La vermine du lion
- Автор: Карсак Франсис
- Язык: французский
- Год: EDITIONS FLEUVE NOIR
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La vermine du lion». Краткое содержание книги:
Il la fit pivoter, la poussa brutalement dans l’escalier.
— Maître ! Ne la frappez pas ! Elle vous aime !
— Mêle-toi de tes affaires, Sika ! Tu ne sais ce que tu dis !
Devant l’entrée du cellier, Stella entrevit cinq ou six cadavres jetés en tas. Deux prisonniers seulement restaient, blêmes, attachés à de lourds sièges. Trois Kénoïtes, dont Ophti-Tika, et le grand Ihambé se tenaient adossés au mur. Sur une table, divers objets ensanglantés lui firent détourner les yeux. La pièce était illuminée par quatre lampe à huile et un photophore à gaz d’essence, qui jetait sa lumière blanche et crue et ronflait sourdement. Téraï désigna deux chaises vides, en face des captifs.
— Asseyez-vous sur celle de gauche, ne bougez plus, et ne dites rien.
Il s’installa sur celle de droite. Avec un léger bruit d’étoffe, Sika entra et se plaça derrière elle.
— Par lequel commençons-nous ? Tiens, Eenko, occupe-toi donc de celui-là. Le point que tu connais.
Le grand Ihambé s’approcha, un sourire cruel aux lèvres, sembla examiner le prisonnier un long moment, posa son pouce sur la base de la nuque, appuya. L’homme avait pâli, dans l’anticipation de la souffrance à venir, mais son visage n’exprimait plus qu’une surprise qui, en d’autres circonstances, eût été comique.
— Ça suffit, Eenko, je sais ce que je voulais savoir, dit Téraï, qui continua en anglais :
— Ainsi, je ne me trompais pas. Vous êtes bien un Terrien.
— Je ne comprends pas, répondit l’autre en kénoïte.
— Inutile de continuer la comédie. Si vous étiez un indigène, vous auriez hurlé quand Eenko a appuyé sur le plexus nuchal. Vous n’étiez pas au courant de cette différence anatomique entre les Eldoradiens et nous ? Dommage… pour vous. Maintenant, vous allez me dire ce que vous faisiez ici, et qui vous y a envoyé.
— Je ne dirai rien !
— Croyez-vous ? Les autres ont bien parlé ! Et si Eenko ignore les points sensibles du corps humain, je les connais, moi.
Il se leva, domina le captif de toute sa masse, prit une de ses mains et commença à serrer.
— Votre nom ?
— Karl Bommers. C’est tout ce que je dirai.
Téraï continua à serrer. La figure de l’Allemand se couvrit de sueur, mais il se tut. Sans le lâcher, le géant tira son couteau, de sa main gauche. Stella ferma les yeux. Pendant une demi-minute, elle n’entendit que la respiration haletante du prisonnier, un petit ricanement d’un Kénoïte, puis un cri terrible.
— Non ! Non ! Pas ça ! Je parlerai !
— Je savais bien que tu allais devenir raisonnable. Qui te paye ?
— Henderson.
— Le directeur du BIM ?
— Oui.
— Pour quel travail ?
— Je devais aider les prêtres de Béelba à prendre le pouvoir ! Pourquoi, je ne le sais pas, je vous le jure !
— Je le sais, moi ! Et vis-à-vis de moi, quels étaient les ordres ?
— Essayer de vous capturer et de vous amener à Port-Métal si c’était possible…
— A qui, à Port-Métal ?
— John Dickson.
— Ce salaud se prétendait mon ami ! Il ne perd rien pour attendre.
Il se tourna vers Stella.
— Connaissez-vous Dickson ?
— Non, dit-elle sans ouvrir les yeux.
— Un ingénieur… Et si ma capture se révélait impossible ?
— J’avais ordre de vous faire assassiner.
— Charmant ! Vous entendez, Stella ? Papa Henderson veut ma peau ! Et quel était ton rôle là-dedans, hein ? Parle, cochon ! Et que sais-tu du rôle de miss Henderson ?
— Je ne sais rien, je vous le jure ! Je devais seulement la protéger, quoi qu’il arrive !
— Hum, peut-être est-ce vrai ? Qu’en dites-vous, Stella ? Ne serait-ce pas le moment d’éclaircir quelques points ? Allons, regardez-moi !
