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Mille vies valent mieux qu'une

Электронная книга - «Mille vies valent mieux qu'une». Краткое содержание книги:

Jean-Paul Belmondo a aujourd’hui décidé de tout raconter. Son enfance marquée par la guerre, sa mère courage, l’atelier de son père, et ses premières amours.
Il nous entraîne dans les pas dilettantes de son service militaire en Algérie. Il nous invite aux comptoirs de la rue Saint-Benoît, pour y faire les quatre cents coups avec ses copains de toujours, Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort, Michel Beaune, Pierre Vernier, Charles Gérard. Jean-Paul Belmondo se raconte ici pour la première fois, nous livrant la certitude que, oui, mille vies valent mieux qu’une.
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Je suis très mal en point, les dents cassées, le bec arraché, le sang affluant à gros bouillons, mais il faut bien sauver la face devant les petits, faire en sorte qu’ils n’aient pas trop peur. Alors j’essaie de rigoler, mais mon sourire ne ressemble plus à rien. Il en sort des bouts nacrés et rouges.

L’inconvénient de mon métier est qu’il faut être en bon état ; sinon, on pose problème au rôle ou aux producteurs pusillanimes. Je ne peux pas rester comme ça, avec une béance à la place de la bouche, d’autant que ce n’est très pratique ni pour manger, ni même pour parler.

Je saute dans un avion pour les États-Unis afin d’aller récupérer un râtelier acceptable. Pour qu’il n’y ait aucune rumeur à mon sujet et que personne n’ait la mauvaise idée de nouer conversation avec moi, je me colle un énorme cigare entre les lèvres.

Hélas, je tombe sur une connaissance. Ou plutôt une connaissance tombe sur moi, à côté de moi. L’acteur allemand Horst Buchholz, un homme bavard et chaleureux, qui s’entête à vouloir tuer le temps du trajet en conversant. Ce qui ne m’arrange pas. J’ai beau marmonner dans mon barreau de chaise des trucs assez incompréhensibles pour le dissuader, il s’accroche, m’inondant de mille questions. Un des pires voyages de ma vie.

En voiture, je ne suis pas tellement plus calme quand mes enfants sont à bord. Je crois leur avoir très vite transmis le plaisir d’aller vite, surtout à Paul qui est devenu, comme je l’espérais quand il est né, pilote de Formule 1.

Petits, je les mettais sur mes genoux pour qu’ils conduisent et je leur laissais, dès qu’ils le pouvaient, les manettes. Je déclenchais des cris de joie quand, revenant dans notre maison à Saint-Maurice, je bombardais jusqu’au parking en terre cendrée à côté de l’église, où j’exécutais des dérapages au frein à main.

À cette époque, je jouais avec une Mini-Cooper aux suspensions raides, dont je testais aussi la tenue de route et la fiabilité. Remise en question le jour où elle s’est mise à brûler tandis que je la faisais tournoyer sur le parking.

J’ai pu vite faire sortir mes trois anges. Mais j’avoue que je n’étais pas très fier, a posteriori, de l’opération. Mon copain Charles Gérard dirait que ce n’est pas la faute du fabricant, et que j’ai toujours eu le chic pour casser les engins : les voitures, les raquettes, les skis, les bateaux…

Ce qui l’a toujours beaucoup emmerdé, c’est que je ruine les bateaux. Parce que nous nous sommes, à cause de moi, souvent retrouvés en panne, au milieu de la mer, avec des heures pénibles de nage devant nous pour rejoindre la rive, ou de rame à bord d’une barque.

Quand Charles se permettait de m’engueuler, tandis que nous transpirions pour nous sauver, je le faisais taire d’un : « Ferme ta gueule et rame ! »

La mauvaise foi fait partie de notre complicité, qui dure depuis soixante-quatre ans ! Il a vu grandir mes enfants, m’a accompagné dans toutes les vacances que je prenais avec eux, dans une villa près de Grimaud.

Aujourd’hui encore, nous ne nous quittons pas. Il vient déjeuner tous les jours avec moi. Comme autrefois, nous parlons de sport, des actualités, et nous disons des conneries. Nous sommes joyeux tous les deux, nous sommes en vie.

Parfois même, à ne pas nous quitter, nous n’avons pas vu le temps défiler sur nous, il nous arrive d’avoir l’impression de n’avoir pas vieilli, d’être hier.

