Malko-san.

L’odeur de goudron, de poisson et de fuel soulevait le coeur. Malko monta sur le pont sale et, aussitôt, le petit bateau piqua à travers la baie de Tokyo. À perte de vue, il n’y avait que des grues, des entrepôts, des citernes, des bateaux ancrés. Des cheminées fumaient, obscurcissant le ciel. On ne voyait même pas les installations pétrolières de Kawasaki, à quelques kilomètres au sud. L’eau de la baie semblait sortir directement d’un égout…

Un jet décolla au-dessus de leur tête. D’où ils étaient, Tokyo apparaissait comme un monstrueux chancre gris.

Ils naviguèrent ainsi une quinzaine de minutes, puis le paysage changea : en mer, il n’y avait plus que des pétroliers, faisant la queue pour décharger leur pétrole directement sur des pipe-lines flottants. Sur les quais, c’était un enchevêtrement à l’infini de citernes gigantesques. L’air était imprégné de l’odeur fade des hydrocarbures. M. Yamato tendit la main vers la côte :

— Ici, c’est Kisarazu, fit-il, et là, Chiho, les plus grandes installations pétrolières de la baie.

Le cabin-cruiser ralentit, courut sur son erre, pour se mettre à couple avec une grosse jonque ventrue, ancrée entre deux pétroliers, longue d’une centaine de pieds, qui semblait minuscule à côté de ces monstrueux réservoirs flottants. Le marin donna un petit coup de sirène, et deux marins apparurent sur le pont de la jonque. Sales et dépenaillés. En reconnaissant M. Yamato, ils s’affairèrent aussitôt à descendre l’échelle de coupée. Poliment, M. Yamato s’effaça pour laisser passer Malko.

Celui-ci commençait à trouver que M. Kawashi avait des goûts bizarres… Ce n’était pas très romantique de se retrouver dans ce ballet de pétroliers, au milieu de la pollution, et de la saleté. Des poissons crevés flottaient un peu partout, asphyxiés.

Charmant présage, Malko réalisa tout à coup que le précieux « biscuit » était resté à bord de la Nissan.

Le pont était plus propre que la coque. Un des marins emmena les deux hommes vers l’arrière, leur ouvrit une porte de bois vernis. Malko descendit quelques marches et se retrouva dans un cadre totalement inattendu. Un énorme divan en U faisait le tour de la pièce, les murs étaient tendus de velours rouge, les hublots obscurcis par de la peinture noire, l’éclairage assuré par des lampes tamisées.

— Asseyez-vous, Malko-san, dit Yamato.

Malko s’enfonça dans un coin du canapé, devant une table basse encombrée de bouteilles de J & B, et même du Moët et Chandon. Il leva les yeux sur une gravure accrochée en face de lui, d’un érotisme précis et compliqué. Il y en avait une douzaine semblables autour de la pièce.

Un claquement de talons résonna sur les marches de bois. Des jambes apparurent, assez fortes, découvertes jusqu’à mi-cuisse par une mini noire. Puis une poitrine agressive, puis un visage dur et plat, encadré d’une frange. La nouvelle venue salua les deux hommes d’un signe de tête et s’assit en croisant les jambes, à côté de Malko.

— Mademoiselle Aube Triomphante ne parle pas anglais, dit Yamato, aussi je vous traduirai.

Malko commençait à en avoir assez des mystères.

— Qui est cette fille et où sommes-nous ? demanda-t-il.

Le karatéka eut un sourire embarrassé.

— Ce bateau appartient à Kawashi-san. C’est un… (Il chercha le mot.) Il y a des filles à bord.

Un bordel flottant.

— C’est pour les marins des pétroliers, expliqua Yamato. Ils n’ont pas le temps d’aller à terre. Ensuite, ils repartent directement sur le Golfe Persique. Et là-bas, c’est la même chose. Ils restent six mois sans voir leur famille. Alors, il faut les distraire.

Le bon M. Kawashi s’en était occupé.

Figée, Mademoiselle Aube Triomphante semblait se désintéresser totalement de la conversation des deux hommes. Habituée à être choisie. Malko se demanda soudain si on ne lui refaisait pas le coup de Mademoiselle Riz Précoce… Au nom du folklore.

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