Les Jeux de l'amour et de la mort
- Автор: Варгас Фред
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Éditions du Masque
- ISBN: 978-2702478561
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Les Jeux de l'amour et de la mort». Краткое содержание книги:
— Je me suis agité pour vous. Je pensais qu’il fallait vous protéger. C’est drôle, non ?
— Tu m’aimais bien ?
— Très bien.
— Tu as mal pensé. En revanche ton ami, Jeremy, est un cerveau. Oui, impressionnant. Je ne sais pas comment il s’y est pris pour découvrir tout seul la vérité alors que tous étaient partis dans de mauvaises directions, exactement comme je le souhaitais. Mais lui, il a fallu qu’il comprenne. C’est tellement dangereux de trop chercher, de trop comprendre.
— Comment avez-vous su pour lui ? Il n’avait rien confié à personne, pas même à moi.
— Par chance. Il est doué pour l’étude mais mauvais en composition théâtrale. Trop sûr de lui peut-être, trop pressé. Tout à l’heure, un faux policier s’est présenté chez moi, le genre timide, idiot.
— Jeremy n’est pas timide.
— Justement. Cela sentait le bricolage grossier. Mais surtout, il gardait sans cesse la tête baissée vers mes mains, il les suivait du regard ; alors j’ai compris ce qui m’attendait si je laissais cet homme-là en vie. J’ai décidé de le tuer sans même le connaître. Ce que je savais de lui me suffisait. J’étais certain en outre, parce qu’il était seul, qu’il n’avait pas encore prévenu la police de sa découverte. Il devait souhaiter la certitude d’une victoire complète avant de se présenter à Galtier. C’est un fou. Il s’est livré à moi.
— Jeremy est trop théorique, dit Tom, la gorge contractée.
— C’est un fou.
— Vous aussi.
— Moi aussi.
Tom se sentait maintenant moins calme et plus vibrant, et il avait les jambes dures et douloureuses. Il demanda si on allait encore loin.
— Quelle importance ? Avance.
— Et si je vous jure de ne rien dire ?
— Ne fais pas l’enfant, c’est ridicule.
Tom soupira.
— Saldon, Louis, Jeremy, et moi maintenant, je n’aurais jamais dit que vous étiez un tueur.
— Toi, tu n’as pas envie de me tuer en ce moment ?
— Je ne pense qu’à ça.
— Tu vois bien. Si tu crois que cela me fait plaisir. Mais tout s’enchaîne. Saldon m’avait deviné. J’ai dû le tuer. Ensuite j’ai fait tuer Louis, simplement pour me faire passer pour une victime rescapée et menacée aux yeux de la police. C’était le seul moyen d’escamoter le meurtre de Saldon, d’avoir la paix et de n’être jamais soupçonné.
— Mais pourquoi…
— Arrête maintenant. Ça ne sert à rien de parler à présent. Je t’ai dit l’essentiel pour que tu ne meures pas dans l’ignorance.
— C’est très aimable.
— Mais avance enfin !
— J’ai les jambes dures.
— C’est normal. Moi aussi. Tous les deux, on ne va pas à une fête.
— Laissez-moi partir.
— Trop tard Thomas.
— Je vous en supplie.
— Trop tard Thomas. La donne est faite, je ramasse mon pli.
— Saloperie !
— Tourne par là. Derrière ce mur. Allez. Bien, donne-moi ce foutu papier maintenant. (Tom le sortit de sa poche.) À quoi tiennent les choses, sourit Gaylor en le glissant dans sa veste. Si tu n’avais pas regardé ce papier…
— Je peux me retourner ? demanda Tom.
— Non.
Tom regardait la rue qui longeait le petit square où Gaylor l’avait poussé. Elle était déserte. C’était injuste. Il aurait dû y avoir un passant, grand et fort, et il aurait crié et tout se serait bien terminé.
— Lâchez-moi l’épaule, dit Tom.
— Colle-toi là. (Gaylor le serra contre un arbre, le front sur l’écorce.) Tu ne vas pas te débattre, Thomas. Cela ne servira à rien. Pardonne-moi.
Tom sentit le bord froid de l’arme se placer contre sa nuque trempée, à la base de ses cheveux.
