Les Jeux de l'amour et de la mort
- Автор: Варгас Фред
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Éditions du Masque
- ISBN: 978-2702478561
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Les Jeux de l'amour et de la mort». Краткое содержание книги:
— C’est aller contre tes principes. Tu ne devrais pas.
— Peut-être, mais c’est ce que j’ai décidé.
— Si tu m’interromps sans cesse, on n’en terminera jamais avec cette foutue salade. Bon. Il est en France, marié, riche comme tout, tranquille comme Baptiste, avec sa belle gueule et sa cape. Non, qu’est-ce que j’ai pu l’aimer ! Il ne faut pas que j’y pense. J’ai aimé un assassin.
— C’est toi qui t’interromps maintenant.
— Le 23 juin, un événement imprévisible menace brusquement cet admirable édifice. Un ami oublié du vrai peintre, Robert Henry Saldon, ancien dessinateur et portraitiste, arrivé à Paris pour affaires. Il prend sans doute connaissance par la presse de la soirée annuelle donnée chez Gaylor, et parvient à se procurer une fausse invitation, vendue très cher au marché noir. Sans doute espère-t-il se rappeler à la mémoire de son ancien ami et lui emprunter quelque argent. Il fait la connaissance de Thomas Soler, un jeune artiste qui le pilote dans Paris et l’accompagne à la soirée fatale.
« Tu vois, mon nom est dans le journal. Mon nom nage dans cette infâme bouillie.
« On pense maintenant que Robert Saldon n’a pas reconnu le peintre en son hôte. Il avait observé et dessiné maintes fois le visage et les mains du véritable Gaylor. Si le visage était vieilli et mutilé, ses mains ne l’ont sans doute pas trompé. Saldon sut à l’instant que ce n’était pas Richard qui était devant lui, mais James. Entraîne-t-il Gaylor dans son bureau pour lui proposer un marché en échange de son silence ? On le croit. Mais Gaylor n’entend pas anéantir tant d’années d’efforts : c’est le premier meurtre.
« Il glisse dans les poches de sa victime l’argent qui provient de son secrétaire, donnant ainsi une raison plausible à la présence de Saldon dans son bureau : le vol. Mais il sait que personne n’avait de raison de tuer Saldon, qu’il sera facile de constater que nul ne le connaissait ce soir, sinon lui seul, Gaylor. Alors il a l’idée géniale de couvrir le corps d’une de ses capes, laissant à la police le soin de s’égarer sur la piste d’une éventuelle méprise. Ainsi apparaîtrait-il comme menacé et non comme seul suspect possible.
« Il se sert dans ce but de Thomas Soler, le principal inculpé qui s’était enfui après la découverte du corps, qu’il convoque secrètement, et qu’il charge à son insu de véhiculer le doute et le trouble. Le projet de Gaylor progresse à merveille dans l’esprit malléable du jeune Soler, qui est bientôt convaincu de la menace qui guette le peintre.
— Tu as le rôle de l’imbécile complet, intervint Jeremy.
— Je m’en suis aperçu tout seul. Malgré tout, la police n’abandonne toujours pas la piste Saldon, dont le passé révèle quelques troubles passages. Gaylor s’alarme. Le risque est grand qu’en fouillant l’existence et les archives de Saldon, on ne découvre quelque indice qui compromette sa sécurité. Des dessins de mains par exemple. Il sait combien Saldon et Richard avaient été liés pendant quelques années et quelle était la spécialité obsessionnelle du dessinateur. Il faut donc à tout prix que la police détourne son attention de Saldon.
« Pour y parvenir, il se décide à apparaître ouvertement comme la cible véritable du meurtrier, le soir de la réception. Son année 1963, passée à San Francisco à créer le scandale, est assez riche en crapuleuses anecdotes pour offrir un terrain fangeux où la police puisse s’embourber sans espoir de retour. De cette époque agitée, il garde deux cicatrices sur les bras, glanées un soir au cours d’une rixe, avec un jeune ami français, Louis Vernon. Il amplifie cette histoire et y ajoute l’ombre confuse d’une vengeance mortelle, déterminée à les rattraper tous les deux.
« Pour amorcer la partie, il lui faut tuer Louis. Devant se ménager un alibi sans faille, il charge Khamal Tewfik de la besogne. Puis, comme à contrecœur, Gaylor révèle à la police l’existence du danger qui les poursuivait tous deux.
