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Dr Bloodmoney

Электронная книга - «Dr Bloodmoney». Краткое содержание книги:

Les bombes étaient finalement tombées. Malgré l’équilibre de la terreur, un jour, un homme avait été assez fou pour appuyer sur le bouton.
Cependant, dans ce coin perdu de Californie, la vie continuait : pour Bonny Keller que six ans d’analyse n’avaient pas réussi à rééquilibrer; pour Bruno Bluthgeld, l’un des responsables de la grande Catastrophe, qui sentait des stigmates s’inscrire sur son visage; pour Hoppy, le phocomèle, l’ancien bébé thalidomide, doté de pouvoirs supra-normaux.
Elle continuait pour Walt Dangerfild, l’astronaute expédié vers Mars, mais dont la cabine spatiale s’était satellisée autour de la Terre. Là, à l’abri des radiations, il s’était transformé en une sorte de super disc-jockey dont l’écoute était devenue une sorte de drogue pour tous les survivants.
Mais peut-on réellement survivre dans un monde radioactif ?
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10

À Foresters’ Hall, les habitants de West Marin débattaient de la maladie de l’homme du satellite. Très agités, ils se coupaient la parole dans leur impatience à donner leur opinion. La lecture de Servitude Humaine avait commencé, mais personne n’avait envie de l’écouter ; alarmés, le visage assombri, ils discutaient – et June Raub n’était pas la moins inquiète – de ce qui leur arriverait si leur disc jockey venait à mourir.

— Il n’est sûrement pas malade à ce point ! s’écria Cas Stone, le plus gros propriétaire terrien du comté. Je ne l’ai encore jamais dit à personne, mais écoutez. J’ai un excellent médecin, un spécialiste du cœur, à San Rafaël. Je vais le conduire jusqu’à un émetteur pour qu’il fasse le diagnostic de la maladie de Dangerfield. Alors, il le guérira.

— Mais il n’a pas de remèdes, là-haut, objecta Mrs Lully, la doyenne de la communauté. Je l’ai entendu dire une fois que sa défunte femme les avait tous employés.

Le chef de la police locale, Earl Colvig, intervint :

— Je crois comprendre que les gens de l’armée, à Cheyenne, envisagent de tenter de le joindre encore une fois cette année.

— Portez votre quinidine à Cheyenne, dit Cas Stone au pharmacien.

— À Cheyenne ? marmonna le pharmacien. Mais il n’y a plus de routes pour franchir les Sierras. Jamais je n’y arriverai !

De sa voix la plus calme, June Raub suggéra :

— Il n’est peut-être pas vraiment malade. Cela pourrait n’être que de la neurasthénie, à force d’être isolé là-haut depuis des années. Sa façon de détailler ses symptômes le donnerait à penser. (Mais presque personne ne l’entendit. Elle remarqua que les trois représentants de Bolinas s’étaient approchés sans bruit du récepteur et qu’ils se penchaient pour écouter.) Il ne mourra peut-être pas, murmura-t-elle.

Sur quoi l’homme aux lunettes lui lança un coup d’œil. Elle décela sur son visage une expression de profonde surprise, comme s’il ne parvenait pas à supporter l’idée que l’occupant du satellite puisse dépérir et mourir. Elle songea : la maladie de sa fille ne l’affecte pas autant.

Un silence s’établit dans le hall. June Raub se retourna pour voir ce qui se passait.

Sur le seuil était arrivée une plate-forme mécanique étincelante. C’était Hoppy Harrington.

— Tu connais la nouvelle, Hoppy ? dit Cas Stone. Dangerfield dit que cela ne va pas ; c’est peut-être son cœur !

Ils se turent tous, dans l’attente des paroles du phocomèle.

Hoppy roula jusqu’à la radio, immobilisa son véhicule, expédia une de ses extensions manuelles pour manipuler délicatement le bouton de réglage. Les trois envoyés de Bolinas s’étaient écartés avec respect. Il y eut des parasites, qui s’affaiblirent. Puis ils perçurent la voix de Dangerfield, claire et forte. La lecture se poursuivait et Hoppy l’écoute avec attention, immobile au centre de son engin. Nul ne dit mot jusqu’à ce que la voix d’en haut s’éteigne au moment où le satellite arriva à la limite de l’écoute. Puis la friture revint.

Soudain, d’une voix exactement pareille à celle de Dangerfield, le phocomèle dit :

— Eh bien, mes chers amis, comment allons-nous nous distraire à présent ?

