La vermine du lion
- Автор: Карсак Франсис
- Язык: французский
- Год: EDITIONS FLEUVE NOIR
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La vermine du lion». Краткое содержание книги:
— N’y va pas, maîtresse. Ce sont des affaires d’hommes.
— Laisse-moi passer ! Laisse-moi ! Que font-ils, mon Dieu, que font-ils ?
— N’y va pas. Tu ne connais pas le maître. Il avait son visage de mort tout à l’heure ! Il te…
Le hurlement reprit, monta, se brisa en sanglots, il semblait à Stella qu’il y avait des heures qu’il durait, et qu’il ne finirait jamais. Puis brusquement le silence tomba, rompu quelques instants plus tard par un atroce bruit mou sur le dallage de la cour. Une forme noire s’étalait, immobile, devant le cellier.
La porte s’obscurcit, et Téraï sortit, se dirigea vers la maison, entra dans la chambre. Il resta un moment immobile, regardant la morte sur le lit, les trois torches allumées, Stella debout, pâle, Sika impassible.
— Merci, Stella, dit-il enfin.
— Que se passe-t-il ? Que faites-vous ?
— Rien. J’ai laissé Eenko s’amuser avec le marchand. C’est fini maintenant. Bon exemple pour les autres, ils parleront plus facilement.
— Vous… vous n’avez donc pas de cœur !
Il explosa.
— Pour des charognes de cette espèce ! Et vous me dites ça en face d’elle !
Il montra Laélé.
— Le sort de ce monde est en jeu, mademoiselle ! Non seulement de ceux qui y vivent actuellement, mais aussi de ceux qui y vivront !
— Mais ne pourriez-vous pas simplement les tuer, au lieu de…
— J’ai besoin de savoir ce qui se trame, et vite ! Ah ! si j’avais tous les appareils, toutes les drogues dont la justice dispose sur Terre, peut-être serais-je moins cruel, en effet. Mais je n’ai ni les uns ni les autres. Et je n’ai pas le temps. Mais venez, il est trois heures moins cinq, il ne faut pas rater le feu d’artifice.
Il l’entraîna sur la terrasse. La tour du temple se détachait sur le clair de lune, près des spires du palais impérial, au-dessus des frondaisons.
— Restez ici, près de la porte. Il va sans doute pleuvoir des pierres, dans quelques instants.
Ils attendirent. Les grands incendies étaient maintenant éteints dans la ville basse, et seule une faible lueur indiquait leurs places. Le vent s’était levé, frais, qui faisait bruire les feuilles. Avec un vol lourd, un oiseau de nuit passa tout près d’eux, poussant un long cri désolé qui plana sinistrement sur le parc silencieux.
— Trois heures ! Regardez bien !
Les secondes coulèrent. Brusquement, la tour sembla agitée d’un soubresaut, puis monta tout d’une pièce vers le ciel, dans une éruption de feu rouge. Une deuxième détonation lança des fragments de temple vers la tour qui retombait, puis une troisième noya tout dans une immense flamme. Le palais apparut, brillamment éclairé, les arbres se découpèrent en ombres noires, courbés par le vent de l’explosion. Puis le bruit arriva, grondement et crépitement mêlés.
— Rentrons !
Il l’attira à l’intérieur. Une pluie de projectiles tomba du ciel, assez loin, mais, de temps en temps, un bruit sec ou mat marquait l’arrivée sur la terrasse de débris de matières diverses. Puis tout cessa. Là-bas, là où s’était dressé le temple, une fumée rougeâtre illuminée par les buissons et les arbres brûlant furieusement tournoyait lourdement au vent de la nuit.
— Il devait bien y avoir une cinquantaine de tonnes d’explosifs, murmura Téraï. Descendons, j’ai à faire.
Elle le retint par le bras.
— Vous allez les torturer ?
— Si c’est nécessaire, oui.
— Je ne sais si je pourrai supporter ces cris, Téraï. Je n’ai pas vos nerfs de…
— De demi-asiatique, hein ? Venez ? Sika va vous installer un lit dans une crypte. Vous n’entendrez rien.
— Mais je saurai que pendant ce temps…
Il eut un geste irrité.
