Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » История » Histoire de la Russie et de son empire
Histoire de la Russie et de son empire - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Histoire de la Russie et de son empire

Электронная книга - «Histoire de la Russie et de son empire». Краткое содержание книги:

Fruit de plus de dix ans de travail, ce maître-livre raconte la riche et grande histoire de la Russie, des origines à la fin de l’URSS, en passant par l’établissement d’une autocratie impérialiste assise sur la force de l’orthodoxie et d’un nationalisme conquérant. Un classique dont l’ampleur et l’intelligence se conjuguent avec un rare bonheur d’écriture, ici présenté dans une édition entièrement revue et augmentée d’une préface inédite de Marie-Pierre Rey.
Michel Heller (1922-1997), né en Biélorussie, a été arrêté, puis déporté durant six ans, avant d’émigrer en Pologne, puis en France, où il a notamment enseigné l’histoire et la littérature soviétiques à l’université Paris-IV-Sorbonne.
1 ... 38 39 40 41 42 43 44 45 46 ... 376
Перейти на страницу:

C. Bestoujev-Rioumine, auteur d’une Histoire de Russie, évoque le destin d’Alexandre et la rivalité des deux villes, caractérisant comme suit les parties en présence : « Alexandre appartenait à la gent talentueuse et courageuse des princes de Tver qui, plus obstinément que les autres familles princières, luttèrent contre les princes de Moscou ; l’objet de la lutte n’était pas un quelconque principe, mais la suprématie ; la différence résidait, non dans la fin, mais dans les armes employées, ou plus exactement dans l’habileté et l’astuce ; les princes de Tver étaient plus droits et loyaux que ceux de Moscou, c’est pourquoi ils perdirent3. »

Nikolaï Karamzine, auteur de la première véritable histoire de Russie, relate les trois cents années écoulées depuis la mort de Iaroslav le Sage (1054), comme une époque « avare de faits glorieux et riche en règlements de comptes mesquins entre les innombrables souverains, dont l’ombre empourprée par le sang de leurs malheureux sujets, apparaît, furtive, dans la lumière crépusculaire de ces siècles lointains ». Sergueï Soloviev, le plus grand historien russe du XIXe siècle, fin connaisseur des sources littéraires des XIIIe-XIVe siècles, résume lapidairement cette époque : « Les acteurs opèrent en silence, ils guerroient, font la paix, mais ni eux ni les chroniqueurs ne sont capables de dire pour quoi ils se battent, ni à la suite de quoi ils se réconcilient ; dans la ville, à la cour du prince, tout est calme, rien ne filtre ; tous restent enfermés chez eux et dans leurs pensées ; les portes s’ouvrent, des gens s’avancent sur la scène, ils font quelque chose, mais en silence. »

De l’invasion de Batou au règne d’Ivan Kalita, soit de 1238 à 1328, quatorze princes défilent sur le trône de Vladimir. Chacun d’eux règne en moyenne six ans ; en réalité, les princes changent encore plus souvent, car certains, perdant le trône, y reviennent ensuite. La situation est la même dans d’autres principautés. La rareté des sources historiques, la similitude des comportements et des buts poursuivis, font que les princes, au bout du compte, se dépersonnalisent. Sergueï Soloviev reconnaît que l’historien a quelque peine à déceler des traits distinctifs sur leurs visages sans passion. Les princes de la Russie du Nord-Est, écrit Klioutchevski, « confinés dans le nid de leurs oudiels et n’en sortant que pour capturer une proie, s’appauvrissant et s’ensauvageant un peu plus dans la solitude, à chaque génération, perdirent progressivement le sens des grands desseins, se contentant du simple souci de leurs oisillons »4. L’historien constate que, moins belliqueux que leurs ancêtres russes du sud, les princes du nord-est étaient « plus barbares qu’eux »5.

C’est alors que commence l’ascension de Moscou. On avance de multiples explications de ce fait capital de l’histoire russe. Selon les spécialistes et leurs convictions personnelles, le contexte politique ou la mode scientifique du moment, les arguments proposés sont d’ordre géographique, politique, économique, psychologique. Pris ensemble, ils donnent un tableau assez complet de l’événement, tout en démontrant que les réflexions des historiens, leurs querelles constituent une part importante du passé, de la matière historique.

