Quatrevingt-Treize
- Автор: Hugo Victor
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Quatrevingt-Treize». Краткое содержание книги:
De l’autre côté, Antoine-Louis-Léon Florelle de Saint-Just, pâle, front bas, profil correct, œil mystérieux, tristesse profonde, vingt-trois ans; Merlin de Thionville, que les Allemands appelaient Feuer-Teufel, «le diable de feu»; Merlin de Douai, le coupable auteur de la loi des suspects; Soubrany, que le peuple de Paris, au premier prairial, demanda pour général; l’ancien curé Lebon, tenant un sabre de la main qui avait jeté de l’eau bénite; Billaud-Varennes, qui entrevoyait la magistrature de l’avenir; pas de juges, des arbitres; Fabre d’Églantine, qui eut une trouvaille charmante, le calendrier républicain, comme Rouget de Lisle eut une inspiration sublime, la Marseillaise, mais l’un et l’autre sans récidive; Manuel, le procureur de la Commune, qui avait dit: Un roi mort n’est par un homme de moins; Goujon, qui était entré dans Tripstadt, dans Newstadt et dans Spire, et avait vu fuir l’armée prussienne; Lacroix, avocat changé en général, fait chevalier de Saint-Louis six jours avant le 10 août; Fréron-Thersite, fils de Fréron-Zoïle; Rulh, l’inexorable fouilleur de l’armoire de fer, prédestiné au grand suicide républicain, devant se tuer le jour où mourrait la république; Fouché, âme de démon, face de cadavre; Camboulas, l’ami du père Duchesne, lequel disait à Guillotin: Tu es du club des Feuillants, mais ta fille est du club des Jacobins; Jagot, qui à ceux qui plaignaient la nudité des prisonniers répondait ce mot farouche: Une prison est un habit de pierre; Javogues, l’effrayant déterreur des tombeaux de Saint-Denis; Osselin, proscripteur qui cachait chez lui une proscrite, madame Charry; Bentabolle, qui, lorsqu’il présidait, faisait signe aux tribunes d’applaudir ou de huer; le journaliste Robert, mari de mademoiselle Kéralio, laquelle écrivait: Ni Robespierre, ni Marat ne viennent chez moi, Robespierre y viendra quand il voudra, Marat jamais; Garan-Coulon, qui avait fièrement demandé, quand l’Espagne était intervenue dans le procès de Louis XVI, que l’Assemblée ne daignât pas lire la lettre d’un roi pour un roi; Grégoire, évêque, digne d’abord de la primitive Église, mais qui plus tard sous l’empire effaça le républicain Grégoire par le comte Grégoire; Amar qui disait: Toute la terre condamne Louis XVI. À qui donc appeler du jugement? aux planètes; Rouyer, qui s’était opposé, le 21 janvier, à ce qu’on tirât le canon du Pont-Neuf, disant: Une tête de roi ne doit par faire en tombant plus de bruit que la tête d’un autre homme; Chénier, frère d’André; Vadier, un de ceux qui posaient un pistolet sur la tribune; Panis, qui disait à Momoro: – Je veux que Marat et Robespierre s’embrassent à ma table chez moi. – Où demeures-tu? – À Charenton. – Ailleurs m’eût étonné, disait Momoro; Legendre, qui fut le boucher de la révolution de France comme Pride avait été le boucher de la révolution d’Angleterre; – Viens, que je t’assomme, criait-il à Lanjuinais. Et Lanjuinais répondait: Fais d’abord décréter que je suis un bœuf; Collot d’Herbois, ce lugubre comédien, ayant sur la face l’antique masque aux deux bouches qui disent Oui et Non, approuvant par l’une ce qu’il blâmait par l’autre, flétrissant Carrier à Nantes et déifiant Châlier à Lyon, envoyant Robespierre à l’échafaud et Marat au Panthéon; Génissieux, qui demandait la peine de mort contre quiconque aurait sur lui la médaille Louis XVI martyrisé; Léonard Bourdon, le maître d’école qui avait offert sa maison au vieillard du Mont-Jura; Topsent, marin, Goupilleau, avocat, Laurent Lecointre, marchand, Duhem, médecin, Sergent, statuaire, David, peintre, Joseph Égalité, prince. D’autres encore: Lecointe Puiraveau, qui demandait que Marat fût déclaré par décret «en état de démence»; Robert Lindet, l’inquiétant créateur de cette pieuvre dont la tête était le Comité de sûreté générale et qui couvrait la France de ses vingt et un mille bras, qu’on appelait les comités révolutionnaires; Lebœuf, sur qui Girey-Dupré, dans son Noël des faux patriotes, avait fait ce vers:
Lebœuf vif Legendre et beugla.
