Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
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Cette pratique de l’observation le sauva pourtant de la domination d’Henriette. Il devinait mal ses roueries, mais finissait par les découvrir et il se fâchait surtout des embûches puériles qu’elle lui tendait sans cesse. Les caprices inutiles, la coquetterie guerroyante, le besoin qu’elle éprouvait de le contrarier parce qu’elle était la plus forte, firent fermenter peu à peu dans l’âme lucide de cet homme, malgré son attachement de mâle, une rancune accumulée, dissimulée, grandissante, devenue de l’irritation, puis une sorte de haine d’amant, toujours séduit, mais révolté, exaspéré et prêt à rompre, au premier jour.
Quand il découvrit que, par une odieuse perversité de drôlesse, elle lui avait fait donner de l’argent à l’entremetteuse dont le logis servait à ses rendez-vous, il se fâcha, enfin, d’une façon définitive, et, très résolument, se sépara d’elle pour toujours.
Maintenant c’était fini, bien fini. Il se sentait sûr de ne pas la reprendre. Mais il se secouait encore, il secouait non pas des restes de tendresse, plutôt des restes d’habitudes.
CHAPITRE II
Robert Mariolle fut réveillé tôt par une rumeur de mouvement dans l’hôtel. A travers les vitres de sa fenêtre dont il n’avait point fermé l’auvent, une inondation de soleil faisait de sa chambre aux murs clairs, aux rideaux blancs, une petite cuve de lumière si vive qu’il ne put rester couché.
Aussitôt levé, il sortit et se mit à suivre le couloir étroit dont les portes semblaient gardées par des souliers, des bottines ou des bottes qui venaient d’être cirés. Ils racontaient, ces morceaux de cuir délicats ou grossiers, la vie, les mœurs, l’élégance et la condition sociale de celui, de celle ou de ceux couchés encore derrière le mur.
Mariolle y songeait, souriant, plein de bonne humeur matinale, d’envie d’essayer d’entrer quand il voyait solitaire, et toute fine, la chaussure de deux pieds mignons, ou plein de dédain pour les fortes semelles à clous du touriste dont il devinait, en passant, le ronflement.
Soudain, il aperçut, barrant tout le passage, une sorte de coffre enveloppé de rideaux, et que deux Savoyards portaient en soufflant. Il eut, à la première seconde, l’impression d’un accident, le léger serrement de cœur que donne le brancard couvert rencontré dans la rue, puis il se souvint qu’il était dans une ville d’eaux minérales où l’on enlève de leur lit, pour les y ramener après les douches, les malades en traitement. Dans l’escalier encore il dut s’arrêter deux fois pour laisser passer ces chaises à porteurs et il comprit d’où venaient […]
L'Angélus, (1895)
Roman inachevé
CHAPITRE I
La pendule sonna six heures et la comtesse de Brémontal, quittant des yeux le livre qu'elle lisait, les leva vers le cadran d'un beau cartel Louis XVI accroché sur le mur ; puis, d'un lent regard, elle parcourut son grand salon, sombre malgré les autres lampes, deux sur la table, où beaucoup de livres traînaient, et deux sur la cheminée. Un feu de bûches, flambant dans l'âtre, un feu de campagne, un feu de château, jetait aussi une lueur à éclats sur les murs, éclairant des tapisseries à personnages, des cadres dores, des portraits de famille et les hauts rideaux, d'un rouge foncé, qui voilaient et drapaient les fenêtres. Malgré toutes ces lumières, la vaste pièce était triste, un peu froide, pénétrée par l'hiver. On sentait du dehors l'âpre rigueur de l'air et le souffle du vent, glacé par le tapis de neige étendu sur la terre, qui faisait craquer les arbres du parc. La comtesse se leva ; de sa démarche un peu lente, un peu traînante de jeune femme enceinte, elle vint s'asseoir devant le foyer et tendit ses pieds à la flamme. Les bûches embrasées lui jetèrent à la face l'émanation de leur vive chaleur, une sorte de caresse brûlante et même un peu brutale, tandis qu'elle sentait en même temps son dos, ses épaules et sa nuque tressaillir encore sous le frisson de l'atmosphère de mort, dont cet hiver terrible enveloppait la France. Cette sensation du froid glissait partout en elle, entrée dans son âme autant que dans son corps, et à cette angoisse physique se joignait celle de l'immense catastrophe abattue sur la patrie. Torturée par ses nerfs, ses soucis, ses atroces pressentiments, Mme de Brémontal se leva de nouveau. Où est-il à cette heure, lui, son mari, dont elle n'a reçu depuis cinq mois aucune nouvelle ? Prisonnier des Prussiens ou tué ? Martyrisé dans une forteresse ennemie ou enterré dans un trou, sur un champ de bataille, avec tant d'autres cadavres dont la chair décomposée est mêlée à la chair des voisins et tous les ossements confondus. Oh ! Quelle horreur ! Quelle horreur !
