La rédemption de Christophe Colomb [Pastwatch: The Redemption of Christopher Columbus - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Год: 1998
- Язык: французский
- Год: L'Atalante
- ISBN: 2-84172-093-4
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
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Ainsi du grand voyage qui conduisit Christophe Colomb le 12 octobre 1492 sur les rives du Nouveau Monde.
« J’ai rêvé, dit Putukam du peuple taïno d’Haïti, qu’un homme et une femme nous observaient, plus jeune que nous de quarante générations… Pourquoi n’empêchent-ils pas les Blancs de nous asservir ? »
Pour les chercheurs de l’Observatoire, n’y a-t-il pas une douleur insupportable à regarder l’Histoire dérouler son cours implacable ? Mais est-il possible d’intervenir ? Et le remède ne serait-il pas pire que le mal ?
Hunahpu hocha la tête.
« Maintenant, fit Diko, avec quoi n’êtes-vous pas d’accord là-dedans ?
— Je suis d’accord avec tout, répondit-il.
— Pourtant, la conclusion à en tirer, c’est que, même sans Cortés, l’empire aztèque se serait effondré en quelques années.
— En quelques mois, même. Les meilleurs alliés indiens de Cortés étaient les Tlaxcaltèques ; ils avaient déjà mis en pièces la machine militaire des Mexicas ; Auitzotl et Moctezuma avaient beau lancer et relancer leurs armées contre eux, ils tenaient toujours leur territoire. C’était humiliant pour les Mexicas, parce que la cité de Tlaxcala était située juste à l’est de Tenochtitlân, entièrement encerclée par l’empire mexica. Et les autres peuples, aussi bien ceux qui continuaient à résister aux Mexicas que ceux qui étaient déjà broyés par leur gouvernement, ces peuples commençaient à voir dans les Tlaxcaltèques leur espoir de délivrance.
— Oui, j’ai lu votre article à ce sujet.
— C’est la même situation que celle de l’empire perse après les Chaldéens : la chute des Mexicas n’aurait pas entraîné l’effondrement de la structure impériale tout entière ; les Tlaxcaltèques auraient pris leur place.
— C’est une possibilité, admit Diko.
— Non, rétorqua Hunahpu. C’est la seule. Le mouvement était déjà engagé.
— C’est maintenant qu’on en arrive au problème des preuves, je le crains. »
Hunahpu acquiesça. « Regardez. »
Il se tourna vers le chronoscope et se mit à charger de courtes scènes. Il avait minutieusement préparé son exposé, c’était manifeste, car il faisait passer Diko d’une séquence à l’autre sans plus de heurt que dans un film. « Ça, c’est Chocla », dit-il, et il lui montra, en brefs extraits, l’homme en question en audience avec le roi tlaxcaltèque, puis en réunion avec d’autres personnages dans d’autres contextes ; ensuite il désigna un autre ambassadeur tlaxcaltèque et le suivit au cours de diverses activités.
Une image se dégageait rapidement : les Tlaxcaltèques n’ignoraient pas la sourde agitation qui régnait chez les peuples assujettis tout autant que dans les classes marchande et guerrière des Mexicas. Ceux-ci étaient mûrs pour un coup d’Etat en même temps qu’une révolution, et l’un entraînerait l’autre. Les Tlaxcaltèques prenaient contact avec les chefs des différents groupes, passaient des alliances, bref se préparaient. « Les Tlaxcaltèques étaient parés. Si Cortés n’était pas venu mettre la pagaille dans leurs plans, ils se seraient emparés de l’empire mexica tout entier. Ils avaient prévu une révolte simultanée de toutes les nations importantes qui auraient lancé toutes leurs forces derrière les Tlaxcaltèques dont l’immense prestige leur inspirait confiance. En même temps, il était entendu qu’un coup d’Etat renverserait Moctezuma, ce qui romprait la triple alliance avec Texcozo et Tacuba, qui s’empresseraient d’abandonner Tenochtitlan pour former une nouvelle coalition avec Tlaxcala.
— D’accord, fit Diko. Ça me semble clair et je crois que vous avez raison : c’était bien ce qu’ils projetaient.