— Croyez-vous que cela m’amuse ? Je devrais vous y traîner, pour votre éducation. Vous verriez ce qui se cache derrière les somptueuses demeures de votre père, derrière les fêtes où vous dansiez, souriante, derrière votre vie de luxe et de sécurité. Oh ! cela doit donner une belle impression de puissance, d’être capable, d’une signature, de bouleverser une planète, de décider que tel ou tel monde sera mis au pillage, et tant pis pour ses habitants s’il en a ! Maintenant vous n’êtes plus dans vos bureaux de New York ou de San Francisco, à côté du puissant Henderson. Vous êtes sur Eldorado, aux côtés de Téraï le sauvage, là où on saigne, là où on souffre, là où on meurt, là où on torture ! Je voudrais que votre père soit ici à votre place, mademoiselle ! Aussi, restez ici, ou allez dans la crypte, je m’en fous !
La lampe à huile éclairait faiblement la voûte, et Stella, assise sur un lit de bois, éprouva l’impression d’être retournée dans le passé de la Terre, dans une de ces périodes farouches et tragiques dont le souvenir hante les légendes barbares. La lumière vacillante animait les rugosités de la pierre, et sculptait le visage fin de Sika, noyant d’ombre les orbites. Elle attendit. Nul bruit ne pénétrait jusqu’à elle, seule sa respiration et celle de la Kénoïte marquaient le temps qui passait.
— Dormez, maîtresse, vous êtes fatiguée.
— Je ne peux pas, Sika. On torture des hommes, là-haut.
La jeune fille eut l’air surpris.
— On ne le fait donc pas sur Terre ? Comment alors savez-vous ce que trament vos ennemis ?
— Nous avons d’autres procédés qui n’entraînent pas de souffrance. Chez nous, ceux qui s’abaissent à torturer sont considérés comme des sauvages.
Sika resta un moment silencieuse.
— Et cela vous ennuie que le Maître soit à vos yeux un sauvage ? dit-elle enfin doucement.
— Oui, peut-être.
— Vous aimez le Maître ?
— Qu’allez-vous imaginer ! Mais il est de ma race, et je me sens solidaire de ce qui se passe là-haut.
— Pourquoi ?
— Parce que… Oh, je ne sais pas ! J’aurais préféré que Téraï ne soit pas obligé…
— Vous l’aimez, maîtresse, vous lui cherchez des excuses. Il n’en a pas besoin, il fait ce qu’il doit faire, pour notre bien.
— Je ne sais plus ! Peut-être avez-vous raison, peut-être…
La porte s’ouvrit, et Téraï parut, l’air farouche.
— Venez, Stella, j’ai besoin de vous, de votre témoignage ! Parmi les prisonniers, il y a comme je le pensais, un Terrien, probablement du BIM.
— Et vous voulez que j’assiste à son interrogatoire, selon vos méthodes ? Je refuse ! Enregistrez ses paroles, si vous voulez, et n’oubliez pas ses cris de souffrance ! Ils pèseront lourd devant un tribunal terrestre :
Il haussa les épaules.
— Un enregistrement ne ferait pas l’affaire. Trop facile à truquer. Et avant de vous apitoyer sur lui, attendez d’entendre ce qu’il a à dire ! Vous changerez peut-être d’avis. D’ailleurs, si vous ne venez pas de gré, vous viendrez de force !
Il la souleva dans ses bras. Vainement elle se débattit, martela sa face de ses poings. Elle frappa sur le bandage de sa blessure, lui arrachant un cri. Il la remit sur pied, la regarda en face, féroce.
— Mademoiselle a peur du sang ! Du sang que mes méthodes barbares font couler, hein ? Elle a peur de le voir ! Mais celui qu’elle ne voit pas, celui des morts d’hier et d’aujourd’hui, en ville, celui des enfants écrasés par le tremblement de terre déchaîné de ces messieurs, celui des jeunes filles éventrées hier sur les dalles du temple, celui-là ne compte pas ! Elle ne l’a pas vu ! Venez, nom de Dieu, avant que je ne me mette en colère ! Après tout, peut-être apprendrais-je des choses intéressantes, si j’employais mes méthodes sur vous !