Dr Bloodmoney
- Автор: Дик Филип Кайндред
- Год: 1974
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- Переводчик: Bruno Martin
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Dr Bloodmoney». Краткое содержание книги:
Cependant, dans ce coin perdu de Californie, la vie continuait : pour Bonny Keller que six ans d’analyse n’avaient pas réussi à rééquilibrer; pour Bruno Bluthgeld, l’un des responsables de la grande Catastrophe, qui sentait des stigmates s’inscrire sur son visage; pour Hoppy, le phocomèle, l’ancien bébé thalidomide, doté de pouvoirs supra-normaux.
Elle continuait pour Walt Dangerfild, l’astronaute expédié vers Mars, mais dont la cabine spatiale s’était satellisée autour de la Terre. Là, à l’abri des radiations, il s’était transformé en une sorte de super disc-jockey dont l’écoute était devenue une sorte de drogue pour tous les survivants.
Mais peut-on réellement survivre dans un monde radioactif ?
— Tu crois ? Ce n’est pas possible !
— Je peux si je veux.
— Non, tu mens. Tu ne sais que dormir, bavarder avec les morts et imiter la voix des gens comme tout à l’heure. Ce n’est pas grand-chose, j’en suis capable moi-même et je peux bien plus encore.
Il n’y eut pas de réponse de son intérieur.
— Bill, écoute ! Il y a maintenant deux personnes qui savent que tu existes… Hoppy Harrington et le docteur. Et tu prétendais que personne ne saurait jamais. Donc tu n’es pas tellement malin. Je ne te crois pas très intelligent, au fond !
En elle, Bill dormait.
— Si tu faisais de vilaines choses, poursuivit-elle quand même, j’avalerais un truc pour t’empoisonner. Tu le sais ? Alors tâche de bien te conduire.
Elle avait de plus en plus peur de lui ; c’était à elle-même qu’elle parlait, pour reprendre son assurance. Il vaudrait peut-être mieux que tu meures, songea-t-elle. Seulement il faudrait que je continue à te porter et… ce ne serait pas agréable. Je n’aimerais pas ça.
Elle eut un frisson.
— Ne t’inquiète pas pour moi, dit soudain Bill. (Il s’était réveillé, ou alors il avait fait semblant de dormir.) Je sais beaucoup de choses, je peux me débrouiller tout seul. Et je te protégerai aussi. Tu devrais plutôt te réjouir de ma présence parce que je peux… mais non, tu ne comprendrais pas. Tu sais que j’ai le pouvoir de voir tous ceux qui sont morts, comme l’homme que j’ai imité. Eh bien, il y en a des tas, des milliards et des milliards de milliards et ils sont tous différents. Dans mon sommeil, je les entends murmurer. Ils sont toujours tout autour.
— Autour ? Où ?
— Au-dessous de nous. Dans la terre.
— Brrr ! fit-elle.
Bill rit.
— C’est la vérité. Et nous y serons aussi. Maman et papa et tous les autres. Tout le monde et tout le reste est là, les animaux compris. Ce chien y est presque, celui qui parle. Pas encore là, exactement, mais c’est la même chose. Tu verras.
— Je ne veux pas voir. Je voudrais suivre la lecture. Reste tranquille. Tu n’écoutes pas ? Tu disais que cela te plaisait.
— Il y sera bientôt, lui aussi, poursuivit Bill. L’homme qui vous fait la lecture dans le satellite.
— Non. Je ne te crois pas. Tu en es sûr ?
— Oui, tout à fait. Et même, avant lui… Est-ce que tu connais l’homme aux lunettes ? Non ? Eh bien, il ne va pas tarder à y être. Tout juste dans quelques minutes. Et après… (Il s’interrompit.) Je ne te le dirai pas.
— Non, ne me le dis pas, je t’en prie. Je ne veux pas savoir.
En se guidant sur le haut mât tordu de l’émetteur de Hoppy, Eldon Blaine se rendait à la maison du phocomèle. C’est maintenant ou jamais, se disait-il. Je n’ai que peu de temps. Il n’y avait personne pour le gêner… ils étaient tous dans le hall, y compris l’infirme. Je vais trouver cette radio et l’emporter, se dit Eldon. Si je ne peux pas l’avoir, lui, du moins je ne rentrerai pas les mains vides à Bolinas. L’émetteur était à présent tout proche. Eldon sentait la présence de la construction de Hoppy… et soudain, il buta sur quelque chose. Il tomba en battant des bras. Les restes d’une clôture, au ras du sol…
Il distinguait la maison même, ou ce qui en subsistait. Les fondations, un pan de mur, et au centre une sorte de cabane cubique, faite de débris, couverte de carton goudronné. Le mât, maintenu par d’épais haubans, se dressait juste derrière une petite cheminée de tôle.
