Colonie 1 [Colony - fr]
- Автор: Бова Бен
- Серия: Chet Kinsman (fr) #3
- Год: 1980
- Язык: французский
- Год: J'AI LU
- ISBN: 2-277-21028-5
- Переводчик: Michel Deutsch
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Colonie 1 [Colony - fr]». Краткое содержание книги:
Loin de la Terre, Île◦Un — riche et heureuse colonie spatiale, d’une technologie si avancée qu’un homme y a été « créé » en laboratoire : David Adams. Beauté d’archange, intelligence souveraine.
Pourtant cet être « invulnérable » s’est épris d’une journaliste de passage, la belle Evelyn Hall... et veut la retrouver.
Tout comme il veut, parce qu’il se sent solidaire des hommes, sauver la Terre qu’une guerre bactériologique menace et dont le Gouvernement mondial vacille…
Bravant l’interdiction de quitter Île◦Un, David se lance dans le plus fantastique des voyages, passager clandestin d’astronefs en fusées, traqué de satellites en planètes…
N’arrivera-t-il pas trop tard sur une Terre où déjà règnent la violence et l’anarchie ? Londres brûle, on se bat dans New York…
Le secrétaire entra silencieusement. On n’entendit que le déclic de la serrure de la porte.
— Ils viennent d’appeler, annonça-t-il. Ils sont d’accord pour qu’il monte à bord. Il sera là dans cinq minutes.
Le directeur remercia son assistant d’un signe de tête.
— Ainsi, les diplomates se sont entendus sur le protocole. C’est déjà un premier pas.
L’Éthiopien sourit — dents blanches sur peau d’ébène.
— Le précédent a été établi depuis longtemps. Nous sommes sur un territoire appartenant au Gouvernement mondial. Donc, vous êtes la puissance invitante. Donc, c’est à lui de se déranger. Mais le dîner aura lieu dans son avion et c’est vous qui devrez vous déplacer.
De Paolo haussa les épaules.
— Quels enfantillages !
Le secrétaire s’éclipsa et le directeur attendit. Combien de kilomètres chacun de nous deux a-t-il franchis pour être au rendez-vous ? Six mille cinq cents ? Sept mille ? Comment les diplomates s’en seraient-ils tirés s’il n’y avait pas eu un endroit presque équidistant de Messine et de Buenos Aires ?
On frappa discrètement et avant même que De Paolo ait eu le temps de faire autre chose que de lever la tête, le secrétaire ouvrit et annonça :
— Le colonel César Villanova, Votre Excellence.
Le directeur se mit debout. Le poids de ses quatre-vingts ans raidissait son dos et ses jambes.
Villanova entra avec circonspection dans le compartiment exigu en jetant un coup d’œil à la ronde comme un chat pénétrant dans un environnement qui ne lui est pas familier.
Il ne ressemblait absolument pas à l’idée que De Paolo s’était faite de lui. Il était grand mais il avait la solide carrure d’un travailleur manuel. Le nez en bec d’aigle d’un Indien des Andes, des mains rugueuses et calleuses. Pourtant, sa voix avait, une douceur presque féminine quand il dit en espagnol — un espagnol fleurant les montagnes et les pâturages :
— Je suis honoré, señor director.
Ce n’est pas un homme des villes, songea De Paolo.
— Tout l’honneur est pour moi, répondit le vieil homme. Vous avez été très aimable d’accepter cette rencontre avec si peu d’hésitation.
Villanova secoua presque imperceptiblement le menton. Ses yeux étaient gris clair, son épaisse toison gris acier. Son uniforme vert ne faisait pas un pli.
— Mais asseyez-vous donc, reprit De Paolo en lui indiquant le fauteuil de plastique garni de coussins. Euh… mon chef du protocole ne sait pas très bien comment il convient que je m’adresse à vous. Nous savons que vous aviez le grade de colonel de l’armée chilienne il y a quelques années. Mais à présent… Avez-vous choisi un titre en tant que chef du gouvernement argentin ?
Villanova secoua la tête.
— Je ne suis pas un administrateur, Excellence, je ne suis qu’un soldat. Je ne veux pas commettre la déplorable erreur qu’a commise Bolivar.
— Vous avez quand même repris son surnom.
