Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
— Dans combien de temps la reprendras-tu ? dit-il.
— Oh ! Jamais.
— Tais-toi donc.
— Jamais.
— Mais, farceur, tu es ici depuis une demi-heure et tu ne m’as encore parlé que d’elle.
— Pardon, je t’ai parlé de moi. J’ai fait ce que tout le monde fait.
— Oui, mais à propos d’elle.
— Comme je t’aurais parlé de moi à propos de voyage si je revenais de la Chine ou du Japon, ce qui ne prouverait pas que j’y retournerai.
— Cela prouve que tu penses à elle.
— Oh ! Le soir seulement.
— Parbleu, c’est l’heure des dangers.
— Le matin, en m’éveillant, je suis ravi, ravi au fond de l’âme d’avoir rompu. Pendant toute la journée je ne songe pas plus à elle que si elle n’existait pas ; puis, quand la nuit tombe, il me revient des souvenirs, quelques souvenirs intimes qui me mélancolisent un peu. Mais je la méprise tant, que c’est bien fini.
Ils furent distraits par l’entrée d’une foule. Le spectacle finissait ; et tandis que le public qui se couche tôt regagnait les hôtels et les villas, le public qui se couche tard envahissait les salles de jeu. Des cocottes, les vieilles cocottes des plages et des casinos, celles de Biarritz, de Dieppe et de Monte-Carlo, les légendaires guetteuses de joueurs en veine, les sœurs Delabarbe, Rosalie Durdent, la grande Marie Bonnefoy, en tenue de chasse, coiffées de chapeaux visibles comme des phares au-dessus de toutes les têtes, arrivaient, entourées d’hommes qui, grands, petits, gros ou maigres, portaient, collée à leurs dos osseux ou bombés par leurs formes grasses, la drolatique petite veste inventée, dit-on, par le futur roi d’Angleterre.
Des femmes du monde aussi, du meilleur monde, du très grand monde, apparaissaient escortées d’une cour de gentlemen : la princesse de Guerche, la marquise Epilati, lady Wormsbury, la toute belle Anglaise, une des amies favorites du prince de Galles, un connaisseur, et sa rivale, Mrs. Filds, la blonde Américaine.
Et soudain, bien que le bruit des pas et des paroles grandît sans cesse, le tintement de l’or sur les tables s’accrut si fort que sa petite voix métallique, continue et claire, dominait les rumeurs humaines. Mariolle maintenant regardait, reconnaissait des visages, et, avec des prétentions d’expert en beauté féminine, recommençait contre Lucette ces discussions que tous les hommes du monde ont soutenues. Une nouvelle figure parut, une brune, brune comme on l’est aux confins de l’Orient, portant sur le front et sur les tempes cette poussée épaisse de cheveux noirs qui semblent couronner une femme avec de la nuit. De stature moyenne, elle avait une taille fine, une poitrine pleine, une démarche souple, un air de vivacité et d’indolence en même temps et cette allure de beauté agressive qui jette des défis à tous les yeux.
— Tiens, c’est joli, cela, dit Mariolle.
— Lucette répondit :
— Je te présenterai quand tu voudras.
— Qui est-ce ?
— La comtesse Mosska, une Roumaine.
— C’est drôle, reprit Mariolle, je n’ai jamais été bien séduit par les brunes.
— Allons donc, et pourquoi ?
— Je ne sais pas ; ça ne s’est point trouvé. Et puis je préfère les cheveux châtains ou blonds.
— Elles sont teintes, les blondes.
— Mais non, mon cher.
— Mais oui, mon bon, ou du moins il y en a tant de teintes, et si bien teintes, qu’on ne les distingue plus des vraies, et que les meilleurs amateurs s’y trompent. Elles sont devenues rares comme des bibelots authentiques, et on n’est jamais sûr de ce qu’on embrasse.
— Mais non, mais non. Elles ont des grâces que ne possèdent pas les brunes. La nuque par exemple. Connais-tu quelque chose de plus joli au monde que la petite mousse des courts cheveux, des premiers cheveux dorés ou châtains avec des luisants d’acajou, sur la peau blanche du cou qui descend se fondre dans l’épaule ? Les brunes ont l’air dur, ce sont les guerrières de l’amour. Regarde celle-là. On dirait l’Amazone de la coquetterie. Te souviens-tu de la démarche lente et des attitudes tendres d’Henriette ?
