La nuit des longs couteaux
- Автор: Галло Макс
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «La nuit des longs couteaux». Краткое содержание книги:
Cette purge permit au chancelier Adolf Hitler de briser définitivement toute velléité d'indépendance de la SA, débarrassant ainsi le mouvement nazi de son aile populiste qui souhaitait que la révolution politique soit suivie par une révolution sociale. De ce fait, elle rassura la Reichswehr, les milieux conservateurs traditionnels, les grands financiers et industriels, principalement issus de la bourgeoisie prussienne et hostiles à des réformes sociales de grande ampleur, tout en créant un climat de terreur vis-à-vis de tous les opposants au régime.
C'est le soleil d'ahord. Puis la foule des officiels italiens, puis Mussolini en grand uniforme, les diplomates, les Squadre fascistes. Le petit groupe des Allemands fait piètre figure. Hitler dans ses vêtements mal coupés paraît encore plus tassé, plus emprunté. Il marche vers Mussolini, lui serre la main avec respect. Le Duce, la poitrine bombée, condescendant, souriant, montre Venise, ruisselante de lumière, Venise dans sa beauté éclatante et séculaire et qu'un printemps léger paraît rendre encore plus étrangère au temps. L'ambassadeur d'Allemagne, von Hassel, salue le Führer, il est de ceux qui ont fait comprendre au Duce qu'il fallait inciter Hitler à remettre de l'ordre dans les rangs tumultueux de la Sturmabteilung.
Bientôt Mussolini et Hitler embarquent dans un bateau à moteur escorté d'une flottille, et les embarcations, au milieu des hululements des sirènes, des cris de la foule, s'engagent dans la lagune ; des torpilleurs où les uniformes des marins tracent des lignes blanches rendent les honneurs aux deux chefs de gouvernement. Puis c'est l'eau noirâtre du Grand Canal, les gondoles fleuries, le Palais des Doges, le Grand Hôtel où va descendre le Führer, la villa Pisani Di Stra où Hitler et Mussolini se retrouvent pour une longue conversation en tête à tête de deux heures. Le Duce a-t-il parlé de Rœhm ? Les diplomates italiens observent le Führer : « Physiquement il a l'aspect très boche, mais quelque chose dans les yeux qui exprime la profondeur de pensée », note le baron Aloisi.
Le soir de cette première visite de Hitler à l'étranger, un grand concert est donné au Palais des Doges « Décor et lustres merveilleux, raconte un diplomate, mais organisation médiocre. De plus, la foule a acclamé le Duce durant tout le concert ce qui produisait une violente cacophonie. La popularité du Duce est immence ». Le Führer, avec un sourire crispé, regarde ces démonstrations désordonnées où l'on semble l'ignorer. Vendredi 15 juin, foules délirantes autour du Führer et du Duce, 70 000 personnes sur la place San Marco, bal à l’Excelsior en l'honneur du chancelier allemand. Samedi 16 juin, au matin, c'est le départ. Le hangar où le Immelmann du Führer est rangé, est décoré aux couleurs italiennes et allemandes, la croix gammée et les faisceaux fascistes s'entremêlent les fanfares jouent puis à 7 h 50, c'est le décollage et deux heures plus tard, les deux avions allemands atterrissent sur l'aéroport de Munich-Oberwiesenfeld. Ici aussi des fanfares, le Deutschland über alles et comme à l'habitude la Badenweilermarsch, la marche préférée de Hitler.
Le Führer semble fatigué, nerveux, un peu déçu : les cris allaient vers le Duce, seigneur tout-puissant d'un pays en ordre. Lui, il n'est apparu que comme un comparse, encore mal assuré. Les conseils de Mussolini — car le Duce a parlé — l'ont irrité. Maintenant, cependant que la voiture roule vers Munich sur la large route au milieu des prés, Hitler sait qu'il retrouve avec l'Allemagne toutes les questions en suspens. Et il sait aussi qu'on le guette.
A Berlin, Heydrich communique déjà à Gœring que le Duce a effectivement dit au Führer qu'il lui fallait rétablir l'ordre sur tout le parti, sur les S.A. Le Duce a évoqué son exemple personnel, les années 24. Alors il a su faire plier les anciens squadristi. L'ordre dans un Etat totalitaire est nécessaire, l'ordre et l'obéissance de tous au Chef. Comment Hitler a-t-il reçu cette nouvelle pression ?
Dans à peine deux semaines les S.A. vont partir pour leur long congé d'un mois. Il faudrait frapper avant Hitler se décidera-t-il à temps ?
3
SAMEDI 30 JUIN 1934 Route de Godesberg à Bonn-Hangelar.