— Il y a du bruit ! dit Tom d’un souffle.
— Tu mens.
— Si, il y a du bruit ! Du bruit de feuilles, du bruit de buisson.
Gaylor prêta l’oreille et n’entendit rien.
— Vous ne devriez pas, dit Tom. Pas maintenant. S’il y a un couple dans le buisson là-bas, vous êtes foutu. Peut-être est-ce qu’ils vous regardent déjà. Il y a sûrement quelque chose dans ce buisson.
Gaylor resserra la clef de bras.
— Marche devant sans bruit, dit-il. On va aller voir.
Tom perçut l’impatience et l’appréhension qui gagnaient la voix du peintre. Il ne doit pas être habitué à tuer, pensa-t-il. Il recule. Bien sûr il va le faire, mais pour le moment il recule, il est raide, il n’aime pas ça.
À dix mètres d’eux, des branches craquèrent, et il y eut un cri :
— À terre, Soler ! À terre !
Gaylor lâcha prise et Tom se jeta dans la poussière de l’allée. Galtier ! La voix de Galtier ! Nerveuse, cassée, enrouée et salvatrice, la voix elle-même de Galtier dans ce foutu square du bout du monde. Même la Callas n’avait jamais produit sur lui une telle émotion. On tirait dans tous les sens, Tom compta au moins dix détonations. Il s’en foutait. Le front dans le sable, la peau des bras arrachée par sa chute, Tom serrait les mâchoires, étendait les doigts dans la terre. La voix de Galtier. Il l’entendait qui lançait des ordres. « Par la gauche, contourne par la gauche » et puis, « Aux jambes ». Quelqu’un lui passa dessus. Il y avait les bruits d’une course plus loin vers la rue.
Affalé dans la poussière tiède, Tom cherchait à s’y écraser le mieux possible. Il aurait souhaité rester là des heures, rester jusqu’au matin. Heureux, meurtri, étalé dans la crasse. Plus il serait sale et plus cela lui ferait plaisir. Là-bas, du côté de la rue, il y avait à nouveau des cris. Quelqu’un lui prit l’épaule.
— Tu peux te relever maintenant, dit Galtier.
Tom lui aurait élevé un monument. Un monument à sa voix cassée qui avait dit « À terre, Soler » dans la nuit.
Il claquait des dents et se redressa sur un coude, l’autre bras pendant comme un morceau inutile. Des graviers s’étaient incrustés dans la peau de son front et il en était content. Un à un, ils se détachaient. Il se releva tout à fait en produisant un nuage exagéré de fumée de sable. Il aurait préféré rester par terre avec son sable.
Abruti, il regarda l’inspecteur Galtier en soutenant son bras mort.
— Je vais vous élever un monument, dit-il.
— C’est le moment en effet. Il vient de nous filer entre les doigts. Volatilisé dans les ruelles. Il court comme dix. On cerne tout le secteur. Pas trop de casse ?
— Non. Mais Lucie…, Lucie, vous l’avez trouvée ?
— L’amie de Mareval ? Elle n’a rien, rassure-toi. Elle n’a vu personne.
Tom eut envie d’embrasser Galtier, mais il savait qu’il valait mieux ne pas le faire.
— Vous lui avez dit pour Jeremy ?
— Oui. Elle est là-bas avec lui.
— Il a donc pu vous parler ?
— Il en est toujours incapable. Il en a pris un sacré coup.
— Quelle arme ?
— Couteau, dit Galtier rapidement. Deux fois dans le ventre. On est en train de l’opérer.
Tom se sentit perdre pied et Galtier lui colla deux gifles.
— Ne t’évanouis pas. Écoute-moi. Jeremy n’a pas parlé. Les secours avaient alerté le commissariat. Avant même d’arriver à l’hôpital, j’étais certain que tu l’avais tué. Je te soupçonnais déjà pour d’autres raisons. Une heure plus tôt, un homme s’était présenté chez Gaylor, sous le masque d’un policier et j’étais persuadé qu’il s’agissait de toi. Et on venait en outre m’apprendre que tu avais été vu sur les lieux de l’agression, et que tu t’étais enfui. Je n’avais plus aucun doute à ton sujet.