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La rédemption de Christophe Colomb [Pastwatch: The Redemption of Christopher Columbus - fr]

Электронная книга - «La rédemption de Christophe Colomb [Pastwatch: The Redemption of Christopher Columbus - fr]». Краткое содержание книги:

Une ère nouvelle s’ouvre sur la Terre; après un siècle de guerre, de famine et de désespoir, l’humanité survivante a entrepris de soigner le monde. Et le dispose du chronoscope, qui lui montre le visage des hommes d’autrefois et lui fait entendre leur voix. L’Observatoire du temps scrute les siècles passés.
Ainsi du grand voyage qui conduisit Christophe Colomb le 12 octobre 1492 sur les rives du Nouveau Monde.
« J’ai rêvé, dit Putukam du peuple taïno d’Haïti, qu’un homme et une femme nous observaient, plus jeune que nous de quarante générations… Pourquoi n’empêchent-ils pas les Blancs de nous asservir ? »
Pour les chercheurs de l’Observatoire, n’y a-t-il pas une douleur insupportable à regarder l’Histoire dérouler son cours implacable ? Mais est-il possible d’intervenir ? Et le remède ne serait-il pas pire que le mal ?
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« Je n’ai aucune preuve, dit Hunahpu, mais je sais que je ne me trompe pas. »

À la voix, la femme à l’autre bout du fil paraissait jeune, trop pour avoir de l’influence, sûrement, mais puisqu’elle était la seule à s’être mise en peine de répondre à son message, il devait lui parler comme si elle avait du poids ; il n’avait pas le choix. « Comment pouvez-vous avoir une certitude sans preuves ? demanda-t-elle d’un ton égal.

— Je n’ai pas dit que je n’avais pas de preuves, seulement qu’on ne pourrait jamais démontrer ce qui aurait pu se produire.

— C’est honnête, fit-elle.

— Tout ce que je voudrais, c’est l’occasion de présenter mes preuves à Kemal.

— Je ne peux rien vous garantir là-dessus. Mais vous pouvez venir à Juba et me les présenter à moi. »

Aller à Juba ! Comme s’il disposait d’un budget de déplacements illimité, lui qui était à deux doigts de se faire virer de l’Observatoire ! « Je regrette, mais un tel voyage dépasserait mes moyens, je crois, dit-il.

— Nous vous le paierons, naturellement, et vous pourrez loger chez nous en tant qu’invité. »

Il resta abasourdi. Comment quelqu’un d’aussi jeune pouvait-il avoir l’autorité de lui faire une telle promesse ? « Redites-moi votre nom, s’il vous plaît ?

— Diko. »

La mémoire lui revint alors ; comment n’avait-il pas fait le rapprochement tout de suite ? Certes, c’était au projet de Kemal qu’il comptait collaborer, mais ce n’était pas Kemal qui avait découvert l’Intrusion.

« Vous êtes la Diko qui…

— Oui.

— Avez-vous lu mes articles ? Ceux que j’ai envoyés sur le réseau et…

— Et à qui personne n’a fait attention ? Oui.

— Et vous êtes convaincue ?

— J’ai des questions à vous poser.

— Et si mes réponses emportent votre adhésion ?

— Eh bien, j’en serai la première étonnée. Chacun sait que l’empire aztèque était au bord de l’effondrement à l’arrivée de Cortés dans les années 1520. Chacun sait aussi que la technologie méso-américaine était totalement incapable de rivaliser avec celle d’Europe. Votre hypothèse d’une conquête de l’Europe par des peuples d’Amérique centrale est absurde et sans fondement.

— Ce qui ne vous a pas empêchée de me contacter.

— Je pars du principe qu’il faut retourner le moindre caillou. Vous êtes un caillou auquel personne n’a encore touché, et voilà pourquoi…

— … vous me retournez.

— Vous acceptez de venir ?

— Oui », dit-il. Un mince espoir valait mieux que pas de réponse du tout.

« Faites-moi d’abord parvenir une copie de toutes les archives pertinentes, que je puisse les consulter sur mon ordinateur.

— La plupart sont déjà sur le réseau de l’Observatoire.

— Alors envoyez-moi votre bibliographie. Quand pouvez vous venir ? Je dois demander une autorisation de congé en votre nom pour consultation chez nous.

— Vous pouvez faire ça ?

— Je peux le demander.

— Demain, dit-il.

— Je n’aurai pas tout lu d’ici demain. La semaine prochaine ; disons mardi. Mais envoyez-moi tout de suite les archives et les listes nécessaires.

— Et vous demanderez mon autorisation de congé… quand j’enverrai les dossiers ?

— Non, dans les quinze prochaines minutes. Je suis ravie de vous avoir écouté. J’espère que vous n’êtes pas un illuminé.

— Non, ne vous inquiétez pas. Moi aussi, je suis ravi que vous ayez appelé. »

Elle coupa la communication.