1 heure 30 (dimanche 17 juin 1934)
AGIR VITE
Samedi 30 juin, 1 h. 30. Ce sont déjà les premières maisons de Bonn : les phares éclairent des volets clos et des arbres dont les branches légèrement inclinées par le vent se dessinent sur les murs de ces habitations cossues, villas résidentielles situées loin des fumées de la Ruhr. Les deux motocyclistes ont attendu les voitures à l'entrée de la ville et maintenant qu'elles apparaissent ils démarrent, faisant résonner leurs moteurs dans les rues des quartiers périphériques désertes comme celles d'un village. L'aéroport de Bonn-Hangelar n'est plus qu'à quelques minutes de voiture : à chaque tour de roue le choix de Hitler devient de plus en plus l'inéluctable destin de cette ville, de ce pays qui, profondément, reposent dans cette courte et légère dernière nuit de juin.
Au bord du lac de Tegernsee, l'air est plus vif que dans la vallée du Rhin. Des voitures officielles viennent de quitter la pension Hanselbauer où, comme chaque soir, il y a eu des réunions, des chants. Les chefs S.A. ont bu gaiement. La nuit maintenant est tranquille et déjà sa zone sombre semble être dépassée. L'obscurité doit régresser peu à peu, la dernière section de la garde personnelle de Rœhm qui a veillé jusqu'au départ des convives embarque dans le camion bâché. Le chef d'Etat-major Ernst Rœhm n'a plus rien à craindre de cette nuit qui n'a plus que quelques heures à durer. Bad Wiessee est calme. Seul le bruit du camion qui s'éloigne couvre le froissement du vent et des vagues.
Les voitures ont contourné Bonn par le nord, évitant le centre, abandonnant les bords du Rhin ; passant devant l'ancien château des Electeurs dont l'ombre lourde et massive semble accrocher la nuit ; droit devant, la Poppelsdorfer Allée s'enfonce dans la ville et l'on distingue malgré le faible éclairage les quatre rangées de marronniers d'Inde qui la bordent Les chauffeurs ont ralenti, mais à nouveau ils accélèrent... parce qu'il faut faire vite, parce que le Führer a hâte de rejoindre l'avion qui attend, hâte d'en finir avec ce mois, hâte d'en finir avec les hésitations qui, après son retour de Venise, n'ont pas cessé de le hanter.
LES INQUIETUDES DE HITLER
Au contraire il semble même qu'elles aient augmenté malgré les conseils de Mussolini. Les journaux allemands sont pourtant pleins en ces vendredi et samedi 15 et 16 juin d'articles sur l'importance de la rencontre du Duce et du Führer, mais Hitler reste inquiet. Tous ceux qui le rencontrent notent sa nervosité. Rentré le 16, Hitler s'installe à Munich à la Maison Brune. Là, il se fait longuement commenter le procès des meurtriers de Horst Wessel. Ce S.A. est devenu un symbole du nouveau régime : la jeunesse nazie chante le Horst Wessel Lied et les opposants, à l'étranger, affirment que Horst Wessel n'a pas été abattu, comme l'affirment ses camarades, dans une bataille avec des communistes mais au terme d'une querelle de souteneurs. Ce qui est sûr, c'est qu'un soir de janvier 1930, des hommes ont tué Horst Wessel chez lui, au n° 62, Grosse Frankfurt Strasse. Aujourd'hui deux d'entre eux, Sally Epstein, 27 ans, et Hans Ziegler, 32 ans, sont jugés. Le meurtrier Höller a déjà été liquidé par les S.A. et d'autres accusés sont en fuite. Hitler se réjouit. Le 15 juin, le jugement a été rendu et Epstein et Ziegler ont été condamnés à mort. Mais il demeure insatisfait. Les journaux n'ont pas assez insisté sur la machination internationale qui fait de Horst Wessel un souteneur. C'est l'honneur du régime, l'honneur des S.A. qui est en cause. Et ainsi ce procès ramène Hitler à ses préoccupations. Quand on lui annonce que ce même vendredi 15 juin, André François-Poncet vient de quitter Berlin pour passer deux semaines à Paris, il s'étonne, s'inquiète : la période est précoce pour des vacances d'été. Ce départ ne confirme-t-il pas les rumeurs qui courent sur le rôle de François-Poncet, instigateur d'un complot qui lierait ensemble les chefs S.A., les généraux Schleicher et Bredow, et l'ambassade de France ? François-Poncet habile comme à son habitude ne quitterait-il pas Berlin au moment où ses alliés s'apprêtent à frapper ?