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Quatrevingt-Treize

Электронная книга - «Quatrevingt-Treize». Краткое содержание книги:

Initialement pr?vu pour une trilogie qui aurait compris, outre L'homme qui rit, roman consacr? ? l'aristocratie, un volume sur la monarchie, Quatrevingt-Treize, ?crit ? Guernesey de d?cembre 1872 ? juin 1873, apr?s l'?chec de Hugo aux ?lections de janvier 1872, ach?ve la r?flexion de l'?crivain sur la R?volution ? la lumi?re de la Commune et tente de r?pondre ? ces questions: ? quelles conditions une r?volution peut-elle cr?er un nouvel ordre des choses? 1793 ?tait-il, est-il toujours n?cessaire? Le roman valut ? son auteur la haine des conservateurs.
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La révolution est une action de l’Inconnu. Appelez-la bonne action ou mauvaise action, selon que vous aspirez à l’avenir ou au passé, mais laissez-la à celui qui l’a faite. Elle semble l’œuvre en commun des grands événements et des grands individus mêlés, mais elle est en réalité la résultante des événements. Les événements dépensent, les hommes payent. Les événements dictent, les hommes signent. Le 14 juillet est signé Camille Desmoulins, le 10 août est signé Danton, le 2 septembre est signé Marat, le 21 septembre est signé Grégoire, le 21 janvier est signé Robespierre; mais Desmoulins, Danton, Marat, Grégoire et Robespierre ne sont que des greffiers. Le rédacteur énorme et sinistre de ces grandes pages a un nom, Dieu, et un masque, Destin. Robespierre croyait en Dieu. Certes!

La Révolution est une forme du phénomène immanent qui nous presse de toutes parts et que nous appelons la Nécessité.

Devant cette mystérieuse complication de bienfaits et de souffrances se dresse le Pourquoi? de l’histoire.

Parce que. Cette réponse de celui qui ne sait rien est aussi la réponse de celui qui sait tout.

En présence de ces catastrophes climatériques qui dévastent et vivifient la civilisation, on hésite à juger le détail. Blâmer ou louer les hommes à cause du résultat, c’est presque comme si on louait ou blâmait les chiffres à cause du total. Ce qui doit passer passe, ce qui doit souffler souffle. La sérénité éternelle ne souffre pas de ces aquilons. Au-dessus des révolutions la vérité et la justice demeurent comme le ciel étoilé au-dessus des tempêtes.

XII

Telle était cette Convention démesurée; camp retranché du genre humain attaqué par toutes les ténèbres à la fois, feux nocturnes d’une armée d’idées assiégées, immense bivouac d’esprits sur un versant d’abîme. Rien dans l’histoire n’est comparable à ce groupe, à la fois sénat et populace, conclave et carrefour, aréopage et place publique, tribunal et accusé.

La Convention a toujours ployé au vent; mais ce vent sortait de la bouche du peuple et était le souffle de Dieu.

Et aujourd’hui, après quatre-vingts ans écoulés, chaque fois que devant la pensée d’un homme, quel qu’il soit, historien ou philosophe, la Convention apparaît, cet homme s’arrête et médite. Impossible de ne pas être attentif à ce grand passage d’ombres.

II MARAT DANS LA COULISSE

Comme il l’avait annoncé à Simonne Évrard, Marat, le lendemain de la rencontre de la rue du Paon, alla à la Convention.

Il y avait à la Convention un marquis maratiste, Louis de Montaut, celui qui plus tard offrit à la Convention une pendule décimale surmontée du buste de Marat.

Au moment où Marat entrait, Chabot venait de s’approcher de Montaut.

– Ci-devant… dit-il.

Montaut leva les yeux.

– Pourquoi m’appelles-tu ci-devant?

– Parce que tu l’es.

– Moi?

– Puisque tu étais marquis.

– Jamais.

– Bah!

– Mon père était soldat, mon grand-père était tisserand.

– Qu’est-ce que tu nous chantes là, Montaut?

– Je ne m’appelle pas Montaut.

– Comment donc t’appelles-tu?

– Je m’appelle Maribon.

– Au fait, dit Chabot, cela m’est égal.

Et il ajouta entre ses dents:

– C’est à qui ne sera pas marquis.

Marat s’était arrêté dans le couloir de gauche et regardait Montaut et Chabot.

Toutes les fois que Marat entrait, il y avait une rumeur; mais loin de lui. Autour de lui on se taisait. Marat n’y prenait pas garde. Il dédaignait le «coassement du marais».

Dans la pénombre des bancs obscurs d’en bas, Conpé de l’Oise, Prunelle, Villars, évêque, qui plus tard fut membre de l’Académie française, Boutroue, Petit, Plaichard, Bonet, Thibaudeau, Valdruche, se le montraient du doigt.