L’émetteur fonctionnait.
Blaine en perçut le ronronnement avant même de voir la lueur bleutée des lampes. Par une large fente sous la porte du cube, il voyait aussi de la lumière. Il trouva la clenche, y posa la main, puis la tourna rapidement. La porte s’ouvrit sans difficulté, presque comme si on l’eût attendu à l’intérieur.
Une voix amicale, intime, murmurait, et Eldon Blaine jeta un coup d’œil circulaire, glacé de peur, s’attendant à voir – c’était incroyable ! – le phocomèle lui-même. Mais la voix sortait du récepteur posé sur un établi, parmi des outils, des instruments de mesure, des pièces détachées, en un effarant désordre. C’était Dangerfield qui continuait de parler bien que le satellite fût sûrement très loin maintenant. Un contact avec le satellite plus efficace que tous ceux que l’on avait jamais réussi à établir, se dit-il. Ils ont même ça, à West Marin ! Mais pourquoi le grand émetteur était-il sous tension ? À quoi servait-il ? Il commença une rapide inspection…
Dans le haut-parleur, la voix basse et intime changea soudain : elle devint dure, impérative :
— Homme aux lunettes, que faites-vous chez moi ?
C’était la voix de Hoppy Harrington. Eldon restait médusé, à se frotter bêtement le front, s’efforçant de comprendre mais sachant bien d’instinct qu’il n’y parviendrait jamais.
— Hoppy ! Où êtes-vous ? parvint-il à demander.
— Je suis ici, répondit la voix de la radio. Je me rapproche. Ne bougez pas, homme aux lunettes. (La porte s’ouvrit et Hoppy Harrington apparut sur sa phocomobile, les yeux perçants, fulgurants.) Soyez le bienvenu dans ma maison, ricana-t-il. (Maintenant, sa voix sortait à la fois de sa bouche et du haut-parleur.) Pensiez-vous que c’était le satellite que vous entendiez sur cet appareil ? (Une de ses « mains » s’avança pour arrêter la radio.) Allons, l’homme aux lunettes, parlez. Que cherchez-vous ici ?
— Laissez-moi partir, dit Eldon. Je ne cherche rien. Je jetais un coup d’œil, voilà tout.
— Vous vouliez mon récepteur, c’est cela ? fit Hoppy, la voix blanche.
Il paraissait sombre mais pas du tout surpris.
— Pourquoi votre émetteur marche-t-il ? fit Eldon.
— Parce que je suis en communication avec le satellite.
— Si vous me laissez partir, je vous donnerai tous les verres dont je dispose. Cela représente des mois de fouilles dans toute la Californie du Nord.
— Cette fois-ci, vous n’avez pas de lunettes, constata le phocomèle. En tout cas, je ne vois pas votre serviette. Mais pour ma part, je veux bien que vous vous en alliez. Vous n’avez rien fait de mal ici. Je ne vous en ai pas laissé le loisir.
Il émit son rire sec, saccadé.
— Essayez-vous de faire redescendre le satellite ? s’enquit Eldon.
Le phocomèle le regarda fixement.
— C’est bien cela ! fit Eldon. Avec cet émetteur, vous allez déclencher l’étage final qui n’a pas été mis à feu. Vous allez l’utiliser en rétrofusée, alors il retombera dans l’atmosphère et finira par se poser.
— Je ne pourrais pas, même si je le désirais, répondit finalement Hoppy.
— Vous avez la capacité d’agir à distance sur les objets.
— Je vais vous l’expliquer, ce que je fais, l’homme aux lunettes. (Hoppy roula devant Eldon et, à l’aide d’une de ses prothèses, prit un objet posé sur l’établi.) Reconnaissez-vous ceci ? C’est une bande enregistrée. Elle sera transmise au satellite à une vitesse fantastique, si bien qu’il recevra en quelques secondes des heures de renseignements. En même temps, tous les messages reçus par le satellite pendant son parcours me seront diffusés de la même manière, à une vitesse extrême. Voilà comment le matériel devait fonctionner à l’origine, homme aux lunettes, avant le Cataclysme, avant que le système d’écoute et de décodage ait été perdu sur la Terre.
Eldon Blaine regarda le récepteur sur l’établi, puis lança un coup d’œil furtif vers la porte. La phocomobile ne barrait plus la sortie. Il se demandait s’il réussirait, s’il avait une chance…
— Je peux émettre à une distance de cinq cents kilomètres, expliquait Hoppy. Je touche tous les récepteurs en Californie du Nord, à portée optique, mais c’est tout. Cependant, en envoyant mes messages pour que le satellite les enregistre, puis les rejoue et les rejoue encore durant ses révolutions…