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La Maison Dans La Dune

Электронная книга - «La Maison Dans La Dune». Краткое содержание книги:

Dans l'atmosphère brumeuse et glacée du Nord, douaniers et contrebandiers s'affrontent…
Les hommes et leurs chiens se livrent des combats souvent mortels.
Une maison isolée dans la dune… C'est là que Sylvain rencontrera Jacqueline. La jeune fille saura-t-elle détourner le contrebandier de ses coupables expéditions?
Violent, direct, vrai, profondément humain, La Maison dans la dune, premier roman de Maxence Van der Meersch, eut un succès immédiat qui ne s'est jamais démenti depuis.
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Un à un, les hommes sortaient de la voiture. On s’asseyait dans l’herbe, on allumait des cigarettes. La bouteille de rhum fut rapidement achevée. On s’égayait, on plaisantait, mais doucement, sans bruit, car la frontière n’était pas loin. Un douanier aurait pu entendre ces rumeurs et donner l’éveil.

«Quelle heure qu’il est? demanda un homme. On va encore poireauter longtemps?

– Il est minuit, dit Zidore. On n’en a plus que pour une petite heure.»

Il alla fouiller sous le siège de la camionnette, tira quelque chose dont jaillit un pinceau de lumière pâle.

«Sylvain, demanda-t-il, viens m’éclairer.»

Et il souleva le capot de la camionnette.

Sylvain prit la lampe électrique, en projeta la clarté sur le moteur. Et Zidore, avec une clef à tube, démonta ses bougies, les nettoya, contrôla l’écartement des électrodes. Il passa à la magnéto, vérifia les vis platinées. Puis il essaya de mettre en route. Au quart de tour, le moteur partit.

Zidore l’arrêta aussitôt.

«Ça marche, hein? dit-il fièrement.

– Oui.

– Faut ça. Tout à l’heure, s’agira pas de s’amuser sur la manivelle.»

Pour plus de certitude, il versa encore dans les décompresseurs – la vieille voiture comportait encore ce dispositif – quelques gouttes d’essence. Et il referma le capot. Puis il alluma, lui aussi, une cigarette.

«On est loin de France? demanda Sylvain.

– Cinq cents mètres. Il y a un grand fossé, juste sur la frontière.

– Un pont?

– Non, pas de pont.

– On va faire un crochet, alors?

– Non. Tu vois pas qu’on a des planches? On va en faire un, de pont. Après ça, on filera dans les champs.»

À la lumière de la lampe électrique, il consulta sa montre.

«Une heure moins le quart. Je vais aller voir. Tenez-vous peinards, les types.»

Il s’éloigna vers la frontière.

Sylvain respira fortement. Maintenant, comme avant tous les coups dangereux, il se sentait la poitrine oppressée. Il lui semblait qu’il eût froid. Il tremblait un peu. Cela passait d’ailleurs au moment du danger immédiat, mais pour l’instant, il avait peur. Il regrettait presque d’être venu. Les paroles de Jules lui revenaient à la mémoire. Et si Germaine l’avait trahi? Il repoussa cette pensée.

Il marcha un peu le long du chemin qu’on avait suivi, regardant le ciel sombre givré d’étoiles. Malgré lui, de tristes réflexions lui venaient à l’esprit. La profondeur infinie de cette voûte vide, d’un noir d’abîme, lui accablait l’âme. Il se sentait étrangement rapetissé. Il avait pour la première fois conscience du peu de place qu’il tenait parmi ces choses. Il ne comprenait plus qu’on pût s’ennuyer pour une préoccupation aussi vaine que l’existence. Tout cela, au fond, n’avait d’importance à ses yeux que parce que c’était lui. Mais après lui, mais comme lui, que d’êtres encore interrompant une minute leur lutte désespérée contre l’anéantissement, interrogeraient encore ce ciel indifférent, qui depuis des millénaires assistait, impassible, à la répétition éternelle du même drame… Sylvain, ce n’était qu’un épisode infime. Et toute sa souffrance, aux yeux de cet univers, ça ne comptait pas pour beaucoup…

Un sifflement assourdi lui parvint, l’arracha à sa songerie. Alors il retourna à l’auto.

