La victoire d'Angélique
- Автор: Голон Анна, Голон Серж
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «La victoire d'Angélique». Краткое содержание книги:
Ô, chère mère, en bien des points votre jugement me serait précieux, vous qui avez connu de la Cour les arcanes les plus compliqués...
Il avait dû hésiter devant le dernier mot, avait choisi celui qui ne pouvait en rien prêter à soupçon de malveillance au cas où ce pli tomberait entre les mains d'espions à la solde des différents partis.
En lui répondant, elle aussi devait retenir sa plume et prendre garde.
Je sais les dangers qui peuvent se rencontrer au sein de cette foule courtisane...
Mais tout en écrivant, elle se sentait calme. Elle n'avait pas tremblé pour eux lorsqu'ils étaient partis, nantis de leur jeunesse et de leur témérité, assumer de brillantes charges à la Cour. Ils étaient de force à passer au milieu des intrigues comme lorsqu'ils franchissaient les vagues dangereuses en la grotte des Arcs-en-ciel, assurés de leurs talents et criant : « Regardez ! Regardez ! Mère, comme c'est facile... »
Elle sentait leurs forces, qu'ils devaient forger et aiguiser de leurs propres mains. Florimond avait toujours aimé s'expliquer avec toutes les nuances des sentiments qui le traversaient, mais il était fort indépendant, et déjà, d'avoir pu raconter ses soucis et s'épancher auprès d'elle, elle savait qu'il se sentait mieux, et autant parier qu'il avait trouvé une solution.
Elle se sentait proche d'eux, malgré la distance.
« Un jour, peut-être... je reviendrai... »
Mais malgré le charme des rues de Paris, et les grandeurs de Versailles, elle s'imaginait mal sur l'autre rive.
Elle était si heureuse en ces jours de paix. Tant de choses s'étaient accomplies. Il y avait ces deux petits enfants. Joffrey pouvait prendre le temps de les regarder grandir.
Il y avait ces travaux auxquels ils pouvaient s'adonner, se consacrer en toute liberté.
Si souvent le fil avait été rompu entre eux tous, la famille brisée.
Mais c'était en un temps où il y avait tant de choses qui lui étaient cachées.
Aujourd'hui, dans la sécurité de l'amour des années qu'elle passait près de Joffrey, ces jours si divers mais tous éclairés de sa présence, ces jours de Wapassou qui, plus que d'autres, tissaient la solide étoffe de leur bonheur, avaient transformé son regard intérieur.
Aujourd'hui, le fil ne pouvait plus être rompu.
C'était une douce sensation.
Elle fermait les yeux et les rejoignait par la pensée, pas vraiment inquiète, évoquait ses trois enfants absents car elle avait foi en leur immunité.
Oh certes ! Elle aurait donné cher pour savoir ce qui se cachait derrière ce que Florimond appelait : les amours de Cantor, ou bien, esprit invisible, des bosquets de Versailles, admirer la belle prestance du jeune maître des Plaisirs du Roi, ouvrant le bal d'une fête de nuit ou encore sur les rives du Saint-Laurent gelé, à l'abri du toit enneigé de la Congrégation de Notre-Dame, apercevoir la petite Honorine écrivant avec soin : J.M.J. ; Jésus-Marie-Joseph, au sommet de sa page d'écriture. .
Son regard s'échappait par la fenêtre tandis que son cœur faisait le tour des éloignés.
Elle les devinait, vivant leurs vies avec audace et plaisir, et c'était ce qui pouvait leur arriver de meilleur.
Chapitre 20
Florimond à Paris...
En ce matin ensoleillé d'hiver qui faisait sourire les façades des maisons du Pont-Notre-Dame, sur la Seine, Florimond de Peyrac se trouvait au second étage de l'une d'elles, dans une modeste pièce bourgeoise où personne n'aurait jamais eu l'idée de venir le chercher, à s'entretenir avec un policier de haute fonction, M. François Desgrez, « bras droit » d'un des plus grands personnages du royaume, le lieutenant de Police civile et criminelle M. de La Reynie, qui lui avait donné là un rendez-vous secret.
