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Les otages de Tokyo

Электронная книга - «Les otages de Tokyo». Краткое содержание книги:

Un groupe extrémiste prend des diplomates en otage. Malko fait l’échange contre un prisonnier que réclame le groupe. S’ensuit une course-poursuite dans Tokyo entre cette féroce leader, la CIA, la police et la maffia.
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— Creuse ou je t’arrache les yeux.

Il donna un faible coup de pioche. Ignorant s’il s’agissait d’un bluff macabre ou si c’était vraiment la fin. Après neuf jours de supplice…

* * *

Une carte à grande échelle de Tokyo avait été épinglée sur un des murs du bureau de Tom Otaku. Le chef du Kohan prit une baguette et expliqua à Malko :

— Vous partirez de votre hôtel. Dès que vous sortirez de l’immeuble de Sharon-san, vous activerez l’émetteur radio cousu dans votre veste en appuyant sur le premier bouton. Cet appel alertera les hommes à pied qui surveilleront les alentours, les équipes dans différents véhicules tout autour et mon bureau.

« À partir de ce moment, tout le dispositif de surveillance ne vous lâchera plus. En plus des voitures et des gens à pied, trois hélicoptères seront en alerte, sur le toit du ministère, prêts à décoller avec un préavis d’une minute. Chaque appareil aura huit tireurs d’élite de l’armée, équipés de fusils à lunette. Si vous partez par le métro, les hommes à pied vous suivront. Ils sont assez nombreux pour ne pas vous perdre. Nous avons mobilisé tous les gens de la « Tranche K ». Tous sont équipés de radios reliées à mon P.C. Si vous étiez amené à prendre le train, les hélicoptères prendront le relais.

— Quelles sont leurs consignes ? demanda Malko.

Tom Otaku se rassit et fixa Malko.

— Abattre Hiroko et ses complices dès qu’ils seront en position de le faire.

Malko se souvint des Jeux Olympiques de Munich. Là aussi, il y avait un déploiement incroyable de forces policières… Cela avait quand même fini très mal.

— Et si vous me perdez dans le métro ?

Le policier japonais eut un sourire rassurant.

— Il y a un policier dans chaque station ! Dans la veste, il y a des pastilles. Si quelque chose d’imprévu s’est passé, vous en prenez une, vous la laissez tomber par terre et vous l’écrasez. Trente secondes après, elle dégagera une épaisse fumée orange qui alertera le policier de garde à la station. Il y a très peu d’étrangers dans notre métro. Vous serez facilement reconnaissable… De toute façon, votre émetteur radio enverra des tops toutes les dix secondes. Or, nous aurons cent vingt véhicules, voitures et motos, tous munis de radios qui quadrilleront tout Tokyo, se déplaçant en même temps que vous.

— Bien, dit Malko avec philosophie. Espérons qu’il n’y aura pas d’impondérable.

Quand les Japonais s’y mettaient, c’était le bulldozer. Tom Otaku retira ses lunettes et croisa les jambes. Malko se dit qu’il avait des cuisses monstrueuses… Le chef du Kohan, s’il était inquiet, dissimulait en tout cas parfaitement ses craintes.

— Prenez votre veste, dit-il. Elle sera votre meilleure protection.

Il se leva et lui tendit ce qui semblait être une veste de tweed. Malko faillit la laisser tomber : elle pesait environ dix kilos. Sous le tissu, il y avait plusieurs couches de nylon intercalées avec de minces plaques d’acier spécial. Seules, les manches n’étaient que partiellement blindées. La doublure recelait encore un puissant émetteur transistorisé, automatique, avec son antenne dont les fils étaient répartis dans la veste.

Malko ôta la sienne et la mit. Il faillit éclater de rire : les manches étaient ridiculement courtes et il pouvait à peine enfiler les épaules.

— Nous avons pris la plus grande, se hâta de dire Tom Otaku.

Heureusement, Malko aurait un imperméable par-dessus. On remit la veste dans un sac, et le chef du Kohan secoua la main de Malko à l’arracher.

— Tout se passera bien, affirma-t-il.

