Sur un monde stérile
- Автор: Карсак Франсис
- Год: 1996
- Язык: французский
- Год: Lefrancq Claude
- ISBN: 2-87153-209-5
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Sur un monde stérile». Краткое содержание книги:
— Non. Il n’y en a aucune, sans doute, à moins que…
— À moins que quoi ?
— À moins que nous ne nous soyons trompés en croyant les rouges disparus. Allons-y voir.
— Et si d’autres « trains » arrivent ?
— Avant que les noirs ne nous aient vus, ils seront morts…
Ils s’engagèrent donc dans la grande galerie, et marchèrent longtemps sans être dérangés. Vers huit heures du soir, comme la fatigue commençait à se faire sentir, ils dormirent dans une niche creusée à environ 5 mètres du sol, où ils grimpèrent facilement en s’aidant d’un grappin. Bernard dormait depuis un certain temps quand il fut réveillé par un bruit de voix. Il se pencha silencieusement. Une lumière vague éclairait la galerie, et, à quelque distance d’eux, une plate-forme était stoppée. Elle était vide de machines et occupées seulement par une dizaine de martiens noirs qui parlaient entre eux. Dans un coin de la plateforme, quelque chose s’agitait péniblement dans la pénombre. Un des noirs se pencha, et une vive lumière jaillit, éclairant les recoins du wagon. Bernard vit avec stupeur que ce qui remuait faiblement, c’étaient cinq prisonniers, des martiens rouges… Rapidement, son plan fut fait. Il fallait les délivrer. Il éveilla ses compagnons, et à voix très basse, les mit au courant. Sans mots inutiles ni gestes superflus, lui et Sig mirent leurs revolvers à la disposition de Ray, le meilleur tireur de loin pour cette arme.
— Combien dis-tu qu’ils sont ? Dix à vingt mètres ? Well, ils sont morts. J’ai trois fois 14 coups à tirer.
Il rampa jusqu’à l’ouverture, et se pencha. Tous retenaient leur souffle. Alors, assourdissants, claquèrent les coups de feu. Bernard compta machinalement : il y en eut 13. Ray se retourna flegmatique.
— C’est fait.
Ils se ruèrent à l’assaut de la plate-forme. Il n’y eut aucune résistance. Les noirs étaient morts, sauf un qui était blessé et dont les yeux étincelaient de rage impuissante. Anaena prit un revolver des mains de Sig et l’acheva froidement.
— Les morts ne mordent pas, dit-elle en guise de commentaire.
Ce fut si rapidement fait qu’ils n’eurent pas le temps de réagir.
Bernard fut écœuré. Sig pâlit et Ray émit un énergique et désapprobatif My God. Ingrid détourna la tête. Les martiens approuvaient visiblement.
Après quelques tâtonnements, ils mirent la plate-forme en marche. Ils détachèrent les captifs. Kni tenta d’entrer en relations avec le peu qu’il savait du dialecte rouge, mais les autres ne comprirent pas. Elior conduisait.
— Kni, Anaena, mettez-vous à l’avant avec nos « rôtissoires » en batterie, demanda Bernard. Je crois que c’est plus prudent. Nous ignorons où nous allons !
Le véhicule roula pendant à peu près une demi-heure, à grande vitesse sans rencontrer d’obstacles. À bord tous veillaient, tendus, tâchant de percer l’ombre à l’extrême portée de la lumière des phares. Les rouges s’étaient massés dans un coin et avaient l’air de discuter avec animation. De brèves syllabes sifflantes s’échappaient de leurs bouches sans lèvres. À la fin de la demi-heure, ils aperçurent au loin un autre wagon immobile. Elior freina. Leur propre véhicule stoppa à 500 mètres. Kni et Anaena, ainsi que Loi préparaient leurs « rôtissoires » quand Sig leur fit signe de ne pas tirer. Rien ne bougeait en effet. Ils attendirent quelques minutes, puis se remirent en marche, à allure lente. L’autre wagon était désert ; derrière lui, aussi loin que s’étendait la lumière de leur phare, ils virent une file de véhicules identiques, immobiles et vides.
— Bon pensa tout haut Bernard. Nous voici à la gare. Où est la sortie ?
