Dr Bloodmoney
- Автор: Дик Филип Кайндред
- Год: 1974
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- Переводчик: Bruno Martin
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Dr Bloodmoney». Краткое содержание книги:
Cependant, dans ce coin perdu de Californie, la vie continuait : pour Bonny Keller que six ans d’analyse n’avaient pas réussi à rééquilibrer; pour Bruno Bluthgeld, l’un des responsables de la grande Catastrophe, qui sentait des stigmates s’inscrire sur son visage; pour Hoppy, le phocomèle, l’ancien bébé thalidomide, doté de pouvoirs supra-normaux.
Elle continuait pour Walt Dangerfild, l’astronaute expédié vers Mars, mais dont la cabine spatiale s’était satellisée autour de la Terre. Là, à l’abri des radiations, il s’était transformé en une sorte de super disc-jockey dont l’écoute était devenue une sorte de drogue pour tous les survivants.
Mais peut-on réellement survivre dans un monde radioactif ?
— Spéciale ? répéta Stockstill, sur ses gardes.
— Je pense que vous savez à quoi je fais allusion.
— Est-elle un phénomène, en d’autres termes ?
George devint livide mais son visage resta grave, son regard intense. Il attendait une réponse. Cet homme ne se laisserait pas éconduire avec quelques phrases banales, Stockstill le comprenait fort bien.
— Je présume que c’est bien ce que vous vouliez dire ? poursuivit-il. Pourquoi me le demander ? Vous paraît-elle étrange en quoi que ce soit ? A-t-elle l’air d’une anormale ?
— Elle n’a pas du tout l’air anormale, protesta Bonny, remplie de soucis, en se cramponnant au bras de son mari, en se raccrochant à lui. Mon Dieu. Il est bien évident qu’elle est parfaitement normale ! Le diable t’emporte, George ! Qu’est-ce qu’il te prend ? On n’est pas ainsi morbide à l’égard de son propre enfant ! Serais-tu las de la vie, ou neurasthénique ?
— Il y a des gens anormaux chez qui cela ne se voit pas, déclara George Keller. Après tout, des enfants, j’en vois beaucoup, je les vois tous, dans le pays. J’ai acquis un sens particulier qui me permet de les reconnaître. Une intuition qui le plus souvent se révèle exacte. Il est demandé aux membres de l’enseignement, comme tu le sais, de confier tout enfant anormal à l’État de Californie, aux fins d’adaptation. Alors…
— Je rentre à la maison ! dit Bonny. (Elle pivota et gagna la porte de la salle d’attente.) Adieu, docteur !
— Attendez, Bonny, fit Stockstill.
— Cette conversation me déplaît. Elle est malsaine. Vous n’êtes que deux maniaques ! Docteur, si jamais vous insinuez qu’Edie est un phénomène, je ne vous adresse plus jamais la parole ! Pas plus qu’à toi, George, et je ne blague pas !
Après un silence, Stockstill reprit :
— Vous parlez pour ne rien dire, Bonny. Je n’insinue rien, parce qu’il n’y a rien d’étonnant. La petite a une tumeur bénigne dans la cavité abdominale, voilà tout.
Il était en colère. Il éprouvait même l’envie de la mettre devant la réalité. Elle le méritait.
Mais, réfléchit-il, quand elle se sentira coupable, quand elle se sera reproché d’avoir eu des rapports avec un homme quelconque et d’avoir donné le jour à un bébé anormal, elle reportera sa mauvaise conscience sur Edie, pour la détester. Elle se vengera sur l’enfant. Il en est toujours ainsi. L’enfant est pour les parents un reproche vivant, bien qu’imprécis, pour ce qu’ils ont pu faire autrefois ou dans les premiers moments de la guerre, alors que tout le monde était affolé et s’enfuyait au hasard… que chacun faisait le mal à sa manière, en réalisant l’ampleur du désastre. Certains ont tué pour rester en vie, d’autres se sont contentés de se sauver, d’autres encore ont fait des bêtises… Bonny s’est déchaînée sauvagement, pas de doute. Elle s’est laissé aller. Et elle reste la même, elle recommencerait sûrement. Peut-être même a-t-elle déjà récidivé. Et elle en a parfaitement conscience.
Une fois encore il se demanda qui était le père.
Un jour, je lui poserai la question tout à trac, décida-t-il. Elle risque de ne pas se le rappeler, tout cela n’est sans doute que brouillard pour elle, cette époque de sa vie. Ces jours atroces. Ou était-ce tellement horrible pour elle ? Non, elle était capable de juger cela magnifique, cela la libérait de toute contrainte, lui permettait de donner libre cours à sa frénésie, sans crainte des conséquences, parce qu’elle croyait, comme nous tous, qu’il n’y aurait pas un seul survivant.