– Tiens, Marat!

– Il n’est donc pas malade?

– Si, puisqu’il est en robe de chambre.

– En robe de chambre?

– Pardieu oui!

– Il se permet tout!

– Il ose venir ainsi à la Convention!

– Puisqu’un jour il y est venu coiffé de lauriers, il peut bien y venir en robe de chambre!

– Face de cuivre et dents de vert-de-gris.

– Sa robe de chambre paraît neuve.

– En quoi est-elle?

– En reps.

– Rayé.

– Regardez donc les revers.

– Ils sont en peau.

– De tigre.

– Non, d’hermine.

– Fausse.

– Et il a des bas!

– C’est étrange.

– Et des souliers à boucles.

– D’argent!

– Voilà ce que les sabots de Camboulas ne lui pardonneront pas.

Sur d’autres bancs on affectait de ne pas voir Marat. On causait d’autre chose. Santhonax abordait Dussaulx.

– Vous savez, Dussaulx?

– Quoi?

– Le ci-devant comte de Brienne?

– Qui était à la Force avec le ci-devant duc de Villeroy?

– Oui.

– Je les ai connus tous les deux. Eh bien?

– Ils avaient si grand’peur qu’ils saluaient tous les bonnets rouges de tous les guichetiers, et qu’un jour ils ont refusé de jouer une partie de piquet parce qu’on leur présentait un jeu de cartes à rois et à reines.

– Eh bien?

– On les a guillotinés hier.

– Tous les deux?

– Tous les deux.

– En somme, comment avaient-ils été dans la prison?

– Lâches.

– Et comment ont-ils été sur l’échafaud?

– Intrépides.

Et Dussaulx jetait cette exclamation:

– Mourir est plus facile que vivre.

Barère était en train de lire un rapport: il s’agissait de la Vendée. Neuf cents hommes du Morbihan étaient partis avec du canon pour secourir Nantes. Redon était menacé par les paysans. Paimbœuf était attaqué. Une station navale croisait à Maindrin pour empêcher les descentes. Depuis Ingrande jusqu’à Maure, toute la rive gauche de la Loire était hérissée de batteries royalistes. Trois mille paysans étaient maîtres de Pornic. Ils criaient Vivent les Anglais! Une lettre de Santerre à la Convention, que Barère lisait, se terminait ainsi: «Sept mille paysans ont attaqué Vannes. Nous les avons repoussés, et ils ont laissé dans nos mains quatre canons…»

– Et combien de prisonniers? interrompit une voix.

Barère continua… – Post-scriptum de la lettre: «Nous n’avons pas de prisonniers, parce que nous n’en faisons plus.» Marat toujours immobile n’écoutait pas, il était comme absorbé par une préoccupation sévère.

Il tenait dans sa main et froissait entre ses doigts un papier sur lequel quelqu’un qui l’eût déplié eût pu lire ces lignes, qui étaient de l’écriture de Momoro et qui étaient probablement une réponse à une question posée par Marat:

«- Il n’y a rien à faire contre l’omnipotence des commissaires délégués, surtout contre les délégués du Comité de salut public. Génissieux a eu beau dire dans la séance du 6 mai:» Chaque commissaire est plus qu’un roi «, cela n’y fait rien. Ils ont pouvoir de vie et de mort. Massade à Angers, Trullard à Saint-Amand, Nyon près du général Marcé, Parrein à l’armée des Sables, Millier à l’armée de Niort, sont tout-puissants. Le club des Jacobins a été jusqu’à nommer Parrein général de brigade. Les circonstances absolvent tout. Un délégué du Comité de salut public tient en échec un général en chef.»

Marat acheva de froisser le papier, le mit dans sa poche et s’avança lentement vers Montaut et Chabot qui continuaient à causer et ne l’avaient pas vu entrer.

Chabot disait:

– Maribon ou Montaut, écoute ceci: je sors du Comité de salut public.

– Et qu’y fait-on?

– On y donne un noble à garder à un prêtre.

– Ah!

– Un noble comme toi…

– Je ne suis pas noble, dit Montaut.

– À un prêtre…

– Comme toi.

– Je ne suis pas prêtre, dit Chabot.

Tous deux se mirent à rire.

– Précise l’anecdote, repartit Montaut.

– Voici ce que c’est. Un prêtre appelé Cimourdain est délégué avec pleins pouvoirs près d’un vicomte nommé Gauvain; ce vicomte commande la colonne expéditionnaire de l’armée des Côtes. Il s’agit d’empêcher le noble de tricher et le prêtre de trahir.

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