Angélique et le roi Part 1
- Автор: Голон Анна, Голон Серж
- Серия: Angelique #5
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Angélique et le roi Part 1». Краткое содержание книги:
Là encore, il manifestait surtout l'intérêt profond qu'il portait aux êtres et le désir de les connaître par le secret pour y trouver le plus sûr moyen de les guider et à l'occasion de les asservir.
Angélique, de ce visage sérieux tendu vers elle et modelé de clarté blême, revenait aux deux mains posées sur la table noire, mains au repos, immobiles et puissantes, sans un frémissement.
– Quel temps ! fit-il brusquement en écartant son fauteuil pour se lever. On demanderait les chandelles en plein midi. Je ne peux rien distinguer de votre visage. Ça, venez près de la fenêtre que je vous examine.
Elle le suivit, docile, et lorsqu'ils furent dans l'embrasure de la croisée où glissait la pluie : – Je ne peux croire vraiment que M. du Plessis soit aussi indifférent aux charmes de sa femme qu'à l'usage qu'elle en fait. Il doit y avoir de votre faute, Madame. Pourquoi n'habitez-vous pas l'hôtel de votre mari ?
– M. du Plessis ne m'y a jamais conviée.
– Curieuses façons ! Allons Bagatelle, contez-moi donc ce qui s'est passé à Fontainebleau.
– Je sais que ma conduite n'a pas d'excuses, mais mon mari venait de m'offenser... gravement, en public.
Elle eut un regard machinal vers son poignet, qui portait encore des traces révélatrices de l'offense. Le roi prit cette main, la regarda et ne dit rien.
– Je m'étais assise à l'écart. J'étais dans l'affliction. M. de Lauzun est passé... Elle dit comment Lauzun avait entrepris de la consoler d'abord verbalement puis de façon plus concrète.
– Il est bien difficile de résister aux entreprises de M. de Lauzun, Sire. Son habileté est si grande que lorsqu'on songe à s'indigner ou se défendre on se trouve dans une situation telle qu'on ne saurait la dévoiler sans risquer la plus grande confusion.
– Ah ! Ah ! C'est donc ainsi qu'il procède !...
– M. de Lauzun a tant d'expérience. Il est roué, sans scrupules, et au fond le meilleur cœur du monde. Enfin Votre Majesté le connaît mieux que moi.
– Hum ! fit le roi, goguenard, cela dépend dans quel sens vous l'entendez, Madame.
« Vous êtes charmante lorsque vous rougissez ainsi, reprit-il. Il y a en vous de très plaisants contrastes. Vous êtes timide et audacieuse, gaie et grave... L'autre jour j'ai visité les serres déjà en place et j'ai voulu voir les fleurs qu'on y a mises à l'abri. Parmi les tubéreuses j'ai remarqué une fleur qui troublait l'ordonnance des couleurs. Les jardiniers voulaient l'arracher, disant que c'était un rejeton sauvage. Elle était, en vérité, aussi éclatante que les autres et pourtant différente. C'est à cette fleur que vous me faites songer quand je vous vois parmi mes dames... Et maintenant je balance et serais porté à croire que les torts sont du côté de M. du Plessis...
Les sourcils du monarque se rapprochèrent et son visage, tout à l'heure si affable, s'assombrit.
– Sa réputation de brutalité m'a toujours déplu. Je ne veux à ma Cour des gentilshommes qui témoigneraient près des étrangers que les mœurs françaises demeurent grossières et même barbares. Je prône la courtoisie envers les dames comme une discipline nécessaire au bon renom de notre pays. Est-ce vrai que votre mari vous bat, et cela en public ?
– Non ! lança Angélique, têtue.
– Ouais ! Je crois que le beau Philippe retirerait grand bien d'une méditation un peu prolongée entre les murs de la Bastille.
– Sire, je suis venue pour vous demander de le libérer. Sortez-le de la Bastille, Sire, je vous en conjure !
– Vous l'aimez donc ? Votre mariage pourtant me paraît plus jalonné d'amers souvenirs que d'heureux rapprochements. Vous vous connaissiez à peine, m'a-t-on dit, et mal tous deux ?
– À peine, mais depuis si longtemps. C'était mon grand cousin... lorsque nous étions enfants...
Elle le revit avec ses boucles blondes sur son col de dentelles, dans cet habit bleu ciel qu'il portait la première fois qu'il était apparu au château de Sancé. Elle sourit, son regard tourné vers la fenêtre. La pluie avait cessé. Un rayon de soleil surgit entre deux nuées, faisant luire les pavés de marbre, où un carrosse à houssine orangée pénétrait, tiré par quatre chevaux noirs.
