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Angélique et son amour Part 2

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Angélique et son amour Part 2
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Le corps d'Honorine était écorché par le sel de la mer. Sa peau était d'une pâleur anormale, elle, si rondelette, montrait les os.

– Seigneur, disait Mme Carrère. Encore quelque temps et ils nous mouraient tous entre nos bras.

Mais tous étaient parvenus sains et saufs à la Terre Promise. Dans la maison de Crowley, plus confortable, s'étaient installés également la femme de l'avocat et ses plus jeunes enfants, la femme du boulanger et ses deux garçons, les trois enfants Berne.

– Voici l'Homme Noir, dit Honorine.

Elle ajouta avec un sourire épanoui.

– Je l'aime bien, l'Homme Noir.

Cette déclaration fit qu'Angélique mit un certain temps à identifier de quel homme noir il s'agissait.

La vue de son mari la remplit de confusion, surtout lorsque, après avoir salué la compagnie, il s'approcha d'elle pour lui déclarer entre haut et bas.

– Je vous cherchais, madame...

– Moi ?

– Oui, vous, si étrange que cela paraisse. Quand vous étiez à mon bord, je savais au moins où vous trouver mais maintenant que vous avez un continent à votre disposition la tâche va devenir moins aisée.

Elle rit mais son regard vers lui était mélancolique.

– Dois-je comprendre que vous souhaiteriez m'avoir à vos côtés ?

– En doutez-vous ? Ne vous l'ai-je pas déjà affirmé ?

Angélique détourna la tête. Elle sortit Honorine du baquet et l'enveloppa dans une couverture.

– Je tiens si peu de place dans votre vie, fit-elle à mi-voix. Je compte si peu, j'ai toujours compté si peu. Je ne sais rien de vous, de votre vie passée, de votre vie présente. Vous me cachez tant de choses. Le nierez-vous ?

– Non. J'ai toujours été un peu mystificateur. Vous me le rendez bien. Heureusement que le grand Sachem m'a affirmé que vous étiez la plus limpide des créatures. Je me demande si sa clairvoyance ne s'est pas laissé surprendre par ce pouvoir auquel tant d'autres ont succombé... Que pensez-vous de lui ?

Angélique porta Honorine jusqu'au lit qu'elle partageait avec Laurier. Elle la borda et lui donna sa boîte de jouets. Il y a des gestes éternels.

– Le grand Sachem ?... Il me paraît impressionnant, inquiétant. Pourtant je ne sais pourquoi, il m'a fait peine.

– Vous êtes clairvoyante.

– Monseigneur, demanda Martial, est-ce que ces forêts qui nous entourent vous appartiennent ?

– Par alliance avec Massawa, j'ai droit de disposer de ce qui n'appartient pas aux Indiens établis. Or, à part l'emplacement restreint de leurs villages et les cultures qui les environnent, le reste du pays est absolument vierge. Le sous-sol n'a jamais été sondé. Il contient peut-être de l'or, de l'argent, du cuivre.

– Vous êtes donc plus riche qu'un roi ?

– Qu'est-ce que la richesse, enfants ? Si elle consiste en la possession d'un territoire aussi vaste qu'un royaume, alors oui je suis riche. Mais je n'ai plus ni château de marbre ni vaisselle d'or. Je ne possède que quelques chevaux. Et lorsque je partirai vers l'intérieur, je n'aurai pour demeure que le ciel étoilé et les ramures de grandes forêts.

– Car vous allez partir, l'interrompit Angélique. Où ? Pourquoi ? Cela ne me concerne pas, sans doute ?... Je n'ai pas le droit de le savoir, ni même d'apprendre si vous comptez m'emmener avec vous.

– Taisez-vous, dit Joffrey de Peyrac enchanté de sa violence, vous allez scandaliser ces dames.

– Cela m'est bien égal. Il n'y a rien de scandaleux à ce qu'une femme veuille suivre son époux. Car je suis votre femme et je vais le crier partout désormais. J'en ai assez de cette comédie. Et si vous me laissez derrière vous, je rassemblerai mes propres troupes. Et je vous suivrai. J'ai l'habitude de vivre en forêt à la belle étoile. Regardez mes mains. Il y a longtemps qu'elles n'ont pas porté de bijoux. Mais par contre elles savent fabriquer le pain sous la cendre et manier le mousquet.

– C'est ce qu'on ma dit. Il paraît que vous avez fait un magnifique tableau de chasse ce ma tin avec les Cayugas. Montrez-moi vos talents, fit-il en tirant de son étui un de ses lourds pistolets à crosse d'argent et avec une expression sceptique qui fit flamber Angélique d'un seul coup.

Elle le lui prit des mains en lui lançant un regard de défi, examina l'arme. Elle n'était pas chargée. Elle retira la tige qui servait de bourroir.

– Où est l'écouvillon ?

– Que comptez-vous en faire ?

– Il pourrait y avoir de la poussière et cela ferait sauter l'arme.

– Mes pistolets sont toujours bien entretenus madame, mais votre souci est celui d'un bon tireur.

Il déboucla son ceinturon et le jeta sur la table avec ses différentes garnitures : pistolets, poignard, bourses de cuir contenant la poudre ou les balles. Angélique découvrit l'écouvillon dans une fonte. Elle le vissa d'un geste précis et plongea la tige à plusieurs reprises dans le canon. Puis elle fit fonctionner la gâchette, vérifiant la présence de l'étincelle en présentant l'arme du côté de l'obscurité. Après avoir chargé le canon, elle choisit une balle qu'elle fit tourner entre deux doigts pour contrôler sa parfaite rondeur.

– Il manque de la poudre fine d'allumage.

– Vous mettrez à la place ces galettes d'amorces turques.

Angélique obéit.

– Ouvre-moi la fenêtre, Martial.

La nuit avait la clarté insolite que lui donnait la lune tamisée par le brouillard.

– Il y a par là dans cet arbre un oiseau qui ne cesse de pousser un cri désagréable.

Joffrey de Peyrac la considérait avec curiosité. « C'est donc bien vrai qu'elle a guerroyé, se disait-il, contre qui ?... Contre le Roi ?... »

La main fine qui serrait la crosse d'argent était terme, le bras qui soulevait le pesant pistolet le faisait avec aisance.

Le coup partit. Le cri grinçant de l'oiseau se tut.

– Quel coup d'œil ! s'écria le comte. Et quelle vigueur, continua-t-il en lui serrant le bras. Vous avez des muscles d'acier, ma parole ! Décidément notre grand Sachem s'est de plus en plus égaré dans son jugement.

Mais il riait. Elle avait l'impression qu'il était assez fier d'elle. Les enfants qui s'étaient bouché les oreilles, crièrent bravo et voulaient aller ramasser l'oiseau de nuit sacrifié. Le voisinage accourut les en empêcher.

– Que se passe-t-il ? Que se passe-t-il encore ? Les Indiens ? Les pirates ?

La vue d'Angélique, pistolet en main dans un nuage de fumée provoqua la surprise.

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