Une heure plus tard, le superviseur d’Hunahpu vint voir le jeune homme. « Qu’est-ce que vous avez encore fabriqué ? demanda-t-elle d’un ton agacé.

— Rien de plus que d’habitude, répondit-il.

— J’étais en train de rédiger une recommandation pour qu’on vous dirige sur une spécialité différente et, d’un seul coup, qu’est-ce qui arrive ? Une demande émanant du projet Colomb, qui aurait besoin de vous la semaine prochaine, une demande de congé à pleine solde !

— Ça vous reviendrait moins cher de me virer, dit-il, mais j’aurais du mal à les aider, à Juba, si je n’ai plus accès au réseau informatique de l’Observatoire. »

Elle le considéra avec une consternation à peine voilée. « Voudriez-vous me faire avaler que vous n’êtes pas le dingue et la tête de mule tout juste bon à perdre son temps que tout le monde croyait ?

— Je ne garantis rien, répondit Hunahpu. Peut-être qu’à l’issue de l’affaire c’est ce que tout le monde pensera de moi.

— Sûrement. Mais vous avez votre congé et vous pouvez rester chez nous jusqu’à son expiration.

— J’espère que la dépense en vaut la peine.

— Là-dessus, pas de problème : pendant votre congé, votre salaire sera prélevé sur leur budget. » Elle eut un grand sourire. « Je vous aime bien en réalité, vous savez. Mais j’ai l’impression que vous n’avez pas bien saisi l’esprit de l’Observatoire.

— C’est vrai. Et j’ai l’intention de changer cet esprit.

— Bonne chance. Et si jamais il s’avère que vous êtes un génie, n’oubliez pas que pas une fois, pas un seul instant, je n’ai cru en vous.

— Ne vous inquiétez pas, répondit-il en lui rendant son sourire. Je ne l’oublierai jamais. »

Ce qui se serait passe

Diko alla chercher Hunahpu à la gare de Juba. Elle n’eut aucun mal à le reconnaître avec sa petite taille, sa peau brun clair et ses traits typiquement mayas. Sur le quai, l’air serein, il parcourait lentement du regard la foule qui l’entourait. Diko fut étonnée de son aspect juvénile bien que, elle ne l’ignorait pas, les Indiens sans rides paraissent souvent jeunes à l’œil habitué aux autres types humains. Et, justement à cause de la jeunesse du visiteur, Diko était surprise de ne percevoir chez lui aucune tension. On avait l’impression qu’il s’était déjà trouvé là cent fois et qu’il observait un environnement familier, cherchant ce qui avait changé au cours de ses années d’absence. Qui aurait pu deviner, à le regarder, que sa carrière était au bord du gouffre, qu’il n’avait jamais voyagé plus loin que Mexico, qu’il s’apprêtait à présenter une théorie qui allait peut-être bouleverser le cours de l’Histoire ? Diko lui envia cette paix intérieure qui lui permettait de prendre la vie avec autant de… d’équanimité.

Elle s’approcha de lui. Il posa les yeux sur elle sans que son visage exprime la moindre interrogation ni le moindre soulagement, alors qu’il avait certainement cherché une photo d’elle dans le rôle du personnel de l’Observatoire et l’avait sans doute reconnue. « Je suis Diko », dit-elle en tendant les deux mains.

Il les serra brièvement. « Et moi Hunahpu, répondit-il. C’est aimable à vous d’être venue me chercher.

— Les rues ne portent pas de plaques ici, et je conduis mieux que les taxis. Enfin, ça reste à voir, mais je prends moins cher. »

Il ne sourit pas. Le genre coincé, songea-t-elle. « Vous avez des bagages ? »

Il fit non de la tête. « Rien que ceci. » D’un haussement d’épaule il désigna son petit sac en bandoulière. Est-ce qu’il y avait seulement la place d’y fourrer de quoi se changer ? Mais, c’était vrai, il ne faisait que passer d’un climat tropical à un autre, il n’avait pas besoin d’un nécessaire de rasage – le système pileux peu développé des Indiens contribuait aussi à leur aspect juvénile – et, quant aux articles, ils avaient dû être transmis électroniquement. Néanmoins, la plupart des gens trimbalaient bien plus de bagages que cela lorsqu’ils se déplaçaient, peut-être parce qu’ils ne se sentaient pas en sécurité et qu’il leur fallait s’entourer d’objets familiers, ou pour se donner l’impression d’avoir un choix à faire quand ils s’habillaient, afin de calmer leur angoisse ou leur sentiment d’impuissance. Manifestement, Hunahpu n’était pas de ceux-là. Apparemment, il ne connaissait pas l’anxiété, à moins qu’il ne se considère nulle part comme un étranger. Ce doit être fabuleux, pensa Diko, de se sentir à l’aise partout ! J’aimerais avoir ce don. Et, à sa grande surprise, elle s’aperçut qu’elle admirait Hunahpu alors même que sa froideur la rebutait.

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