Sous la direction de Zidore, les hommes, déjà, déchargeaient les planches, sur le toit.

«Grouille-toi donc! dit Zidore en apercevant Sylvain. Il est temps.»

Sylvain monta sur la voiture, aida les autres. On descendait les planches, on les étalait sur le sol, en une double piste, à travers un champ fraîchement labouré, que l’auto devait traverser. Puis, ce chemin ainsi préparé, on y poussa l’auto à la main, moteur arrêté. Zidore était au volant. Deux hommes poussaient aux roues avant, deux aux roues arrière, les autres sur les côtés. On n’entendait dans la nuit que les craquements des planches, et les halètements brefs des hommes. Quand on eut ainsi parcouru toute la longueur des planches, on les ramassa et on revint les disposer devant la voiture. Et on recommença à pousser.

Deux ou trois fois, la voiture quitta sa voie, s’enlisa profondément dans l’argile. Et il fallait alors employer des barres de bois, pour la soulever et l’arracher à l’étreinte collante de la glaise.

On atteignit enfin le petit cours d’eau qui formait la frontière entre la France et la Belgique. Et là, on s’arrêta. De l’autre côté, Sylvain devina la silhouette du douanier.

«Allez, commanda Zidore, prenez les madriers, couchez-les en travers.»

On empoigna les grosses poutres, on les jeta sur le ruisseau. Là-dessus, transversalement, on disposa les planches. On se hâtait si fort que, malgré la fraîcheur de la nuit, tout le monde suait. Immobile, drapé dans sa longue capote, le douanier regardait sans rien dire.

«Ce salaud-là, grogna l’un des fraudeurs, il les gagne plus facilement que nous, ses mille balles!»

On rit.

Le pont achevé, on revint à la camionnette. Toujours à la main, on la poussa sur les planches. On la fit rouler avec lenteur. La charge fit gémir les poutres. Sylvain les sentait fléchir sous lui. Mais une fois le milieu passé, il n’y avait plus de danger de rupture. Lentement, les poutres allégées se redressèrent. Et la camionnette atteignit la rive française.

Là, on était sur un sol ferme, une sorte de prairie à l’herbe courte, au terrain dur, où l’auto roulerait aisément.

Sylvain, qui regardait autour de lui, vit qu’un peu plus loin, il y avait une route qu’on pourrait atteindre sans obstacle. Le plus dur était fait.

À droite, à cent mètres de là, une masse noire attira aussi son attention.

«Qu’est-ce qu’il y a là-bas? demanda-t-il.

– Rien, dit alors le douanier, qui parla pour la première fois. Un abri pour les vaches, quand il pleut.»

Zidore rassemblait de nouveau ses hommes.

«Vous deux, dit-il, vous allez ramasser les planches et en faire un tas, «sur» Belgique. On viendra les reprendre demain. Quand vous aurez fini, vous pourrez retourner. Sylvain, tu les aideras un petit moment, avec Louis. On t’attendra là-bas, sur le bon chemin, pour être prêts à filer. Les autres, vous pousserez l’auto par-derrière. On va la mener sur la route.»

Il entra dans la camionnette pour prendre la manivelle de mise en marche. Sylvain avait déjà empoigné une planche pour la passer à l’un des deux fraudeurs qui attendaient, de l’autre côté du ruisseau. Et c’est alors qu’il entendit autour de lui une grande clameur. Il se retourna. Une dizaine d’hommes entouraient l’auto. Une bagarre furieuse commençait.

Sylvain comprit tout de suite. Un douanier, sautait sur lui, – celui-là justement qui avait laissé passer l’auto, et qui espérait peut-être donner le change à ses camarades sur son rôle dans cette affaire. Sylvain, par-dessous, lui lança dans la mâchoire un uppercut qui le souleva littéralement de terre, et le projeta en arrière assommé. Débarrassé, Sylvain se rua dans la mêlée.

Il y eut autour de lui un tourbillonnement confus de bras et de poings levés. Il reçut sur la tête des coups qu’il rendit à d’autres, au hasard. Près de lui, il vit Zidore abattre la manivelle sur le crâne d’un assaillant, et courir à l’auto. Il ne l’aperçut plus. Mais l’instant d’après, le moteur ronfla.

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