« Dès lors, tout s’oriente comme il le souhaite : la police, convaincue, délaisse Robert Saldon. On protège Gaylor, on cherche le meurtrier du côté de l’Amérique. Seul Gaylor sait que l’enquête s’épuisera dans la recherche vaine d’un vengeur qui n’existe pas, et que l’affaire aboutira au non-lieu et sera bientôt classée… Tu suis toujours, Jeremy ? Tu as les yeux fermés.
— Je t’écoute tout de même.
— On parle de toi à nouveau.
— Excellent. Dis-moi ça.
— Courageux, brillant. En cherchant la confirmation sur Gaylor de ta découverte théorique, tu joues mal ta partie et il te devine. Il te fait suivre par Khamal. Tu t’es drôlement mal débrouillé ce soir-là.
— C’est écrit ?
— Non. C’est moi qui parle. Tu as même été très médiocre.
— Si tu veux.
— Tu te fais tuer. J’arrive, je te sauve. Je me fais presque complètement tuer. Galtier me tire de là. « J’ai vécu un cauchemar », raconte Thomas Soler. Mais je n’ai jamais dit ça !
— Et alors ?
Tom jeta le journal à travers la chambre et posa ses pieds sur la barre du lit.
— Bon dieu ! dit-il. J’ai constamment pensé de travers, je suis humilié. Piétiné. Je ne sais pas penser droit.
— Galtier n’a pas fait mieux.
— Jeremy c’est à toi maintenant. Sans effets inutiles je t’en prie.
— Une seule question : QUI était mort ?
— Saldon.
— Et voilà. C’était Saldon le mort. C’était le seul fait vrai qu’on possédait et on commençait déjà à l’oublier. Je me suis obstiné sur cette évidence. Et cette histoire de cape était idiote. Voler une cape aussi fameuse au milieu d’une soirée de trois cents personnes… Et surtout, se la mettre sur les épaules ! Cela ne t’a pas paru grotesque ?
— Non.
— Et pourtant si, ça l’était. On l’aurait retrouvée pliée en boule, serrée sous son bras, tout aurait été autrement. Mais on l’a retrouvée sur son dos, et c’était impossible, imbécile. Quelqu’un lui avait mis la cape. À qui cela pouvait-il servir ? À Gaylor d’abord, avant quiconque, parce que cette disposition l’innocentait absolument. C’était plutôt facile, comme tu le vois. Je suis parti de là. Pourquoi Gaylor aurait-il tué Saldon ? Je savais que Saldon était dessinateur, tu me l’avais raconté, et qu’il revoyait son ami pour la première fois depuis plus de vingt ans. Et ce soir-là, on le tue net, d’urgence, sans différer. Gaylor avait donc dû être pris par surprise. J’ai conclu assez vite à une affaire de substitution de personne. En effet, qu’est-ce que Saldon, qui vivait loin depuis des années, aurait pu savoir de menaçant pour Gaylor ? Rien. Saldon connaissait Gaylor et c’est tout, et pour cette raison, on le tue. Tu suis ? Tout s’alignait : l’accident, le visage abîmé, l’exil, le secret autour de sa peinture. Mais c’était un simple montage d’idées. J’ai espéré trouver à Frisco, dans les cartons de Saldon, des dessins de son ancien ami. Quand j’ai vu la précision de ces dessins, j’ai compris que Saldon n’avait pu oublier aucun détail du vrai Gaylor. Et j’ai trouvé. Un croquis de ses mains. Il y en avait plusieurs d’ailleurs, j’ai emporté le meilleur.
« Mais moi, je n’avais jamais vu le peintre. Et je ne pouvais pas savoir si ces mains étaient ou non les siennes. Il fallait que je compare. Je croyais qu’un simple coup d’œil devait me suffire pour dire si ma solution était la bonne. Ensuite seulement, je me donnais le droit de parler. Mais il m’a fallu plus qu’un coup d’œil pour apprécier la forme de ses mains, c’était moins évident que je ne me l’étais figuré. Et c’est comme ça que je me suis fait cueillir. J’ai trop voulu regarder ses mains. Il a senti tout de suite le danger qui venait de moi. C’est un homme très fort.