Elle en a tiré le maximum, se dit-il. Comme toujours ! Elle tire toujours le maximum de la vie dans toutes les circonstances. Je voudrais bien être comme elle… Il se sentait pris d’envie en la regardant quitter la pièce pour rejoindre sa fille. Jolie femme, et soignée. Elle est aussi désirable aujourd’hui qu’il y a dix ans… Les immenses malheurs, les changements invraisemblables qui s’étaient abattus sur eux, sur toutes leurs existences, ne paraissaient pas l’avoir effleurée.
La cigale qui chantait. Voilà Bonny. Malgré les ténèbres de la guerre avec son cortège de destructions et les fantaisies sans nombre auxquelles elle s’est livrée aux dépens de toutes les créatures, Bonny a continué à chanter son air joyeux, enthousiaste, insouciant. La réalité même ne pouvait la persuader de devenir raisonnable. Des veinards, les gens comme Bonny, qui restent plus forts que les forces du changement et de la décomposition. Voilà ce à quoi elle a échappé, aux forces de décomposition qui s’étaient mises à l’œuvre. La toiture s’était écroulée sur eux tous, sauf sur Bonny.
Il se rappelait un dessin humoristique dans Punch…
Bonny coupa le fil de ses pensées.
— Docteur, avez-vous fait la connaissance de notre nouvel instituteur, Hal Barnes ?
— Non, pas encore. Je ne l’ai aperçu que de loin.
— Il vous plairait. Il aimerait jouer du violoncelle, sauf qu’il n’en a pas, naturellement ! (Elle eut un rire joyeux, la vie même dansa dans ses yeux.) N’est-ce pas pathétique ?
— Très.
— N’est-ce pas notre image à tous ? Nos violoncelles ont disparu. Et que nous reste-t-il, dites ?
— Mon Dieu, je l’ignore, dit Stockstill. Je n’en ai pas la moindre idée.
— Oh ! vous êtes toujours si sérieux.
Elle riait.
— C’est aussi ce qu’elle me répète sans cesse, fit George en ébauchant un sourire. Ma femme ne voit dans l’humanité qu’une race de bousiers attachés à leur écœurant labeur. Naturellement, elle ne s’y inclut pas.
— Elle a raison et j’espère qu’elle ne s’y intégrera jamais ! dit le médecin.
George lui lança un coup d’œil acide et haussa les épaules.
Elle pourrait changer, songea Stockstill, si elle comprenait la situation de sa fille. Cela suffirait. Il faudrait quelque chose de cet ordre, un coup inattendu, sans précédent, imprévisible. Elle pourrait même se suicider.
Sa joie, sa vitalité même, la pousseraient à une mesure extrême.
— Mes amis, dit-il à voix haute, présentez-moi le nouvel instituteur un jour prochain. Cela me ferait plaisir de connaître un ex-joueur de violoncelle. On pourrait lui fabriquer un instrument avec une vieille bassine et du fil de fer. Il en jouerait…
— Il faudrait du crin de cheval, coupa Bonny, toujours pratique. L’archet ne pose pas de difficultés. L’idéal serait une grande caisse de résonance en bois pour produire les sons graves. Je me demande si nous ne trouverions pas une vieille commode en cèdre ? Cela ferait l’affaire. Mais il n’y a vraiment que le bois qui convienne.
— Un baril coupé en deux, alors, proposa George.
Ils éclatèrent de rire. Edie fit de même, bien qu’elle n’eût pas entendu ce que disait son père – ou plutôt, se reprit intérieurement Stockstill, le mari de sa mère.
— Possible qu’on trouve un objet échoué sur la plage, dit George. Je remarque qu’il y a un tas de débris de bois qui remontent, surtout après les tempêtes. Des épaves d’anciens navires chinois, sans doute, vieux de pas mal d’années.
Très animés, ils quittèrent le cabinet du Dr Stockstill, qui les suivit des yeux. La fillette était entre eux deux. Tous les trois, songea-t-il, ou mieux, tous les quatre, compte tenu de cette présence invisible mais réelle dans le sein de l’enfant.
Plongé dans ses réflexions, il referma la porte.
Ce pourrait être ma fille. Mais elle ne l’est pas, car il y a sept ans, Bonny était ici à West Marin et moi dans mon cabinet de Berkeley. Cependant, si j’avais été près d’elle ce jour-là…
Alors, qui était ici ? se demandait-il. Quand les bombes sont tombées… lequel d’entre nous pouvait se trouver avec elle ? Il éprouvait un sentiment étrange vis-à-vis de cet homme, quel qu’il fût. Comment réagirait-il, s’il était mis au courant de l’état de son enfant… de ses enfants ? Je le rencontrerai peut-être un jour. Je ne saurais me forcer à le dire à Bonny, mais à lui, peut-être…