La première explication est géographique. Pour la plupart des historiens, c’est l’évidence même : Moscou est idéalement située, au cœur des forêts, au carrefour des voies de communication fluviales. La Moscova et ses affluents la relient à la Haute-Volga, à l’Oka et au cours supérieur du Dniepr. La ville se trouve donc sur la route qui mène de Tchernigov à Vladimir-sur-la-Kliazma (la route du sud au nord-est), et sur celle qui va de Riazan vers le nord-ouest, en direction de Novgorod. Le fleuve relie Moscou et Riazan par une voie détournée, mais le chemin le plus direct passe par une forêt impénétrable.

Cette situation au carrefour des voies commerciales permet au prince de Moscou des bénéfices économiques non négligeables. La géographie lui apporte d’autres avantages. Tout d’abord, la sécurité : protégée par la barrière des principautés voisines, Riazan, Nijni-Novgorod, Rostov, Iaroslavl, Smolensk, Moscou est nettement moins affectée par les incursions ennemies. De ce fait, la population y afflue, en quête d’un refuge, d’une vie paisible. Les forêts, qui abondent en gibier, les fleuves très poissonneux, l’espace propice à la colonisation attirent à leur tour les colons. « En raison de sa situation géographique, Moscou, réservoir d’eau central, voyait affluer, de tous les points de Russie, des forces nouvelles, fuyant la menace ennemie. » Ainsi Vassili Klioutchevski résume-t-il l’un des facteurs principaux, à ses yeux, de la transformation de Moscou en une puissante principauté russe.

Cette opinion est contestée par d’autres historiens. Sans nier l’importance de la géographie, ils jugent que le rôle commercial des affluents de la Moscova est surévalué, que Nijni-Novgorod, par exemple, ou Tver, étaient des centres de négoce aussi essentiels, sinon plus. Située sur la Volga, fleuve autrement plus important que la Moscova, Tver mène un commerce actif avec « Monseigneur le Grand Novgorod » et, par Smolensk, avec la Lituanie. Moscou, certes, se trouve dans une forêt, mais les forêts sont partout en Russie, et celles qui entourent Moscou ont des essences moins riches qu’ailleurs.

La thèse de l’attrait de Moscou comme refuge, qui aurait grandement contribué à sa puissance par une rapide augmentation de sa population, ne fait pas non plus l’unanimité. Au XIIIe siècle, Tver subit trois raids tatars (1238, 1281, 1284) et Moscou deux (1238, 1293). La différence n’est pas si grande, même si Tver en est extrêmement affaiblie, alors que Moscou ne tarde pas à retrouver sa vigueur. Pour les Tatars, en outre, comme le notent justement certains historiens, la question de l’inaccessibilité d’une région ne se pose pas. La cavalerie mongole arrive, l’été à défaut de l’hiver, là où son khan a décidé de l’envoyer. Le seul problème est le manque de cohésion politique dans les projets de Saraï.

Vassili Klioutchevski ajoute aux raisons de l’essor de Moscou le facteur psychologique ou, pour reprendre son expression, généalogique. Située aux confins de la principauté, la nouvelle ville échoit, au moment du partage, à la famille de Vsevolod la Grande-Nichée. Le prince de Moscou n’a aucun espoir de remonter toute la lignée jusqu’au trône du grand-prince, compte tenu du système de succession en vigueur, fondé sur le droit d’aînesse. Les souverains de Moscou doivent donc assurer leur position et leur richesse par des moyens non traditionnels, en enfreignant les règles et dédaignant le « rang », l’ordre de succession. Aussi « les princes de Moscou entreprennent-ils très tôt d’élaborer une politique particulière ; d’emblée, ils agissent différemment de la tradition, plus vite et plus résolument que les autres ils s’écartent de la ligne familière des relations entre princes, cherchent de nouvelles voies, sans se soucier des traditions et des convenances politiques ». Et Vassili Klioutchevski qualifie les premiers princes moscovites d’« audacieux » et « insolents rapaces6 ».

À la fin du XIIe siècle, la ville à peine fondée, un dicton populaire fait son apparition : « Moscou est bâtie sur le sang. » L’expression vient de ce que le propriétaire de la terre où s’édifie la ville, le boïar Koutchka, familier et parent (par sa femme) d’Andreï Bogolioubski, sera l’assassin du prince. L’intuition prophétique du dicton paraît stupéfiante lorsqu’on sait que, de nombreux siècles plus tard, l’ancien « champ de Koutchka » deviendra la rue de la Loubianka7 et la place Dzerjinski. Il serait cependant injuste de souligner d’un trait trop appuyé le caractère « sanglant » de la politique menée par les princes de Moscou ; elle ne se distinguait pas par une cruauté particulière, en ce temps de toutes les cruautés.

1 ... 38 39 40 41 42 43 44 45 46 ... 376
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)