Ils se glissèrent le long de la file de wagons, armes prêtes suivis des rouges. Mais bientôt un de ceux-ci saisit le bras de Bernard entre ses trois doigts durs, comme métalliques, et de son autre bras indiqua une petite galerie qui s’ouvrit à gauche. Ils hésitèrent un instant. Devant eux s’étendait un débarcadère avec des engins de levage semblables à des grues terrestres, mais plus graciles. Tout était sombre et désert. Les noirs devaient se croire absolument en sécurité. Quelques piles de caisses métalliques, emplies de petits obus à ailettes se dressaient çà et là.
— C’est bien la guerre, dit Sig.
Personne ne lui répondit. Il se retourna et vit, assez loin, la troupe qui s’éloignait vers la petite galerie sous la conduite des rouges. En quelques bonds il les rejoignit, et, lui formant l’arrière-garde, ils s’enfoncèrent sous la voûte. Ils marchèrent quelques mètres, tournèrent à gauche, puis à droite. Alors ils entendirent une rumeur confuse, faite de détonations, de cris, de crépitements.
— Qu’est-ce donc ? demanda Ingrid.
— Je n’en sais rien, lui répondit son frère. Avançons, nous verrons bien.
Petit à petit, la rumeur crût, au point qu’ils furent obligés de crier pour se faire entendre. Les rouges couraient maintenant et avaient l’air fiévreux. Ils les suivirent ; une lueur apparut, au bout du tunnel, devint de plus en plus éclatante, et ils se trouvèrent sur une corniche, à mi-hauteur d’une falaise qui limitait une immense caverne.
Au premier abord, éblouis, ils ne virent rien. Puis leurs yeux s’habituèrent à la lumière, et ils virent la scène dans ses moindres détails. Contrairement à ce qui se passait dans les autres cavernes, les détails étaient nets, non noyés dans la brume. Ils surplombaient un vaste espace plat où une furieuse bataille se déroulait. D’un côté une armée de martiens rouges, située à l’opposée d’eux, se défendait énergiquement contre un nombre bien supérieur de martiens noirs, appuyés par leurs crabes et par une sorte d’artillerie faite de canons de très gros calibre, à tube court. Les rouges, eux, n’avaient qu’un petit nombre de machines analogues aux kryoxi, et employaient des engins utilisant la force centrifuge et lançant des projectiles discoïdes ; ils planaient assez longtemps dans l’air et tombaient sans bruit. Là où ils touchaient le sol une flamme blanche s’élevait, silencieuse, et toute vie cessait dans un rayon de vingt mètres. Pour le moment, les rouges avaient nettement le désavantage. Leur troupe était presque coupée en deux, et ils étaient acculés à une paroi sans issue. Les noirs les accablaient de projectiles, et se gardaient bien d’entrer en corps à corps, où la force décuplée des rouges, et leurs mandibules tranchantes les auraient vite avantagées.
Les martiens rouges que l’expédition avait délivrés semblaient atterrés. Sig dit alors :
— Nous avons une position excellente pour intervenir. Nous allons mettre les fulgurants en batterie. Je pense que l’armée noire proprement dite est hors de portée, mais leurs canons sont à moins de 150 mètres de nous. Kni et Elior étaient déjà couchés sur le bord, visant. Anaena et Loi les imitèrent. Au signal, les quatre fulgurants crachèrent. Ce fut en plus petit la répétition du combat avec les crabes : jet de flamme, étoiles vertes tombées parmi les batteries noires. Bernard vit avec ahurissement un canon à proximité des points de chute rougir et se liquéfier comme du beurre à la chaleur. Il y eut un moment de désarroi chez les noirs. Mais rapidement quelques artilleurs s’employèrent à retourner un canon parmi les plus éloignés.
— Vite, cria Bernard. Ou nous sommes fichus !
À nouveau, les fulgurants fonctionnèrent. Au même moment, le canon tira. L’obus-fusée, assez, lent, se dirigeait nettement vers eux. Ils bondirent en arrière. Il y eut une détonation terrible, et ils furent culbutés, roulés et meurtris, parmi un fracas d’éboulement. Ils lâchèrent leurs lampes qui s’éteignirent.
Chapitre VI