Elle marchait maintenant de long en large dans le grand salon silencieux, sur ces épais tapis qui mangeaient le bruit léger de ses pas. Jamais elle n'avait senti peser sur elle encore une détresse aussi épouvantable. Qu'allait-il arriver de nouveau ? Oh ! L’affreux hiver, hiver de fin du monde qui détruisait un pays entier, tuant les grands fils des pauvres mères, espoir de leurs cœurs et leur dernier soutien, et les pères des enfants sans ressources, et les maris des jeunes femmes. Elle les voyait agonisants et mutilés par le fusil, le sabre, le canon, le pied ferré des chevaux qui avaient passé dessus, et ensevelis en des nuits pareilles, sous ce suaire de neige taché de sang.
Elle sentit qu'elle allait pleurer, qu'elle allait crier, écrasée par la peur de l'inconnaissable lendemain, et elle regarda l'heure de nouveau. Non, elle n'attendrait pas seule le moment où son père, le curé du village et le médecin allaient venir, car ils devaient dîner chez elle. Mais pourraient-ils seulement sortir de leurs maisons et parvenir au château ? Son père surtout l'inquiétait. Il devait suivre dans son coupé le bord de la Seine, sur le chemin de halage, pendant plusieurs kilomètres. Le cocher était vieux et sûr, connaissant la route comme la connaissait son cheval ; mais cette nuit-là semblait prédestinée aux malheurs. Les deux autres invités, habitués de presque tous les soirs d'ailleurs, avaient à passer le fleuve en bateau, c'était pis encore. Jamais la glace n'arrêtait le courant en cet endroit où le flot de la mer, à qui rien ne résiste, montait à chaque marée ; mais d'énormes glaçons charriés dans le remous descendaient de la haute France et pouvaient chavirer la barque du passeur.
La comtesse revint vers la cheminée, prit le cordon de sonnette et tira.
Un ancien domestique parut. Elle lui dit :
— Le petit ne dort pas encore ?
— Je ne crois pas, Madame la comtesse.
— Dites à Annette de me l'amener, j'ai envie de l'embrasser.
— Oui, Madame la comtesse.
Le serviteur sortait, elle le rappela :
— Pierre !
— Madame la comtesse ?
— Est-ce qu'il n'y a pas de danger pour M. Boutemart à venir au bord de l'eau, en voiture, par un temps comme celui-ci ?
Le vieux Normand répondit :
— Aucun, Madame la comtesse. Le cocher Philippe et son cheval Barbe sont bien apaisés tous les deux, et ils savent le chemin, pour sûr.
Rassurée sur le sort de son père, elle demanda encore :
— Et les gens de La Bouille, MM. le curé et le Docteur Paturel, est-ce quels peuvent traverser l'eau sans péril au milieu des glaçons qui flottent ?
— Oui, oui, Madame la comtesse : le père Pichard est un malin qui ne craint pas les banquises. Et puis il a un gros bateau d'hiver où il fait passer une vache ou un cheval à l'occasion.
— Bon, dit-elle. Faites descendre mon petit Henri.
Elle se rassit devant sa table, et ouvrit un livre.