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Colonie 1 [Colony - fr]

Электронная книга - «Colonie 1 [Colony - fr]». Краткое содержание книги:

En l’an 2008…
Loin de la Terre, Île◦Un — riche et heureuse colonie spatiale, d’une technologie si avancée qu’un homme y a été « créé » en laboratoire : David Adams. Beauté d’archange, intelligence souveraine.
Pourtant cet être « invulnérable » s’est épris d’une journaliste de passage, la belle Evelyn Hall... et veut la retrouver.
Tout comme il veut, parce qu’il se sent solidaire des hommes, sauver la Terre qu’une guerre bactériologique menace et dont le Gouvernement mondial vacille…
Bravant l’interdiction de quitter Île◦Un, David se lance dans le plus fantastique des voyages, passager clandestin d’astronefs en fusées, traqué de satellites en planètes…
N’arrivera-t-il pas trop tard sur une Terre où déjà règnent la violence et l’anarchie ? Londres brûle, on se bat dans New York…
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— Vous l’avez expulsée de la colonie !

— Absolument pas, répliqua Cobb avec force. Je voulais qu’elle reste, bien au contraire. La Terre est le dernier endroit où je souhaite la voir. Elle devait avoir des autorisations falsifiées. Bref, elle a filé.

— Je ne vous crois pas ! cria David. Vous l’avez flanquée à la porte et vous me retenez prisonnier. Vous l’avez chassée pour l’éloigner de moi parce qu’elle commençait à m’ouvrir les yeux sur ce que vous faites ici, sur le directoire, sur cette situation odieuse !

Oui, tes yeux sont en train de s’ouvrir, songea Cobb avec lassitude. Mais pourquoi faut-il toujours que ce soit aussi douloureux ?

— Écoute-moi, mon garçon. Je n’ai pas…

— Non ! Je ne vous écoute plus, c’est fini. Et je… je m’évaderai de cette prison !

Cobb se mit lentement debout. Ses mains tremblaient imperceptiblement.

— Tu sais très bien que tu ne peux pas quitter Île Un, David. Même si je t’y autorisais, le directoire ne le permettrait jamais. Ce serait la mobilisation générale. Tout l’argent et tous les efforts que tu as coûtés… tu es trop précieux pour prendre un tel risque. La Terre est trop dangereuse pour toi. Tu ne survivrais pas.

— J’irai ! vociféra David. Je ne sais pas encore comment mais j’irai d’une manière ou d’une autre !

Il pivota sur lui-même et sortit en trombe. Il n’y avait plus, maintenant, dans la pièce qu’un vieillard tremblant, seul au milieu d’un bureau vide — luxueux avec ses divans bas, ses fauteuils sculptés, le bourdonnement des conditionneurs d’air qui assuraient une climatisation parfaite.

Totalement seul.

Un sourire se forma insensiblement sur le visage couturé du vieil homme. Un sourire triste — mais quand même un sourire.

Bonne chance, fils, souhaita-t-il en silence au garçon.

10

Ai passé la journée pendu au téléphone pour essayer de trouver du travail. Chou blanc sur toute la ligne. Il n’y a pas d’emplois pour un type de vingt ans qui a vécu toute sa vie dans une ferme, c’est clair et de bon goût. Je sais réparer les machines, programmer un ordinateur commercial, soigner les bêtes et j’ai même quelques notions de médecine vétérinaire. Mais cela n’intéresse personne. Je n’ai pas les bons diplômes. Ils regardent les fiches signalétiques, pas les gens.

Les représentants de l’aide sociale sont venus voir papa et maman, et au moins cinq partis politiques différents ont téléphoné. C’était chaque fois préenregistré. J’ai même été sollicité par une association qui recrute paraît-il des gens pour les envoyer en Amérique latine combattre les guérilleros qui sapent les gouvernements locaux régulièrement élus.

Je ne sais ni quoi faire ni où aller. L’idée de quitter la ferme me désole mais il faudra qu’on ait déguerpi avant la fin du mois.

Journal intime de William Palmquist.

Ils galopaient le long d’un des anciens canaux rayonnants du lointain Euphrate. Denny n’était pas un novice en matière d’équitation et Bahjat montait comme si elle était née sur un pur-sang arabe, vive comme l’éclair, gracieuse et ne faisant qu’un avec son cheval blanc à la robe luisante.