– Je vous remercie, M. de Peyrac, disait François Desgrez, des nombreux renseignements que vous m'avez portés. En s'ajoutant aux nôtres plus difficilement récoltés, car nous avons moins de facilités que vous d'approcher ceux que nous voulons démasquer, il nous sera possible de présenter au roi, un jour, un rapport sûr où seront étayées des accusations qui, hélas, lui seront bien cruelles. Mais il est homme à les regarder en face. En fait, il ne cesse de nous répéter qu'il veut que toute lumière soit faite sur des crimes dont on prétend que les auteurs se trouveraient parmi ses proches et dont la réputation parvient jusqu'au peuple. Il est encore dans l'illusion que la vérité doit être établie afin que sa Cour soit lavée de tout soupçon de scandale. Il espère qu'une justice aussi pointilleuse qu'impartiale succédant aux recherches également minutieuses et impartiales de sa police révélera l'exagération de ces rumeurs, et que quelques coupables de peu d'importance offerts en exemple, suffiront.
« Soit. Il faiblira peut-être devant l'ampleur du désastre, mais nous devons au moins lui fournir des éléments inattaquables pour l'ouverture d'un tribunal public qu'il exige et veut voir annoncer au plus tôt.
« C'est pourquoi je ne vous cacherai pas que c'est surtout votre frère, le jeune Cantor, que je souhaiterais rencontrer aujourd'hui. Son témoignage me serait précieux car il est le seul d'entre nous à avoir connu, vu, de près, une des plus dangereuses empoisonneuses du siècle, amie de cette marquise de Brinvilliers, que j'eus l'heur, il y a quelques années, de pouvoir arrêter et faire envoyer à l'échafaud. Mais l'autre m'a glissé entre les mains et s'est enfuie aux Amériques.
« Votre frère l'y a vue et peut me renseigner sur son sort. Ce serait un de ces noms de peu d'importance pour notre souverain à glisser parmi les premiers dossiers qui ferait écran, pour l'ouverture de cette Chambre de Justice, à d'autres plus douloureux à entendre, qui suivront.
– Mon frère est occupé de ses amours, répondit Florimond d'un air compassé de barbon père de famille, et si pour moi ces divertissements galants n'ont guère de poids, pour lui, il en va différemment. De plus, je vous signalerai qu'il n'est pas bavard de son naturel et que vous n'en tirerez pas un mot s'il ne lui sied pas de parler.
– Nous verrons à nous entendre, fit Desgrez avec un léger sourire. N'oubliez pas que tous les deux, je vous ai fait sauter sur mes genoux !
– Bien ! accepta Florimond avec un soupir de résignation feinte. Je vais essayer de l'arracher au lit de sa maîtresse, ce qui ne sera pas une mince entreprise. Je veillerai à vous l'envoyer, quitte à l'escorter moi-même, jusqu'à vous.
Florimond de Peyrac s'étant esquivé de son pas léger, François Desgrez quitta son bureau et alla jusqu'à la fenêtre regarder la Seine qui coulait au-dessous de lui entre les arches du pont.
Ses yeux revinrent errer sur le dallage blanc et noir de la pièce. C'était machinal. Et il sourit à son tour car c'était la première fois depuis longtemps qu'il se remémorait à cette place contre les pieds de la table, la forme marmonéenne, digne et fidèle du chien Sorbonne.
– Ce temps-là..., murmura-t-il.
Ses doigts tournèrent la petite clef d'un tiroir. Dès qu'il l'ouvrait, la lettre était là. Il la prit avec précaution car elle était usée aux plis et l'éleva doucement jusqu'à son visage.
Les mots, il les connaissait par cœur.
Desgrez, mon ami Desgrez,
Je vous écris d'un pays lointain. Vous savez lequel. Vous devez le savoir ou vous vous en doutez. Vous avez toujours tout su de moi...
Lorsqu'il prenait cette lettre entre ses doigts, ce n'était pas pour la relire. C'était pour l'ensemble, ce qu'elle représentait : le papier, l'écriture, la pensée qu'elle avait tenu la plume qui avait tracé ces lignes, que ses doigts légers et racés l'avaient pliée, qu'un peu de son parfum l'imprégnait, un peu de sa présence impalpable y restait attachée.