Toi, Marianne
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Марианна #4
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Toi, Marianne». Краткое содержание книги:
Doucement, mais fermement, elle repoussa Jason :
— Non, dit-elle seulement. C’est impossible ! Il faut que j’aille là-bas ! J’ai donné ma parole !
Il la regarda d’un air incrédule, comme si, tout à coup, elle avait pris, sous ses yeux, une forme différente. Ses yeux bleu sombre parurent s’enfoncer plus profondément sous les noirs sourcils et Marianne, désolée, y lut une immense déception.
— Tu veux dire... que tu refuses de me suivre ?
— Non, mon amour, je ne refuse pas de te suivre. Au contraire, je te demande à toi de me suivre encore un peu, seulement quelques semaines ! Un simple délai, vois-tu ? Ensuite je n’aurai plus que toi dans la tête et dans le cœur, je te suivrai où tu voudras, au bout du monde s’il le faut, et je vivrai exactement comme tu le désireras ! Mais il faut que j’accomplisse ma mission : c’est trop important pour la France !
— La France ! fit-il avec amertume. Elle a bon dos !... Comme si, pour toi, le mot France ne s’écrivait pas Napoléon !
Blessée par cette jalousie qu’elle sentait toujours latente et qui la soupçonnait encore, Marianne eut un petit soupir plein de tristesse, tandis que l’éclat de ses yeux verts se faisait humide.
— Pourquoi ne veux-tu pas me comprendre, Jason ? Que tu le veuilles ou non, j’aime mon pays, ce pays que je connaissais à peine et que j’ai découvert avec émerveillement. C’est un beau pays, Jason, un noble et grand pays ! Et, cependant, je le quitterai sans remords et sans regrets quand l’heure sera venue de m’en aller avec toi !
— Car cette heure n’est pas encore venue ?
— Si... peut-être, si toi tu consens à m’emmener là-bas pour y rencontrer cette étrange sultane née si près de chez toi !
— Et tu dis que tu m’aimes ? fit-il.
— Je t’aime plus que tout au monde car, pour moi, tu es non seulement le monde mais la vie, la joie, le bonheur. Et c’est parce que je t’aime que je ne veux pas m’enfuir comme une voleuse et que je veux rester cligne de toi !
— Des mots que tout cela ! riposta Jason avec un haussement d’épaules rageur. La vérité est que tu ne peux te résigner, n’est-ce pas, à abandonner d’un seul coup et sans retour la vie brillante qui était la tienne dans l’orbite de Napoléon ! Tu es belle, jeune, riche, tu es... Altesse Sérénissime – un titre stupide mais imposant ! — et maintenant, l’on t’investit d’une ambassade auprès d’une reine ! Qu’ai-je à t’offrir en échange ? Une vie relativement modeste, quelque peu irrégulière par surcroît tant que nous ne serons pas libérés, l’un et l’autre, des liens conjugaux ! Je comprends que tu hésites et que tu souhaites des délais !
Elle le regarda tristement.
— Comme tu es injuste ! Tu as donc oublié que, sans Vidocq, j’aurais abandonné tout cela sans le plus petit regret ! Et ce voyage, crois-moi, ce n’est ni un prétexte ni une échappatoire, c’est une nécessité ! Pourquoi le refuses-tu ?
— Parce que c’est Napoléon qui t’y envoie, comprends-tu ? Parce que je ne lui dois rien, si ce n’est la honte, la prison, la torture ! Oh, je sais : il m’avait donné un ange gardien. Mais si le bâton des gardes-chiourme m’avait assommé, si j’étais mort de mes blessures, crois-tu qu’il m’aurait beaucoup pleuré ? Il aurait exprimé un regret... poli ! Et sera il passé à une autre affaire ! Non, Marianne, je n’ai aucune raison de servir ton Empereur. Bien plus, si j’acceptais, je me sentirais grotesque... ridicule ! Quand à toi, sache bien que si tu n’as pas, maintenant, le courage de dire un non définitif à tout ce qui a été la vie jusqu’à présent, tu ne l’auras pas davantage demain. Et, ta mission accomplie, tu en trouveras une autre... ou on t’en trouvera une autre ! J’admets volontiers qu’une femme telle que toi soit précieuse.
