Sur un monde stérile
- Автор: Карсак Франсис
- Год: 1996
- Язык: французский
- Год: Lefrancq Claude
- ISBN: 2-87153-209-5
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Sur un monde stérile». Краткое содержание книги:
— Hourrah ! Nous passerons.
Sa colère subitement tombée, il œuvra du marteau, lentement, patiemment. Petit à petit le bloc de rocher vint, et finalement il eut devant lui un trou où il put passer la tête. Le reste du travail fut vite fait. Ils virent alors avec étonnement que cette dalle peu épaisse, 60 cm, avait été indiscutablement taillée de main d’homme, et glissait dans des rainures verticales.
— Pas de doute, Bernard. C’était un piège, destiné à qui sait quel emploi !
— Nous ne le saurons probablement jamais. Il devait y avoir dans ces galeries des « assommoirs » analogues, pour écraser les imprudents. Peut-être aussi était-ce une sorte de herse ? Autrefois cela devait fonctionner facilement par contrepoids. Ça a dû se coincer faute d’entretien, et la secousse de l’explosion l’a fait jouer de nouveau, fortuitement. Nous l’avons échappé belle !
— Nous ne sommes pas encore sauvés ! Pas d’eau, et deux blessés et deux femmes avec nous.
Le voyage à la recherche de l’eau fut épouvantable. Bernard et Sig soutenaient les blessés. Malgré les calmants, Kni souffrait beaucoup de son avant-bras. Loi marchait comme dans un rêve, la tête brûlante. Anaena était parfaitement remise, mais épuisée. Elior, plus robuste, était cependant à bout de force. Les quatre martiens, brûlés par la soif, étaient beaucoup plus touchés que les terrestres, pour qui la diminution de la pesanteur compensait un peu la fatigue. Ray et Ingrid marchaient en tête, arsenaux ambulants, chargés de toutes les armes.
Ils allèrent longtemps. À la fin la conscience s’engourdissait. On mettait automatiquement un pied devant l’autre. Bernard, entraîné aux longues et monotones routes du Sahara, leur avait enseigné un truc pour s’abrutir et faire passer le temps : répéter mentalement toujours la même phrase. Pour lui-même c’était un, fragment de chanson de marin : « On boira quand on arrivera – dans le port de Tacoma. » Il en goûtait l’ironie. À ce compte-là nous serons morts bien avant !
Un moment, ils firent halte. Les martiens croulèrent plutôt qu’ils ne s’assirent. Ils eurent un embryon de discussion, lèvres et langue gonflées. Puis Kni se tourna vers les Terriens.
— Il faut que vous nous abandonniez. Nous vous retardons et fatiguons inutilement. Partez sans nous. Peut-être aurez-vous la chance…
— Ah non ! jamais, répondit Sig. Tous ou aucun.
— Yes, approuva Ray. Un américain n’abandonne pas ses camarades !
Bernard et Ingrid acquiescèrent.
— Pourtant, dit Anaena, c’est votre seule chance…
— Tant pis !
Bernard paraissait songeur.
— Comment se fait-il que nous n’ayons pas rejoint le tunnel à voie ferrée ? Nous avions marché bien moins longtemps pour atteindre le belvédère…
Ils se regardèrent. Ils n’avaient pas pensé à cela, d’abord tout à la joie de leur évasion, ensuite tout leur esprit tendu vers la recherche de l’eau.
— Nous avons dû dépasser l’embranchement sans le voir. Nous sommes égarés.
— Tant mieux, dit Anaena. Dans le tunnel, il n’y a pas d’eau avant Llo. Ici…
Ils reprirent leur marche. Les heures passèrent. Le tunnel tourna plusieurs fois. Ils continuaient à marcher, aveuglément, résolus à aller de l’avant jusqu’à leur dernier souffle. Bernard avait repris son leitmotiv de Tacoma. Ils ne parlaient plus, incapables du reste de prononcer une parole, tant leur bouche était sèche. Bernard qui marchait à l’avant, à la place de Ray, soutenant Ingrid, entendit derrière lui un bruit de chute. Elior s’était laissé aller. Anaena l’imita, et Loi et Kni pesèrent plus lourdement sur les bras de Sig et de Ray.
— C’est la fin, pensa Bernard. Ne pouvant proférer un mot, il écrivit rapidement : « R.S.I. Restez ici, avec les martiens. J’irai seul de l’avant ». Ils lurent, puis Sig écrivit : « Soit ». Et ils s’assirent à leur tour.
Bernard se chargea de la gourde de 6 litres, du fulgurant et d’un revolver et partit seul.
