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La rédemption de Christophe Colomb [Pastwatch: The Redemption of Christopher Columbus - fr]

Электронная книга - «La rédemption de Christophe Colomb [Pastwatch: The Redemption of Christopher Columbus - fr]». Краткое содержание книги:

Une ère nouvelle s’ouvre sur la Terre; après un siècle de guerre, de famine et de désespoir, l’humanité survivante a entrepris de soigner le monde. Et le dispose du chronoscope, qui lui montre le visage des hommes d’autrefois et lui fait entendre leur voix. L’Observatoire du temps scrute les siècles passés.
Ainsi du grand voyage qui conduisit Christophe Colomb le 12 octobre 1492 sur les rives du Nouveau Monde.
« J’ai rêvé, dit Putukam du peuple taïno d’Haïti, qu’un homme et une femme nous observaient, plus jeune que nous de quarante générations… Pourquoi n’empêchent-ils pas les Blancs de nous asservir ? »
Pour les chercheurs de l’Observatoire, n’y a-t-il pas une douleur insupportable à regarder l’Histoire dérouler son cours implacable ? Mais est-il possible d’intervenir ? Et le remède ne serait-il pas pire que le mal ?
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— Votre amitié, répondit-il aussitôt.

— Et votre foi entière et absolue, ajouta le père Pérez. Ai-je raison, père Antonio ? »

L’intéressé acquiesça. « Je saisis votre raisonnement. Ceux dont la foi est vacillante adoptent celle des gens chez qui elle demeure inébranlable. Votre confiance doit être absolue, à partir de quoi d’autres pourront s’y raccrocher et se laisser emporter.

— En conséquence, enchaîna le père Pérez, vous ne devez jamais manifester le moindre doute, ni même donner à penser qu’il y ait la moindre possibilité de doute.

— Très bien, dit Columbus. J’en suis capable.

— Et vous devez toujours laisser l’impression que vous en savez davantage que vous ne voulez bien en dire », ajouta le père Pérez.

Columbus ne répondit pas car il ne pouvait avouer que c’était précisément le cas.

« Cela signifie que jamais, au grand jamais, vous ne devez terminer en déclarant : "Vous avez entendu tous mes arguments, je vous ai dit tout ce que je savais." Si l’on vous pose des questions directes, répondez comme si vous ne dispensiez que des fragments d’un savoir plus vaste. Agissez comme si vous vous attendiez que vos interlocuteurs en sachent aussi long que vous et que vous étiez déçu de constater le contraire ; faites comme si vous pensiez que tout le monde devait savoir ce que vous savez, et que vous désespériez d’instruire les non-initiés.

— Cela ressemble fort à de l’orgueil, dit Columbus.

— C’est davantage que cela, fit le père Antonio en éclatant de rire : c’est de l’orgueil de savant ! Croyez-moi, Cristóbal, ils ne vous traiteront pas autrement.

— C’est vrai, répondit Columbus qui se rappelait l’attitude des conseillers du roi Joâo à Lisbonne.

— Encore une chose, Cristóbal, intervint le père Pérez : vous vous entendez bien avec les femmes. »

Columbus haussa les sourcils. Ce n’était pas le genre de déclaration qu’il attendait d’un prieur franciscain.

« Je ne parle pas de séduction, bien que je ne doute pas de votre capacité à maîtriser cet art, si ce n’est déjà fait ; je parle de la façon dont elles vous regardent, dont vous attirez leur attention. Cela peut également vous servir, car il se trouve que nous vivons en une époque où la Castille est gouvernée par une femme. Une souveraine régnante, non pas l’épouse d’un roi. Croyez-vous que Dieu laisse de tels détails au hasard ? Elle aura pour vous les yeux d’une femme pour un homme et elle vous jugera comme les femmes jugent les hommes – non pas sur la substance de leurs arguments ni sur leur habileté ou leurs prouesses au combat, mais sur leur force de caractère, sur l’intensité de leur passion, la fermeté de leur âme, leur compassion et – par-dessus tout – leur conversation.

— Je ne vois pas comment employer ce talent que vous me prêtez », répondit Columbus. Il pensait à son épouse, à la façon déplorable dont il l’avait traitée, ce qui ne l’avait pas empêchée de l’aimer malgré tout. « Vous ne proposez tout de même pas que je cherche à obtenir une audience privée avec la reine Isabelle ?