— Je te jure que non ! Je partirai aussitôt après !
— Comment te croire ? Là-bas, en Bretagne, tu ne souhaitais que fuir cet homme que, maintenant, tu veux servir à tout prix ! Es-tu seulement la même que cette nuit-là ? La femme que j’ai quittée était prête à n’importe quelle folie pour moi... celle que j’ai retrouvée est soucieuse de respectabilité et craint l’entrée d’une femme de chambre quand je l’embrasse ! Ce sont des choses qui frappent, tu sais !
Elle s’affola :
— Que vas-tu chercher ? Je te jure que je t’aime, que je n’aime que toi, mais il faut que tu me conduises en Turquie !
— Non !
Prononcé sans colère, le mot n’en claqua pas moins. Douloureusement, Marianne murmura :
— Tu refuses ?
— Exactement ! Ou plutôt non ! Je te laisse le choix : j’accepte de te conduire là-bas mais, ensuite, je repartirai seul pour mon pays !
Comme s’il venait de la frapper, elle recula, heurta un guéridon qui s’effondra, entraînant dans sa chute une fragile verrerie de Murano, et alla tomber sur la chaise longue qu’elle avait quittée tout à l’heure... un siècle plus tôt ! Les yeux agrandis, elle regardait Jason comme si elle le voyait pour la première fois ! Jamais elle ne l’avait vu si grand, si séduisant... ni hélas si cruel ! Elle avait cru que son amour, à lui, était semblable au sien, c’est-à-dire prêt à n’importe quelle folie, prêt à tout accepter, à tout subir pour quelques heures de bonheur... à plus forte raison pour une vie d’amour. Et voilà qu’il trouvait le courage de lui offrir cet impitoyable marché !
Incrédule, elle demanda :
— Tu pourrais me quitter... volontairement ? Me laisser là-bas et repartir sans moi ?
Il croisa les bras sur sa poitrine et la regarda, sans colère mais avec une effrayante fermeté :
— Ce n’est pas à moi de choisir, Marianne, c’est à toi. Je veux savoir qui s’embarquera demain, à bord de la « Sorcière » : la princesse Sant’Anna, ambassadrice officieuse de Sa Majesté l’Empereur et Roi... ou Marianne Beaufort !...
Le nom inattendu, et dont elle avait rêvé, la toucha au plus sensible. Elle ferma les yeux et devint aussi pâle que sa robe. Ses doigts, crispés, griffèrent la soie du siège, luttant à leur manière contre la crise de nerfs qu’elle sentait venir.
— Tu es impitoyable..., balbutia-t-elle.
— Non ! Je veux absolument te rendre heureuse, malgré toi s’il le faut !
Elle eut un petit sourire triste. L’égoïsme masculin ! Même chez cet homme qu’elle adorait, elle le retrouvait comme elle l’avait trouvé chez Francis, chez Fouché, chez Talleyrand, chez Napoléon et chez l’immonde Damiani ! Cet étrange besoin qu’ils avaient tous de décider du bonheur des femmes et de s’imaginer qu’en cette matière, comme en bien d’autres, eux seuls détenaient la vraie sagesse et la vérité ! Ils avaient tant souffert, l’un et l’autre, de tout ce qui les avait séparés ! Fallait-il que les obstacles vinssent désormais de Jason lui-même ? Et ne pouvait-il, par amour, faire taire son impérieux orgueil ?
A nouveau la tentation revint, si violente que Marianne pensa en défaillir, la tentation de tout abandonner, d’aller se jeter dans ses bras et de se laisser emporter sans plus réfléchir. Elle avait tant besoin de sa force, de sa chaleur d’homme ! Car, malgré la douceur de la nuit qui venait, elle se sentait glacée jusqu’au cœur ! Mais, peut-être parce qu’elle avait trop souffert pour retrouver enfin cet amour, sa fierté la retint au bord de la capitulation !
Le pire était qu’elle ne pouvait même pas lui en vouloir et qu’à son point de vue d’homme il avait raison. Mais elle non plus ne pouvait pas revenir en arrière... à moins de tout dire ! Et encore ! Jason détestait tellement Napoléon maintenant !