— Et ils auraient réussi, enchaîna Hunahpu. Par conséquent, affirmer que l’empire aztèque allait de toute façon s’écrouler ne mène à rien : il aurait été remplacé par un autre empire, plus jeune, plus fort et plus énergique. Et, il est bon de le souligner, aussi férocement attaché aux sacrifices de masse que les Mexicas. La seule différence entre eux tenait au nom de leurs dieux : au lieu d’Uitzilopochtli, les Tlaxcaltèques commettaient leurs massacres au nom de Camaxtli.
— Tout ceci est très convaincant, mais qu’est-ce que ça change ? Les limites qui s’imposaient aux Mexicas se seraient imposées aux Tlaxcaltèques, limites de transport, impossibilité de mener de front un programme de sacrifices à grande échelle et une agriculture intensive.
— Les Tlaxcaltèques n’étaient pas les Mexicas, dit Hunahpu.
— Et alors ?
— Dans leur lutte acharnée contre un ennemi puissant et implacable – lutte que n’ont jamais connue les Mexicas, dois-je ajouter –, les Tlaxcaltèques avaient renoncé à la vision fataliste de l’Histoire qui avait handicapé les Mexicas, les Toltèques et les Mayas. Ils aspiraient au changement et voilà qu’ils n’avaient qu’à se baisser pour le provoquer. »
La journée de travail touchait à sa fin et de plus en plus de monde s’agglutinait pour assister à l’exposé d’Hunahpu. Toute angoisse disparue, il se montrait à présent animé, enflammé par son sujet. Diko se demanda s’il ne fallait pas chercher là l’origine du mythe de l’Indien stoïque : une réaction culturelle à la peur qui, pour les Européens, passait pour de l’impassibilité.
Hunahpu lui montrait à présent une série de courtes scènes où apparaissaient des messagers du roi de Tlaxcala. mais ils ne se rendaient plus chez des dissidents mexicas ni dans des nations assujetties. « Il est de notoriété publique que les Tarasques, peuple établi au nord-ouest de Tenochtitlan. venaient de découvrir comment fabriquer le bronze et qu’ils se livraient à des expériences poussées avec d’autres métaux et d’autres alliages, expliqua Hunahpu. Ce que personne ne paraît avoir remarqué, en revanche, c’est qu’à ce moment-là les Mexicas ne mesurent absolument pas la portée de ces recherches, alors que les Tlaxcaltèques s’y intéressent énormément. Et ils ne se contentent pas d’essayer d’acheter le bronze : ils veulent l’accaparer ; ils sont en train de négocier une alliance pour faire venir des forgerons tarasques à Tlaxcala, ils vont certainement y parvenir, et ça signifie qu’ils disposeront d’armes de destruction terrifiantes comme aucune autre nation de la région n’en possède.
— Est-ce que le bronze leur donnerait un tel avantage ? demanda un des spectateurs. Après tout, les haches en silex des Mexicas étaient capables de décapiter un cheval d’un seul coup ; ils avaient donc déjà des armes de destruction.
— Une flèche à pointe de bronze est plus légère et vole plus loin et plus droit qu’une flèche à tête de silex ; une épée en bronze peut transpercer une armure rembourrée qui bloquait ou détournait les pointes et les lames en silex. Et ça ne se serait pas arrêté au bronze : les Tarasques testaient les divers métaux avec beaucoup d’application. Ils commençaient à travailler sur le fer.
— Non ! s’exclamèrent plusieurs personnes.
— Je sais ce que tout le monde prétend, et pourtant c’est vrai. » Il chargea une scène où un métallurgiste tarasque œuvrait avec du fer plus ou moins pur.
« Ça ne marchera pas, dit quelqu’un. La chaleur est insuffisante.
— Croyez-vous qu’il ne trouvera pas le moyen d’augmenter la température de son feu ? demanda Hunahpu. Cette scène date de l’époque où Cortés marchait déjà sur Tenochtitlan ; c’est pourquoi le travail du fer n’a rien donné : la technique n’étant pas au point lors de la conquête espagnole, on l’a oubliée. Si je suis tombé là-dessus, c’est parce que j’étais le seul à penser que ça valait le coup de faire des recherches sur ce sujet. Mais les Tarasques étaient bel et bien sur le point de travailler le fer.