Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
Mais la princesse, qui songeait à sa santé, dit tout à coup :
— Il se fait tard. Allons prendre notre tasse de thé, puis nous rentrerons.
Elle se leva, suivie de tout son groupe, et ils passèrent dans la longue galerie vitrée entre deux parcs agrémentés de jets d’eau pendant le jour et de feux d’artifice pendant la soirée, immense café, salle à manger où déjeunent et dînent ceux qu’ennuie la table d’hôte des hôtels et qui ont de l’argent à profusion.
Là, subitement, autour des tasses où fumait le thé, une nouvelle conversation commença toute différente, familière, mondaine, sur un autre ton, une sorte de reprise de causerie interrompue, habituelle, toujours recommencée, qui semblait accuser entre ces femmes d’origines si diverses, entre ces hommes de races si disparates, la bizarre franc-maçonnerie d’une haute classe unique et sans patrie. Autour d’eux, la foule passait, grouillait, la foule vulgaire, banale, agitée, la foule des humbles et des communs, même riches et connus. Ils n’en étaient plus, eux ! Ils ne s’en occupaient plus, ne la voyaient plus. Ils venaient de rompre avec elle, de se séparer d’elle inostensiblement pour se réunir entre eux, autour d’une table de café, comme ils eussent fait dans un salon princier.
Ils parlaient d’eux à présent, des gens de leur classe, non des présents, mais des absents, Français, Russes, Italiens, Anglais, Allemands, qu’ils semblaient connaître comme des frères, comme les habitants d’un même quartier, car tous les noms prononcés, dont Mariolle ignorait la plupart, semblaient familiers à toutes les oreilles. Il les écoutait avec curiosité, un peu dépaysé au milieu d’eux, mêlé tout à coup à ce petit peuple aristocrate sans frontières, à cette élite internationale du high-life qui se connaît, se reconnaît, et se retrouve partout, à Paris, Cannes, Londres, Vienne ou Saint-Pétersbourg, caste établie par la naissance, par l’éducation, par la tradition du chic, par une même conception de la vie distinguée, aussi par des mariages, consacrée surtout par des relations de cour et des amitiés royales qui l’élèvent presque au-dessus du préjugé populaire et banal des nationalités.
Seul le petit accent d’origine qui timbre toutes ces bouches révèle qu’elles n’ont pas appris sous le même drapeau la langue qu’elles emploient suivant les villes où elles se trouvent.
La princesse et Mariolle, assis à côté d’elle, se séparèrent bientôt des autres dans un entretien particulier. Pour lui plaire il vantait ses chasses, son talent remarquable d’écuyère, son ardeur à suivre un laisser-courre. Entraînée dans sa passion, elle montrait déjà en ses yeux et en sa voix cette gentillesse spéciale des gens dont on flatte les manies ; puis ils s’entretinrent de voyages, de la mer, des montagnes, des Alpes. Les environs d’Aix furent un long motif de récits.
— L’excursion que nous faisons demain, dit-elle, est une merveille. Je ne vous la décris pas, vous la verrez. Puis, pour lui prouver qu’il venait de conquérir sa sympathie :
— Tenez, je vous prendrai dans ma voiture avec une charmante petite femme, la comtesse Mosska, une Roumaine.
Il demanda.
— Elle était tout à l’heure dans la salle de jeu, n’est-ce pas ?
— Oui, avec son père, ce vieux à moustache et à barbiche blanche.
Alors la princesse donna quelques détails sur cette jeune femme dont la beauté faisait sensation à Aix. Elle était veuve du comte Mosska, écuyer du roi, tué en duel à la suite d’une querelle de jeu. L’accident datait à peine de dix-huit mois. Depuis ce moment elle voyageait, ayant quitté Bucarest pour se remettre, disait-on, de son profond chagrin.
— Et, elle est remise ? interrogea Mariolle avec une nuance imperceptible d’ironie.
La princesse sourit, en répondant :
— Je crois que oui.
Puis elle se leva, car elle avait des habitudes régulières imposées par le régime des eaux, et, lorsqu’elle fut partie, Mariolle, à son tour, s’en alla, voulant faire un tour dans le parc avant de se mettre au lit.
Cette heure passée avec ces femmes élégantes dont le contact est doux, l’avait animé, égayé, consolé. Il sentait, à n’en point douter, que son reste de mélancolie s’évanouissait au milieu de ces gens qui l’accueillaient avec faveur, et il se mit à penser à eux comme on fait en quittant des êtres très intéressants et peu connus.
Il marcha longtemps dans les allées du parc, sous la nuit chaude, sous la nuit étouffante de cette petite ville au fond d’une vallée, qui semble une étuve pendant les mois d’été ; mais à mesure que s’écartait de lui la sensation directe des femmes qu’il venait de quitter, l’impression de solitude, retrouvée chaque soir depuis sa rupture avec Henriette, l’envahissait de nouveau. Les ténèbres lui paraissaient illimitées et la terre vide, car personne ne l’attendait plus dans sa chambre à coucher. Ainsi qu’il l’avait dit au comte de Lucette, la gaieté du matin, l’espèce d’espoir indéterminé qui s’éveille, avec nous, chaque jour, dans notre cœur, puis l’agitation de la vie et ses contacts, ses petites distractions habituelles, écartaient de lui, jusqu’au soir, l’indécis besoin de tendresse et le besoin précis de caresses entrés en lui maintenant, comme en tous ceux qui ont longtemps vécu dans une amoureuse intimité. La crise revenait à la même heure, faite de souvenirs et de désirs où se mêlait de la rancune, un recommencement de colère contre cette gueuse dont il avait souffert, dont il souffrait encore. Il se félicitait pourtant de l’avoir enfin lâchée, et se répétait comme pour s’affermir, se consoler, se convaincre qu’il ne devait pas la regretter : « Cristi, quelle chance que ce soit fini ! » Il rentra tout doucement, gagna sa chambre, se mit au lit, et, comme il était fatigué du voyage et de sa journée, il s’endormit presque tout de suite.
— Avec les femmes, les plus fins sont des imbéciles.
— Quand on les aime.
— Je ne l’ai jamais aimée.
— Henriette Lambel ?
— Oui, Henriette Lambel, je ne l’ai jamais aimée.
— Répète encore ?
— Je ne l’ai jamais aimée.
— Non… elle est trop forte, celle-là
— C’est la vérité, mon cher.
— Alors pourquoi es-tu resté collé avec elle pendant trois ans bien qu’elle fût une rosse ? Car tu le savais, qu’elle était une rosse.
— Je le savais.
— Elle te trompait. Le savais-tu, qu’elle te trompait ?
— Je l’ai su.
— Donc tu acceptais tout, ce qui est excusable quand on aime, mais ce qui devient incompréhensible quand on n’aime pas.
— Mon cher, écoute. Je vais essayer de me faire comprendre, ce qui n’est pas très facile, et de t’expliquer le genre d’attachement qui me liait à cette fille.
— Oh ! Je devine : la chair et ses artifices.
— Non, autre chose : son charme pervers.
— Alors, tu l’aimais ?
— Non je subissais un attrait que je détestais, contre lequel aussi je ne pouvais me défendre.
— C’est une des formes de l’amour.
— Non, c’est une des formes de la faiblesse humaine, et une des preuves de la puissance et du danger de l’éducation.