Dictionnaire amoureux de San-Antonio
- Автор: Bouhier Éric
- Год: 2017
- Язык: французский
- Год: Éditions Plon
- ISBN: 978-2259243421
- Жанр: Путеводители
Электронная книга - «Dictionnaire amoureux de San-Antonio». Краткое содержание книги:
Ce dictionnaire tente d'éveiller la curiosité sur l'homme et les aspects riches de sa création littéraire unique. Comment évoquer avec amour le si prolifique Frédéric Dard ? Devant l'ampleur de la tâche, le plus simple était de faire comme l'auteur : tous les matins, afficher une page blanche, surmonter l'angoisse et laisser place à l'imagination désordonnée. Avec une idée forte que San-Antonio semblait me souffler à l'oreille : « Faut qu'on le capte bien, le grand, qu'on s'imprègne à fond de lui, qu'on pige son beau talent, […] et puis, tu comprends : qu'on ait envie de le choper par le cou pour l'accolade de la tendresse, histoire de bien se sentir un homme auprès de cet homme-là. »
Biographie de l'auteur
Médecin, publicitaire, muséographe, enseignant et écrivain depuis dix ans, Éric Bouhier a une véritable passion pour l'œuvre de San-Antonio. L'écriture de ce dictionnaire amoureux est l'aboutissement d'une lecture assidue depuis l'adolescence et d'un travail de recherche mené ces vingt dernières années avec des proches de Frédéric Dard et des membres d'une association dédiée à entretenir la mémoire de l'écrivain.
Je pourrais raconter sa rencontre avec Charles Aznavour, lors de la création au Châtelet, en 1965, de Monsieur Carnaval, dont Frédéric a écrit le livret. Évoquer comment il l’a réconcilié avec Guétary qui s’était senti dépossédé de « La Bohème », créée pour l’occasion, parler des bons moments qu’ils passèrent ensemble en Suisse ou dans la villa des grands-parents de Françoise, au Cap d’Antibes, dire combien Frédéric s’était reconnu dans « Je m’voyais déjà », renvoyer à la dédicace qu’il lui adressa dans Le Cri du morpion : À Charles Aznavour, le King de la scène et de l’amitié, affectueusement. SAN-A. Puis, incidemment, au beau milieu d’un San-Antonio, j’ai retrouvé ce témoignage de Frédéric qui dit autre chose, et en même temps un peu de tout cela : Je vois Charles, souvent je bouffe avec lui, des fois il fait lui-même sa tambouille arménoche. Il paraît content, se dit heureux. Il se raconte. Il fourmille de projets. Il aime la vie. Et puis, au moment de le quitter, je sais pas si c’est de l’illuse, mais je crois surprendre comme une lueur vacillante dans ses petits yeux ronds, à l’Aznavoche. Drôlement fugace. Un éclat. Un simple éclat qui vient des profondeurs. De cet endroit pas racontable et plein de secrète vigilance où l’homme veille l’homme. Et c’est juste à cause de ce petit éclat dont il ne sait probablement rien qu’il est mon ami. Pour une lueur, une minuscule lueur d’âme. Souvent, Frédéric renvoie à lui-même quand il évoque un de ses amis !
Frédéric est tout heureux au volant de sa nouvelle Panhard Dyna Z. Il revient d’une entrevue avec Armand de Caro, à son domicile, ce qui n’est pas coutume. Son éditeur a tenu à lui annoncer qu’il préparait une belle fête pour le premier San-Antonio ayant dépassé les 100 000 exemplaires. Frédéric n’en sait pas plus, mais l’enthousiasme du bonhomme et la présence de sa fille, déjà entrevue, une gamine rayonnante de mystère, l’ont mis en joie. En sortant, il s’est arrêté Aux produits de France et a acheté un énorme paquet de nougats de Montélimar, de calissons d’Aix, de berlingots de Carpentras, de bêtises de Cambrai, qu’il se promet d’offrir à la môme pour son anniversaire. Il vient de dépasser Poissy, le beau temps se met de la partie, tous les soucis de la semaine se sont envolés. Un air lui vient en tête, qu’il se met à fredonner, la chanson qui lui a donné définitivement envie de « monter à la capitale », « Revoir Paris » :
Ah, Trenet ! Le choc de son adolescence. Frédéric, bercé par les romances chantées à tue-tête par son père, ne connaît que les chansons roucoulantes des Reda Caire, Mayol, Dranem ou Berthe Sylva, où l’on chante en roulant les « r » parce qu’on… ne sait pas faire autrement. Puis Trenet est venu et ça a été brusquement le printemps. Le renouveau. Tout commençait avec lui. Frédéric se revoit rentrer dans sa loge. C’était pendant la guerre, au soir d’un concert au Pathé-Palace de Lyon. Frédéric est devenu journaliste en titre au Mois à Lyon et a exhibé sa carte de presse en guise de sésame. Il est à peine entré qu’une nuée de beaux gosses entourant l’artiste se moquent du provincial mal fagoté qu’il est. À Trenet, il n’a guère le temps de dire que Bonjour, bravo… et au revoir, avant de tourner les talons, la gorge serrée et le cœur au bord des larmes. Il en rit encore !
La ferme que Frédéric a retapée près de Fribourg s’appelle L’Eau Vive. Ce nom a-t-il un rapport avec la chanson de Guy Béart qui, tout à son admiration, le reçut à une époque dans son émission de télévision : « Bienvenue chez Guy Béart » ?
Quelques centaines de privilégiés assistent ce soir-là à un des concerts les plus émouvants qui aient eu lieu à l’Olympia, le dernier de Jacques Brel, en pleine gloire. C’est le 26 octobre 1966. Près de la scène, Georges Guétary et Frédéric n’en perdent pas une miette. Avec la complicité de Bruno Coquatrix, les deux hommes se dirigent vers la loge de l’artiste quand les derniers interminables rappels se sont enfin tus. Ils ne sont pas les seuls admirateurs. Au moment où Frédéric voit Brel, il lui adresse quelques mots convenus, les seuls audibles dans la bousculade : tu es génial, ceci, cela. À quoi Brel, dans son grand sourire plein de dents, répond : « Non, Fred, belge ! »
Espoir