— Pas du tout ! s’écria le père Pérez, horrifié. Loin de moi l’idée de trahison ! Non, vous la rencontrerez publiquement – c’est dans ce but qu’elle vous a fait mander. Ma position de confesseur de la reine m’a permis de lui faire envoyer quelques lettres qui parlaient de vous, ce qui a peut-être contribué à éveiller son intérêt : don Luis lui a écrit en proposant un apport de quatre mille ducats à votre entreprise, et don Enrique s’est déclaré prêt à monter seul votre expédition. Ces éléments réunis ont fait de vous un personnage qui pique sa curiosité.

— Et ce que vous en obtiendrez, dit le père Antonio, c’est une audience royale en présence de la reine de Castille et de son époux le roi d’Aragon.

— Cependant, je vous le répète, vous devez vous considérer comme reçu par la reine seule et vous adresser à elle comme à une femme, à la façon des femmes et non à celle des hommes. Vous serez tenté de vous comporter comme la plupart des courtisans et des ambassadeurs et de ne parler qu’au roi : elle déteste cela, Cristóbal. Je ne trahis pas le secret de la confession en vous l’affirmant ; on la traite comme si elle n’était pas là, et pourtant son royaume est deux fois plus étendu que celui du roi. En outre, c’est son royaume qui est de tradition maritime et qui a les yeux tournés vers l’occident et l’Atlantique. Ainsi, lorsque vous parlez, adressez-vous au deux, naturellement, car il ne faut pas offenser le roi ; mais, quoi que vous disiez, regardez d’abord la reine : c’est elle votre interlocutrice, elle à qui vous expliquez, elle que vous persuadez. N’oubliez pas que la subvention que vous demandez est modeste. Quelques navires ? Ils ne videront pas le trésor royal. Il est en son pouvoir de vous les donner même si son époux vous dédaigne. Et, parce qu’elle est femme, il est en son pouvoir de vous croire, de vous faire confiance et d’exaucer votre prière, quand bien même tous les savants d’Espagne se ligueraient contre vous. Comprenez-vous ?

— Je n’ai qu’une personne à convaincre, répondit Columbus, et c’est la reine.

— Quant aux savants, il vous suffit de vous montrer plus résistant qu’eux et de ne jamais leur dire ; "Tous mes arguments sont devant vous, je n’en ai pas d’autres." Si jamais vous leur faites cet aveu, ils mettront tous vos beaux raisonnements en pièces et même la reine Isabelle ne pourra se dresser contre leur certitude. Mais si vous vous en abstenez, leurs recommandations resteront beaucoup moins assurées ; toutes les interprétations seront permises. Ils seront furieux contre vous, évidemment, et ils s’efforceront de vous écraser, mais ce sont des hommes honnêtes et ils seront obligés de laisser une petite place au doute, de nuancer certaines tournures de phrase qui admettront la possibilité que, tout en étant persuadés de votre erreur, ils n’aient pas absolument, définitivement raison.

— Cela suffira-t-il ?

— Qui sait ? répondit le père Pérez. C’est peut-être écrit. » Quand Dieu m’a confié cette mission, songea Columbus, je pensais qu’il m’ouvrirait la voie ; au lieu de cela, me voici obligé de me contenter d’espoirs infimes !

« Persuadez la reine, répéta le père Pérez.

— Si j’y parviens, fit Columbus.

— Vous avez de la chance d’être veuf. C’est cruel à dire, je sais, mais si la reine vous savait marié cela réduirait son intérêt pour vous.

— Mais elle est mariée, elle, rétorqua Columbus. Où cela nous mène-t-il ?

— À ce que, lorsqu’un homme a pris épouse, il perd la moitié de sa séduction pour une femme. Même pour une femme mariée – surtout pour une femme mariée, car alors elle s’imagine savoir ce qu’est un époux !

— Les hommes, d’un autre côté, renchérit le père Antonio, ne sont pas victimes de cette aberration. Si j’en juge par le confessionnal du moins, les hommes sont plus attirés par les femmes mariées que par les célibataires.

— La reine et moi ne pouvons donc manquer de nous attirer mutuellement, dit Columbus d’un ton sec.

— Je le pense, fit le père Pérez en souriant. Mais votre amitié sera pure et les enfants de votre union seront des caravelles poussées par le vent d’est.

— La foi aux femmes, les preuves aux hommes, dit le père Antonio. Faut-il en conclure que le christianisme est réservé aux femmes ?

— Plutôt que le christianisme s’adresse à ceux qui ont la foi et qu’il se trouve par conséquent plus de vrais chrétiens chez les femmes que chez les hommes, répondit le père Pérez.

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