Au bout de peu de temps, cette solitude, lui pesa. Mourir pour mourir, autant mourir ensemble. Mais, par un sursaut d’énergie, il vainquit son envie de retourner en arrière : il était maintenant le seul espoir de leur petit groupe, il ne voulait pas fléchir, il ne fléchirait pas !
Quatre heures après son départ, il eut sa première hallucination : il lui sembla entendre un bruit d’eau courante. Il s’élança, mais s’aperçut vite que le bruit reculait devant lui. Allons, pensa-t-il, c’est le début de la fin. Il continua cependant sa route, isolé dans ce tunnel aux parois polies, qu’il n’examinait même plus, isolé dans les profondeurs d’une planète étrangère. Les seuls bruits qu’il entendait maintenant, étaient celui de ses pas, sourd et lugubre, et celui de sa respiration sifflante, et la rumeur du sang dans ses tempes… Il allait toujours, automatique, poussé par un vague instinct, une vague force qui lui commandait de lutter jusqu’au bout, de continuer jusqu’à la limite de ses possibilités, au-delà même de l’espoir. Il marchait, à demi endormi, à demi rêvant, insensible au tunnel qui se modifiait, devenait plus large, marquant seulement les carrefours, pour retrouver son chemin au retour.
Soudain, il aperçut qu’il était en pleine lumière, et qu’il venait de déboucher dans une grande grotte déserte, ou, à quelque distance de lui, coulait une rivière…
Pour les autres compagnons, l’attente fut encore pire. Si les martiens, à part Anaena, étaient engourdi et quasi sans conscience, Sig, Ray et Ingrid avaient assez de force pour pouvoir penser à l’avenir. Les heures coulèrent, épouvantables. Maintes fois, ils crurent entendre des pas se rapprochant et chaque fois, ils furent déçus. Anaena s’agitait comme dans un rêve, Ingrid, le dos appuyé à la paroi, les yeux grands ouverts, contemplait le vide. De temps en temps Ray inscrivait au crayon un lambeau de phrase, auquel Sig répondait de même. Soudain, un vague sourire parut sur les traits de l’américain. Il prit son appareil, photographia la scène à la lumière de la lampe.
— Peut-être ma dernière photo, écrivit-il péniblement.
— Probable, répondit le Suédois.
Ils sombrèrent dans une demi-inconscience. Un bruit de pas tout proche les réveilla, puis une voix tonnante :
— Tacoma ! Tacoma ! Tout le monde descend de voiture.
Bernard courait vers eux, lumière dansante venue du fond de la nuit.
— L’eau ! L’eau !
Ray, Sig, Ingrid tendirent les mains vers lui. Presque brutal, il les repoussa, remplit un gobelet, et fit couler un filet d’eau dans la bouche des blessés. Il sentit des mains avides saisir la gourde sur son dos, et se retournant, il vit Anaena qui buvait au goulot, à longues gorgées.
— Assez ! Ça te ferait mal.
Il donna un peu d’eau aux terrestres et continua à soigner les blessés. Une heure après tous étaient mieux. Pour Loi, cela avait été une question d’heures. Ray, curieux par tempérament et par profession, interrogea Bernard sur son voyage de découverte.
— Oh, cela a été très simple ! J’ai marché, marché, marché. J’ai trouvé une rivière, j’ai bu, rempli la gourde, et je suis revenu.
Maintenant laissez-moi dormir.
— Il faudrait peut-être une garde ? propose Sig.
— Au diable ta garde. Tant pis. Au reste je n’ai rien vu, à… Tacoma !
— Où ça ?
— À Tacoma. C’est ainsi que j’ai baptisé la grotte à la rivière… vous expliquerai, il bâilla… plus tard.
Il bafouillait, assommé par la fatigue amoncelée qui tombait sur lui.
— B’soir, dit-il encore, puis il sombra dans le sommeil.
Il se réveilla courbatu, mais reposé, légèrement altéré. Il ralluma la lampe que par prudence ils avaient éteinte, but un peu, et chose qu’il n’avait pas faite depuis longtemps, bourra sa pipe avec volupté. Il regarda ses camarades encore endormis. Sig reposait pesamment, la tête sur son bras replié, collé au sol. Ray, lui dormait sur le dos, les genoux hauts. Ingrid et Anaena étaient côté à côté, vêtues pareillement d’une tunique brune, également belles, de même taille, et à la lumière de la lampe, il n’était guère possible de faire la différence entre la peau bronzée de l’une et le teint laiton de l’autre. La chevelure seule, cuivre chez la Suédoise, blond très pâle chez la martienne, les distinguait.