– Déjà il refusait de m'embrasser, soupira-t-elle, et il agitait son mouchoir de dentelle avec horreur autour de lui lorsque nous l'approchions, mes petites sœurs et moi.
Elle se mit à rire.
Le roi la fixait. Il la savait très belle mais pour la première fois il lui semblait la voir très proche. Il voyait le grain de sa peau, la fraîcheur duvetée de ses joues et la pulpe de ses lèvres. Il perçut son parfum à un mouvement qu'elle fit pour écarter une mèche blonde sur sa tempe. Elle dégageait une impression de vie chaleureuse. Brusquement il tendit les mains vers cet objet attirant et s'en saisit. Il la trouva merveilleusement souple. Il se pencha vers cette bouche qui souriait. Elle était savoureuse et tiède à souhait. Il l'entrouvrit, trouva les dents, lisses et dures comme de petites perles...
La stupeur d'Angélique était si grande qu'elle demeura sans réaction, la tête renversée sous la pression du baiser jusqu'à ce que la chaleur de cette bouche la pénétrât et la fît tressaillir violemment. Alors ses deux mains se crispèrent sur les épaules du roi. Il rompit d'un pas et dit, très calme et souriant :
– Ne craignez rien. Je voulais seulement départager les responsabilités et me rendre compte s'il n'y avait pas, de votre chef, quelque défaut de froideur, de réticence, susceptible de paralyser les élans légitimes d'un époux.
Angélique ne fut pas entièrement dupe de l'excuse. Elle avait assez d'expérience pour avoir senti que le roi venait de se trouver devant elle en proie à un désir irrésistible.
– Je crois que Votre Majesté apporte à l'étude de cette question plus de conscience que le sujet n'en mérite, dit-elle avec un sourire.
– Vraiment ?
– Vraiment.
Le roi recula encore et retourna s'asseoir derrière sa table de travail. Cependant il souriait et ne paraissait pas fâché.
– Qu'importe ! Je ne regrette pas d'avoir poussé trop loin la procédure. Mon opinion est faite désormais... M. du Plessis est le dernier des imbéciles. Il a mérité cent fois sa mésaventure et j'aurai soin de le lui faire remarquer moi-même. J'espère qu'il tiendra compte, cette fois, de mes avis. Je veux aussi l'envoyer à l'armée, en Picardie, quelque temps pour la leçon. Mais ne pleurez plus, Bagatelle, on vous rendra bientôt votre grand cousin.
Sous les fenêtres, dans la cour de marbre, descendait du carrosse orangé M. de Solignac, grand chambellan de la reine.
Chapitre 14
Mme du Plessis-Bellière revint chez elle la tête en feu. Cette fois elle trouva la cour de son hôtel encombrée d'une malle de poste déjà dételée et de laquelle on déchargeait force bagages.
Sur les marches du perron, deux petits garçons aux joues rouges l'attendaient en se donnant la main.
Angélique tomba de son haut.
– Florimond ! Cantor !
Elle avait complètement oublié la lettre expédiée en Poitou réclamant leur venue. Cette arrivée était-elle opportune ou non ?
La joie de les revoir l'emporta sur ses inquiétudes. Elle les embrassa de bon cœur. Ils étaient aussi empruntés, taciturnes et sots que de gros campagnards venant pour la première fois à la ville. Chaussés de souliers à clous, leurs bas de laine en tire-bouchon, leurs vêtements puant le fumier. Mais Angélique demeura stupéfaite de la taille de Cantor, qui à sept ans était aussi grand que son aîné, lui-même déjà bien élancé. Il n'y avait aucun point commun entre les deux frères, à part leur chevelure abondante et frisée, noire chez Florimond, châtain clair chez Cantor. Florimond était un enfant du Sud, au regard chaud et vif. Les yeux verts de Cantor ressemblaient à la plante d'angélique qui luit dans la pénombre liquide des marais poitevins. Leur limpidité avait quelque chose d'impénétrable et ne livrait rien. Barbe, la servante qui les avait élevés, dégela l'atmosphère en apparaissant. Elle était ravie de se retrouver à Paris. Elle se voyait mal, disait-elle, entamant l'hiver au fond d'un château de province entre des paysans obtus et deux méchants gamins que le grand air avait déchaînés. On ne pouvait plus rien en faire. Et Monsieur le baron, leur grand-père, leur passait toutes leurs volontés ainsi que la vieille nourrice. Il n'était que temps qu'on les mît entre les mains d'un bon maître qui leur enseignerait l'alphabet sans ménager les coups de verge.