Malko sortit de son bureau avec une légère sensation de malaise. Une chose était claire : les Japonais voulaient se débarrasser de Hiroko à n’importe quel prix. Sa sécurité à lui passerait au second plan. Il risquait de se trouver pris entre deux feux. En traversant Hibaya Park, il pensa au superbe caveau qu’il avait fait aménager dans la chapelle du château de Liezen, pour y être enterré à côté de ses ancêtres.

Cela risquait d’être sa dépense la plus utile.

* * *

M. Yamoto avait le regard humide derrière ses lunettes, toujours tiré à quatre épingles, le cheveu soigneusement calamistré. Il tira sur son gilet et se gratta la gorge.

— Kawashi-san vous prie d’accepter tous ses voeux de réussite, dit-il. Il m’a chargé de vous remettre un très modeste présent afin de vous encourager dans cette épreuve difficile.

Malko chercha ce qu’il voulait dire. Le Japonais avait les mains vides. Il l’avait trouvé dans le hall de l’Imperial, sagement assis sur une banquette, en rentrant de chez Tom Otaku. La veille, il avait averti ses alliés de l’offre d’Hiroko. En faisant préciser à Kawashi que les cinq cent mille dollars lui resteraient dus. À condition qu’on le retrouve. Il savait que le gangster japonais désapprouvait son initiative. Si la police arrêtait ou tuait Hiroko, il aurait perdu définitivement la face…

— Le cadeau est déjà dans votre chambre, précisa Yamato.

Malko remercia, prit sa clef et tendit la main à Yamato.

— Dites à M. Kawashi que je le remercie de son attention et que je l’invite à dîner chez Maxim’s demain. Pour fêter notre victoire…

Il avait insisté sur le « notre ». Yamato plongea dans une courbette particulièrement prononcée.

— Je vous souhaite Mille Années de Bonheur, Malko-san.

Une dizaine ne serait déjà pas si mal… Malko monta dans l’ascenseur. Le temps semblait tout à coup s’écouler très vite. Il ouvrit la porte de sa chambre et demeura interdit sur le seuil. Mademoiselle Riz Précoce lui faisait face, assise sur ses talons à même la moquette, au pied du lit, drapée dans un kimono rouge, maquillée avec soin, une lueur ingénument perverse dans ses yeux bridés.

Elle s’inclina jusqu’à ce que sa perruque noire touche terre, se releva, trottina jusqu’à lui, s’inclina profondément et gazouilla quelques mots incompréhensibles d’une voix mal assurée.

Brusquement, Malko se souvint d’un livre qui se trouvait dans la bibliothèque de Liezen, sur le Japon ancien. Une vieille prescription du Bushidô, code d’honneur des samouraï, recommandait d’offrir à ceux qui allaient mourir une vierge à peine nubile.

* * *

Furuki avait presque terminé de creuser la tombe. Les cailloux blancs et le sable bien peigné du jardin zen avaient fait place à une fosse grossière. Dix fois, Furuki s’était presque évanoui d’épuisement. Il avait des vertiges, des éblouissements. Chaque fois qu’il s’était arrêté de creuser, la voix impitoyable de Hiroko l’avait rappelé à l’ordre. Un soleil radieux brillait sur Tokyo, mais le froid sec paralysait Furuki. Plus que la peur. Il s’était habitué à l’idée de la mort. Comme un grand malade.

Maintenant, appuyé sur sa pioche, il cherchait à maîtriser le vertige qui l’empêchait de se tenir debout. Il eut envie de s’écrouler dans la tombe sans plus lutter.

Il regarda le mur qui entourait le jardin ; il n’était pas très haut. Il entendait les bruits de la rue, des enfants qui s’interpellaient, des voitures qui passaient, ignorant l’horreur de cet îlot de sauvagerie médiévale en plein Tokyo…

Hiroko se leva et vint vers lui, la longue baïonnette à la main. Furuki la regarda s’approcher sans bouger. Même pas tenté de la frapper avec le manche de la pioche.

Résigné.

Elle s’arrêta à un mètre de lui.

— Le tribunal révolutionnaire t’a trouvé coupable d’avoir trahi le Sekigun, de nous avoir tous mis en danger et de manquer d’ardeur révolutionnaire…

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