Aux oliviers avaient succédé les champs où pointaient les premières pousses vertes. Ils galopaient, hors d’haleine, libres comme le vent. Au-dessus de leur tête, le ciel éblouissant était une coupole d’or martelé et le canal miroitait au soleil.

Très haut dans l’azur, un hélicoptère peint aux couleurs hachémites — noir et rouge — vrombissait, si haut qu’il n’était pas plus gros qu’un grain de poussière que les deux cavaliers ne remarquaient même pas. Le pilote les observait grâce aux jumelles électro-optiques à ultra-grossissement intégrées à son casque. Ce qu’il voyait n’était pas d’un intérêt passionnant. La fille du cheik galopant comme une perdue au plus fort de la chaleur en compagnie de l’Ah-reesh, cet indésirable, qui avait bien du mal à ne pas se laisser distancer. Ils venaient de passer le bois des Cendres et étaient maintenant en train de contourner un groupe de branlantes masures de paysans. Le canal qu’ils suivaient était un fossé rempli d’une eau bourbeuse d’un brun grisâtre. C’était utile mais laid.

Sa monture réagit avec ardeur quand Denny la lança en avant, mais Bahjat, son épaisse chevelure noire flottant sur ses épaules, gardait une longueur d’avance. Elle se retourna et éclata de rire.

Soudain, abandonnant le chemin qui bordait le canal, elle s’élança en suivant la lisière d’un champ cultivé en direction des ruines qui se dressaient sur une hauteur et Denny la suivit.

Elle arrêta son cheval à l’ombre fraîche d’une massive voûte de pierre, la seule partie encore intacte du vieil édifice. De part et d’autre, les murs s’étaient écroulés. Denny tira sur les rênes et son cheval obéit en renâclant.

— Il veut encore courir, lui cria Bahjat. Il n’a pas envie de se reposer.

— Moi si, répondit McCormick en mettant pied à terre avec satisfaction.

— Vous montez bien.

— Pas aussi bien que vous.

— Oh ! Nous sommes de vieux amis, Sinbad et moi. Cela fait des années qu’on trotte tous les deux.

Le cheval secoua la tête comme pour approuver.

— Sinbad, répéta Denny. Vous avez l’air d’aimer les noms des héros des Contes des Mille et Une Nuits.

— Et comment ! Et de tous, c’est encore celui de Shéhérazade que je préfère.

Il lui sourit.

— Vous n’êtes pas la seule. C’est le pseudonyme qu’a adopté une des fanatiques du F.R.P.

— Vraiment ?

— C’est d’ailleurs sans doute elle qui a donné l’ordre qu’on m’assassine.

— Oh non, rétorqua vivement Bahjat. Je ne la vois pas du tout faire ça. Comment pourrait-elle souhaiter la mort d’un homme tel que vous ? Elle a sûrement été furieuse quand elle a appris que ses amis avaient pris sur eux de vous agresser.

— Tiens donc ! grommela Denny en faisant la moue.

Ils attachèrent les bêtes à côté d’une plaque d’herbe pelée et les dessellèrent. La terre était sablonneuse et sèche, aride, mais un vieil arbre noueux couvert de feuilles avait réussi à faire son trou au milieu des décombres et tous deux s’installèrent sous son ombre avec leurs provisions. Bahjat sortit des sacoches des sandwiches, du thé glacé et ils se restaurèrent sans hâte. À un moment donné, Denny crut entendre un lointain bourdonnement d’hélicoptère mais, à part cela, la solitude était telle qu’ils auraient aussi bien pu être au cœur du désert.

Il considéra soudain le sandwich qu’il mâchonnait, puis regarda Bahjat et se mit à rire. Lisant une muette interrogation dans les yeux de la jeune fille, il leva le bras et dit en lui montrant son poignet :

— Regardez. Je peux téléphoner à n’importe quelle bibliothèque de la Terre pour qu’un ordinateur nous lise des poèmes, n’est-ce pas ?

— Oui, fit-elle d’une voix hésitante, sans comprendre.

— Allons-y. (Il tapota sur les touches de son communicateur.) Un livre de vers sous la ramure… (il désigna l’arbre du doigt)…, un pain, une cruche de vin…

— C’est d’Omar al Khayyam. Un poète perse qui mourut en disgrâce. C’était un ivrogne.

— Mais un sacré poète !

— Nous n’avons pas de vin, railla Bahjat.

— Qu’est-ce que cela fait ? L’important, c’est la suite : « Et Toi à mon côté qui chantes dans le désert… »

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