Elle ouvrit les yeux, s’attendant à voir le sang ruisselant sur le sol, mais si le prisonnier était blême, il semblait intact.
— Je vous ai déjà tout raconté. Téraï ! Pourquoi ne voulez-vous pas me croire ? J’ignore tout des projets de mon père, et je puis vous dire que, s’ils sont ce que cet homme prétend, je les désapprouve absolument ! Mais dit-il vrai ? Sous la menace de la torture, je dirais n’importe quoi, à sa place !
Téraï se gratta la tête.
— Je sais bien ! Mais avouez que ce qu’il dit confirme bien mes déductions, qu’il ne pouvait pas connaître.
— Vous êtes très intelligent, Téraï, mais vous avez le tort de penser que vous êtes le seul à l’être ! Pourquoi cet homme n’aurait-il pas déduit lui aussi que…
— Non. J’ai entendu sa conversation avec Bolor, là-bas, dans le temple, avant le feu d’artifice ! Non, il n’a pas menti, ni rien inventé. Je conçois qu’il vous soit pénible d’apprendre le rôle que joue votre père dans ces événements, mais je tenais à ce que vous entendiez ces aveux. Vous êtes maintenant édifiée sur le BIM et ses moyens. Peut-être comprendrez-vous mieux mon point de vue, maintenant ?
— Que va devenir cet homme ?
— Ce n’est pas parce qu’un cobra vous a manqué qu’il cesse d’être un cobra ! Je vais le faire exécuter, sans souffrances, puisqu’il a parlé.
— C’est un assassinat !
— Non. De la légitime défense. Il a joué, il a perdu, il paie. Personne ne l’a forcé à accepter cette mission !
— Je vous demande sa grâce !
— J’ai le regret de vous la refuser !
— Et l’autre ?
— Bolor ? Vous verrez demain, ou plutôt ce matin.
L’aube se levait, sinistre, dans un ciel pâle strié des traînées de fumée des incendies, filant d’ouest en est, poussées par le vent bas, tandis que très haut, les cendres légères crachées par le volcan traversaient le ciel du nord au sud, écharpe diffuse et sale. Stella se réveilla, une main la secouait doucement.
— Le Maître demande votre présence, maîtresse.
— Pourquoi ?
— Les funérailles de la maîtresse Laélé.
Elle se leva péniblement, n’ayant dormi que trois heures, fit une rapide toilette. L’eau fraîche lui rendit quelques forces. Elle reprit son costume terrien, nettoyé. Téraï l’attendait sous la colonnade. Rasé de frais, lavé, un bandeau propre autour de la tête, il paraissait redevenu entièrement Rossé Moutou, l’homme montagne que rien ne pouvait abattre. Mais sa bouche avait un pli amer.
— Je vous ai demandé de venir, Stella. Je sais que pour vous Laélé n’était qu’une pseudo-humaine, mais Eenko n’aurait pas compris que vous n’assistiez pas à ses funérailles. J’ai bien assez à faire, sans avoir à vous protéger de mes amis…
— Je n’approuvais pas votre liaison avec elle, cela ne signifie pas que je ne sois pas peinée de sa disparition, répondit-elle, un peu sèchement.
— Excusez-moi, Stella. Peut-être vous ai-je mal jugée. Voulez-vous la voir ?
Sans attendre sa réponse il se dirigea vers la chambre mortuaire, et elle le suivit. A la lumière des trois torches, Laélé reposait sur le lit, comme elle l’y avait laissée la veille, mais était maintenant revêtue d’une tunique d’une soie magnifique, chatoyante.
— Je la lui avais donnée il y a deux ans, dit doucement Téraï. Elle ne la mettait que rarement, de peur de la déchirer. J’avais beau lui dire que je pourrais la remplacer, elle ne voulait pas le croire, elle la trouvait si belle qu’elle n’imaginait pas qu’il puisse en exister d’autres.
Une ombre se détacha du mur, Eenko. Il passa lentement devant Stella, lui jeta un regard glacé.
— Il me fait peur, murmura-t-elle.
— Il ne vous aime pas. Il croit que si vous n’aviez pas été là, pour accaparer mon attention, sa sœur serait encore vivante. Il faudra que vous partiez le plus vite possible. Je ne sais pas si j’arriverai à le raisonner, à lui faire comprendre que vous n’y êtes pour rien, que seule la fatalité a voulu…