— C’est ma seule vanité, répliqua l’autre avec un léger sourire, presque comme s’il se sentait confus. L’unique titre que je convoite est celui d’El Libertador.
— Je comprends.
Villanova hocha à nouveau la tête.
— Voudriez-vous boire ou manger quelque chose ?
— Non, merci.
De Paolo considéra un instant son visiteur. D’après son dossier, il a cinquante-deux ans mais il ne les fait pas.
— Je serais désireux de connaître l’objet de cette rencontre, Excellence. Mes conseillers m’ont dit que vous l’avez personnellement souhaitée. (Il sourit mais, cette fois, avec ironie.) Certains de mes amis m’ont avisé de ne pas me rendre à votre invitation. Ils craignent un piège.
De Paolo lui rendit son sourire.
— Un piège très raffiné. Je désire capturer votre cœur.
El Libertador haussa les sourcils.
— J’ai voulu, poursuivit le directeur du Gouvernement mondial, j’ai voulu vous rencontrer en personne afin de vous demander en toute sincérité de rejoindre le Gouvernement mondial.
— Mais c’est impossible.
— Pourquoi donc ? Vous êtes le chef d’une grande nation. Or, tous les pays sans exception sont affiliés au G.M. Pourquoi en irait-il autrement de l’Argentine ? Aussi, je vous suggère d’adhérer à notre organisation comme l’a fait votre prédécesseur.
— L’une des raisons pour lesquelles nous avons renversé le précédent gouvernement était qu’il prenait ses ordres à Messine, rétorqua Villanova d’une voix égale.
— Des ordres ? Écoutez…
— Et qu’il versait des impôts au Gouvernement mondial. De lourds impôts qui auraient été mieux utilisés à alléger le sort des pauvres de ce pays.
— Allons donc ! Les impôts que vous versez au Gouvernement mondial représentent une somme inférieure à ce que vous coûtait votre budget militaire avant que nous ayons proclamé le désarmement.
— Cela remonte à bien des années. Les impôts que nous vous payons, nous vous les payons aujourd’hui. Cette année. Les enfants qui meurent de faim meurent aujourd’hui !
— Mais nous expédions des vivres aux pays nécessiteux. Nous avons des programmes…
— Dont le peuple ne voit jamais la couleur. Vos programmes engraissent les riches et les pauvres ont faim. Pourquoi croyez-vous que le peuple argentin, que tous les peuples du monde sont prêts à rallier El Libertador ? Parce qu’ils affectionnent le Gouvernement mondial ? Parce qu’ils sont heureux avec lui ?
De Paolo réfléchit quelques secondes avant de répondre sans hâte :
— Pourquoi, dans ce cas, ne pas nous rejoindre et prendre vous-même la direction de nos programmes d’assistance ?
Villanova rejeta la tête en arrière et tressaillit comme s’il avait reçu une décharge électrique.
— C’est… c’est une offre très généreuse.
— Que je vous fais du fond du cœur.
— Mais, je vous le répète, je suis un soldat, pas un administrateur. Derrière un bureau, je serais perdu.
— Vous êtes un chef. D’autres peuvent se charger des tâches administratives. Vous seriez l’inspirateur.
— Et qui sera mon patron ? fit Villanova après une longue pause.
De Paolo haussa les épaules.
— Le Gouvernement mondial, naturellement.
— C’est-à-dire les mêmes hommes sans visage qui le dirigent actuellement, les mêmes hommes qui laissent les villages s’installer dans la famine et les grandes villes pourrir sur pied.
— Nous essayons…
— Mais vous avez échoué.
— Nous n’échouerions pas si vous coopériez avec nous, riposta De Paolo en haussant le ton. Vous et vos protecteurs.
— Quels protecteurs ? Je n’ai d’autre appui que les pauvres et les affamés.
De Paolo agita la main pour l’interrompre.
— Soyons sérieux, señor. Est-ce une coïncidence si la sécheresse qui a ravagé la province productrice de bétail s’est brusquement évanouie à partir de l’instant où vous avez mis le nouveau gouvernement en place ? Est-ce une coïncidence si l’on a découvert que les réservoirs alimentant Santiago étaient à tel point pollués par les bactéries que la capitale du Chili est désormais obligée d’acheter son eau potable à l’Argentine ?