La mère de mes trois premiers enfants, Élodie, ne m’a jamais fait de reproches sur ma façon un peu libre de les élever. Une fois séparés, nous avons toujours été en bonne intelligence. Elle me laissait les prendre pendant les vacances et les emmener sur mes tournages, du moment que je les ramenais à temps pour l’école. J’ai globalement respecté le contrat.

Sauf une fois où, happé par les délices d’Antigua, privé de moyens de communication modernes, j’ai oublié la rentrée scolaire de septembre.

J’ai prétexté qu’il n’y avait aucun avion pour rentrer et nous nous sommes amusés comme des fous. Nous sillonnions l’île à bord d’une Mini-Moke que j’autorisais les enfants à conduire. Paul avait alors onze ans.

Une fois, tandis que Florence, quatorze ans, était au volant, les freins ont lâché dans une descente impressionnante. J’ai juste eu le temps de récupérer le volant pour nous emmener foncer dans un gros buisson touffu, mais sans épines. La peur les avait émoustillés, et moi aussi. Nous avions vécu une aventure dont il serait bon de se souvenir… plus tard.

16.

Notoire

Ils me fatiguent. À force. Ils n’attendaient que cela, les rapaces, pendant toutes ces années à me demander : « Mais alors, comment faites-vous pour rester fidèle à votre épouse avec toutes les femmes sublimes que vous tenez dans vos bras ? »

Ils m’ont soupçonné d’être l’amant de Claudia Cardinale, de Françoise Dorléac, de Jeanne Moreau, de Jean Rochefort…

Ça a fini par arriver : je suis tombé amoureux, là-bas, en Asie. Ursula Andress, une tigresse suissesse ultra-sportive, dynamique et désirable, une femme divinement belle et drôle, une âme sœur aux attraits de laquelle je n’ai pas eu le cœur de résister.

Ce n’est pas une passade, un besoin de nouveauté ou de conquête ; ce n’est pas non plus une trahison de ma femme, avec qui nous nous accordons bien. Même si je suis désolé de causer de la peine à nos trois enfants.

Mais, quand l’amour vient, il emporte tout. Le phénomène est d’ailleurs d’une telle banalité qu’il ne devrait susciter aucun commentaire particulier, d’autant qu’il se produit dans la sphère intime. Ma sphère intime.

Pourtant, l’annonce de mon divorce fin septembre 1966 fait couler beaucoup d’encre. Chacun y va de son petit couplet sur la légèreté des acteurs, leurs mœurs libertines, et ma soi-disant vie de Don Juan-Casanova permise par mes charmes irrésistibles.

Ils ont l’air de trouver normal que j’aie à payer le prix de la notoriété — une curiosité qui, à force d’être incessante, devient malveillante. Ces médias s’arrogent des droits qu’ils n’ont pas, des pouvoirs qu’ils ne méritent pas toujours. Un torchon comme Paris-Jour titre : « Belmondo divorce, mais Ursula n’a pas gagné », un article dégueulasse d’implicites tous plus nauséabonds les uns que les autres. Ça me met très en colère, parce que le mal est fait : le papier est publié.

J’exige un droit de réponse : « Cet article relatif à ma vie privée que vous vous croyez autorisé à décrire de la façon la plus fantaisiste et la plus désobligeante ne m’entraînera pas à engager avec vous une polémique sur les appréciations que vous portez d’autre part sur mes qualités d’“artiste de hasard”, le public en est seul juge. Je crois cependant faire toutes les réserves sur les conséquences judiciaires qui s’attachent à votre immixtion dans ma vie intime, au risque d’affecter la sensibilité de mes enfants. »

C’est assez amusant de les lire alors que je me trouve précisément sur le tournage d’un film d’un réalisateur de la Nouvelle Vague avec lequel je n’avais pas encore collaboré jusqu’ici et auquel on ne peut pas reprocher de faire des films « de hasard » ou bêtes : Louis Malle. Il m’a proposé de camper un personnage que j’adore, inventé par Georges Darien en plein essor anarchiste de la fin du XIXe siècle, Le Voleur.

Je me découvre quelques affinités avec ce Randal, issu d’une famille bourgeoise mais ruinée, qui se lance dans le vol à grande échelle afin de subsister, certes, mais aussi de dynamiter l’ordre et la morale. Et je lui conserve sa gravité, ses côtés sombres. Je n’en fais pas un Arsène Lupin agité, aux aventures rocambolesques.

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