— Parbleu, elle faisait son métier, elle.
Après un instant de réflexion, Mariolle ajouta :
— N’importe, si elle avait été un peu moins canaille, ou moi un peu plus, nous aurions formé un couple inséparable.
Plusieurs hommes les ayant aperçus, s’avançaient la main tendue. Ce n’était que : "Bonjour, Mariolle. — Tiens, vous voilà ? — Comment allez-vous ? — Quand êtes-vous arrivé ? Vous quittez donc aussi Paris, vous ?"
Et Mariolle serrait ces mains, souriait, répondait qu’il se portait à merveille, et qu’il venait faire un peu la fête à Aix.
Un d’eux soudain, un Italien très noble, ruiné et coureur de villes d’eaux, le marquis Pimperani, lui demanda :
— Vous connaissez la princesse de Guerche ?
— Oui, je chasse et dîne même quelquefois chez elle.
— Venez donc la saluer ; elle vous invitera à la partie de campagne que nous faisons demain.
La princesse, une petite femme maigre, vêtue presque toujours d’une façon un peu masculine, de vestons de drap collés à la taille et de robes à la physionomie alerte dénonçant la femme qui marche, qui chasse et monte à cheval, causait avec Mrs. Filds, au milieu d’un groupe d’hommes serrés autour d’elles comme une escorte défensive. Quand elle aperçut Mariolle, elle lui offrit la main, amicalement, disant :
— Tiens, bonjour, Monsieur. Vous voici donc à Aix. Elle le présenta tout de suite à la belle Américaine dont le visage clair souriait toujours du même sourire sous une flambée éclatante de cheveux blonds. Ce n’était point ce nuage vaporeux dont sont auréolées certaines figures anglaises, mais une chevelure ensoleillé et lourde comme une moisson mûre de terre vierge.
Elle était célèbre dans toutes les capitales.
Ils causèrent. La princesse ne jouait jamais. Elle venait là pour regarder, en spectatrice, car elle faisait une cure sérieuse, ayant pris des rhumatismes dans les chasses à courre, au dernier automne. De très bonne maison, de très bonne compagnie, elle avait, poussé à l’extrême, le goût des chevaux et des sports. Rien que cela ne l’occupait, ne l’intéressait, ne la passionnait. Agée de trente ans environ, pas jolie, mais agréable, avec un air de garçon, des yeux bleus doux et crânes, de jolis cheveux châtains, une maigreur souple, élégante et musclée, elle aimait s’amuser, courir les bois, tuer des bêtes, donner des fêtes, tirer des feux d’artifice, monter à cheval avec des hommes, sans aucun souci apparent de la galanterie. Son mari, député d’un arrondissement de la Touraine où il possédait une demeure magnifique, la laissait fort libre et s’occupait presque exclusivement de recherches historiques.
Il avait reçu déjà deux prix de l’Académie française. Sa bibliothèque de manuscrits était citée dans le monde savant de l’Europe entière.
La princesse demandait à Mariolle :
— Venez-vous pour des douleurs ?
— Non, princesse.
— C’est donc pour vous amuser ?
— Mais oui, tout simplement.
— Cela vaut mieux. Alors, voulez-vous faire une excursion avec nous, demain, à la Chambotte ?
— Avec bonheur.
— Eh bien ! Rendez-vous à dix heures, après la cure, devant l’Hôtel des Souverains.
Il remercia, ravi de cette invitation qui le faisait entrer plus intimement dans un monde où il n’avait fait encore que pénétrer.
La petite marquise Epilati, puis la grande lady Wormsbury, une professional beauty, qui rôdaient autour des tables de jeu, risquant quelques louis de temps en temps par la main d’un ami, se rapprochèrent et s’assirent. Alors elles s’occupèrent toutes ensemble du public qui grouillait autour d’elles, des filles principalement. Les hommes nommaient, donnaient des détails à mi-voix, chuchotaient des particularités scabreuses. Une histoire de Rosalie Durdent les amusa beaucoup, et la dernière aventure de l’ainée des sœurs Delabarbe, arrivée la veille au soir dans l’hôtel, parut vraiment un peu vive, bien que le comte de Lucette l’eût admirablement contée.