L’imitation était si parfaite que plusieurs personnes en eurent le souffle coupé. D’autres applaudirent et Hoppy sourit.

— Et des jongleries ? proposa le pharmacien. J’aime bien ça, moi.

— Des jongleries, fit le phocomèle, prenant cette fois la voix précieuse et chevrotante du pharmacien. J’aime ça, moi.

— Non, fit Cas Stone. Je préfère qu’il imite Dangerfield. Recommence, Hoppy, allons ?

L’infirme fit pivoter son chariot pour faire face à l’assemblée.

— La-la-la, gloussa-t-il, du ton bas et coulant qu’ils connaissaient tous si bien.

June Raub poussa un soupir. C’était de la sorcellerie, ce don particulier de Hoppy. Elle en était chaque fois déconcertée… les yeux clos, elle aurait pu croire que c’était toujours Dangerfield qui s’adressait à eux. Elle ferma les yeux, volontairement. Il n’est pas malade, il ne va pas mourir, se répétait-elle, écoutez-le ! Comme pour répondre à ses pensées, la chère voix murmurait :

— J’ai une petite douleur dans la poitrine, mais ce n’est pas grand-chose. Ne vous tourmentez pas, mes amis. Mal d’estomac, sans doute. Quelques excès. Que faut-il prendre dans ce cas ? Quelqu’un s’en souvient-il ?

— Je me rappelle ! s’écria un homme de l’assistance. Alcalinisez-vous avec Alka Seltzer !

— La-la-la, roucoula la voix chaude. Tout juste. Un bon point pour vous. Et maintenant, un petit tuyau sur la manière d’emmagasiner les oignons de glaïeuls pendant tout l’hiver sans craindre les rongeurs. Enveloppez-les simplement de papier d’aluminium.

Des gens applaudirent et June Raub entendit une personne voisine constater :

— C’est absolument ce qu’aurait dit Dangerfield.

C’était l’homme aux lunettes de Bolinas. Elle rouvrit les yeux pour examiner son visage. Je devais faire la même tête, songea-t-elle, le premier soir où j’ai entendu Hoppy l’imiter.

— Et maintenant, poursuivit Hoppy, toujours avec la voix de Dangerfield, je vais exécuter pour vous quelques tours d’adresse auxquels je me suis exercé et qui, je pense, vous amuseront beaucoup, chers amis. Regardez !

Eldon Blaine, le lunetier, vit le phocomèle poser une pièce de monnaie sur le plancher à plusieurs pieds de sa phocomobile. Ses prothèses se rétractèrent et Hoppy, sans cesser d’imiter Dangerfield, se concentra sur la pièce qui, tout à coup, glissa sur le plancher dans sa direction. Les spectateurs battirent des mains. Rouge de plaisir, l’infirme les remercia d’un signe de tête, puis reposa une fois de plus la pièce loin de lui, beaucoup plus loin.

De la magie, songeait Eldon. Comme Pat le lui avait annoncé. Les phocos ont ce don en compensation des bras et jambes dont ils sont privés. C’est ainsi que la nature les aide à vivre. La pièce glissa vers la phocomobile et les applaudissements crépitèrent plus fort.

Eldon s’adressa à Mrs Raub :

— Fait-il la même chose tous les soirs ?

— Non, il a d’autres tours. Je n’avais jamais vu celui-ci, mais naturellement je ne suis pas ici tous les jours. Je me démène tellement pour le bon fonctionnement de notre communauté… C’est étonnant, n’est-ce pas ?

L’action à distance, se disait Eldon. Oui, c’est étonnant. Il faut que nous nous en emparions. Plus de doute à présent. Ainsi, après la mort de Dangerfield – et il est évident qu’elle ne tardera plus – nous aurons ce souvenir de lui, cette reconstitution, intégrée dans le phoco. Comme un disque qu’on peut rejouer quand on le désire.

— Il vous effraie ? s’enquit June Raub.

— Non. Pourquoi ?

— Je ne sais pas trop, avoua-t-elle, pensive.

— Est-ce qu’il a déjà envoyé des tuyaux au satellite ? demanda Eldon. Beaucoup d’autres dépanneurs l’ont fait. Bizarre qu’il s’en soit abstenu, avec tous ses talents.

— Il en avait l’intention. L’année dernière, il a entamé la construction d’un émetteur. Il y travaille de temps en temps, mais il est évident que cela n’a pas marché. Il essaie des tas d’idées… Il est toujours occupé. Venez voir son antenne. Je vais vous la montrer.

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