Thomas Payne, Américain, et clément; Anacharsis Cloots, Allemand, baron, millionnaire, athée, hébertiste, candide; l’intègre Lebas, l’ami des Duplay; Rovère, un des rares hommes qui sont méchants pour la méchanceté, car l’art pour l’art existe plus qu’on ne croit; Charlier, qui voulait qu’on dît vous aux aristocrates; Tallien, élégiaque et féroce, qui fera le 9 thermidor par amour; Cambacérès, procureur qui sera prince, Carrier, procureur qui sera tigre; Laplanche, qui s’écria un jour: Je demande la priorité pour le canon d’alarme; Thuriot qui voulait le vote à haute voix des jurés du tribunal révolutionnaire; Bourdon de l’Oise, qui provoquait en duel Chambon, dénonçait Payne, et était dénoncé par Hébert; Fayau, qui proposait «l’envoi d’une armée incendiaire» dans la Vendée; Tavaux, qui le 13 avril fut presque un médiateur entre la Gironde et la Montagne; Vernier, qui demandait que les chefs girondins et les chefs montagnards allassent servir comme simples soldats; Rewbell qui s’enferma dans Mayence; Bourbotte qui eut son cheval tué sous lui à la prise de Saumur; Guimberteau qui dirigea l’armée des Côtes de Cherbourg; Jard-Panvilliers qui dirigea l’armée des Côtes de la Rochelle, Lecarpentier qui dirigea l’escadre de Cancale; Roberjot qu’attendait le guet-apens de Rastadt; Prieur de la Marne qui portait dans les camps sa vieille contre-épaulette de chef d’escadron; Levasseur de la Sarthe qui, d’un mot, décidait Serrent, commandant du bataillon de Saint-Amand, à se faire tuer; Reverchon, Maure, Bernard de Saintes, Charles Richard, Lequinio, et au sommet de ce groupe un Mirabeau qu’on appelait Danton.
En dehors de ces deux camps, et les tenant tous deux en respect, se dressait un homme, Robespierre.
V
Au-dessous se courbaient l’épouvante, qui peut être noble, et la peur, qui est basse. Sous les passions, sous les héroïsmes, sous les dévouements, sous les rages, la morne cohue des anonymes. Les bas-fonds de l’Assemblée s’appelaient la Plaine. Il y avait là tout ce qui flotte; les hommes qui doutent, qui hésitent, qui reculent, qui ajournent, qui épient, chacun craignant quelqu’un. La Montagne, c’était une élite; la Gironde, c’était une élite; la Plaine, c’était la foule. La Plaine se résumait et se condensait en Sieyès.
Sieyès, homme profond qui était devenu creux. Il s’était arrêté au tiers-état, et n’avait pu monter jusqu’au peuple. De certains esprits sont faits pour rester à mi-côte. Sieyès appelait tigre Robespierre qui l’appelait taupe. Ce métaphysicien avait abouti, non à la sagesse, mais à la prudence. Il était courtisan et non serviteur de la révolution. Il prenait une pelle et allait, avec le peuple, travailler au Champ de Mars, attelé à la même charrette qu’Alexandre de Beauharnais. Il conseillait l’énergie dont il n’usait point. Il disait aux Girondins: Mettez le canon de votre parti. Il y a les penseurs qui sont les lutteurs; ceux-là étaient, comme Condorcet, avec Vergniaud, ou, comme Camille Desmoulins, avec Danton. Il y a les penseurs qui veulent vivre, ceux-ci étaient avec Sieyès.
Les cuves les plus généreuses ont leur lie. Au-dessous même de la Plaine, il y avait le Marais. Stagnation hideuse laissant voir les transparences de l’égoïsme. Là grelottait l’attente muette des trembleurs. Rien de plus misérable. Tous les opprobres, et aucune honte; la colère latente; la révolte sous la servitude. Ils étaient cyniquement effrayés; ils avaient tous les courages de la lâcheté; ils préféraient la Gironde et choisissaient la Montagne; le dénoûment dépendait d’eux; ils versaient du côté qui réussissait; ils livraient Louis XVI à Vergniaud, Vergniaud à Danton, Danton à Robespierre, Robespierre à Tallien. Ils piloriaient Marat vivant et divinisaient Marat mort. Ils soutenaient tout jusqu’au jour où ils renversaient tout. Ils avaient l’instinct de la poussée décisive à donner à tout ce qui chancelle. À leurs yeux, comme ils s’étaient mis en service à la condition qu’on fût solide, chanceler, c’était les trahir. Ils étaient le nombre, ils étaient la force, ils étaient la peur. De là l’audace des turpitudes.
De là le 31 mai, le 11 germinal, le 9 thermidor; tragédies nouées par les géants et dénouées par les nains.
VI
À ces hommes pleins de passions étaient mêlés les hommes pleins de songes. L’utopie était là sous toutes ses formes, sous sa forme belliqueuse qui admettait l’échafaud, et sous sa forme innocente qui abolissait la peine de mort; spectre du côté des trônes, ange du côté des peuples. En regard des esprits qui combattaient, il y avait les esprits qui couvaient. Les uns avaient dans la tête la guerre, les autres la paix; un cerveau, Carnot, enfantait quatorze armées; un autre cerveau, Jean Debry, méditait une fédération démocratique universelle. Parmi ces éloquences furieuses, parmi ces voix hurlantes et grondantes, il y avait des silences féconds. Lakanal se taisait, et combinait dans sa pensée l’éducation publique nationale; Lanthenas se taisait, et créait les écoles primaires; Révellière-Lépeaux se taisait, et rêvait l’élévation de la philosophie à la dignité de religion. D’autres s’occupaient de questions de détail, plus petites et plus pratiques. Guyton-Morveau étudiait l’assainissement des hôpitaux, Maire l’abolition des servitudes réelles, Jean-Bon-Saint-André la suppression de la prison pour dettes et de la contrainte par corps, Romme la proposition de Chappe, Duboë la mise en ordre des archives, Coren-Fustier la création du cabinet d’anatomie et du muséum d’histoire naturelle, Guyomard la navigation fluviale et le barrage de l’Escaut. L’art avait ses fanatiques et même ses monomanes; le 21 janvier, pendant que la tête de la monarchie tombait sur la place de la Révolution, Bézard, représentant de l’Oise, allait voir un tableau de Rubens trouvé dans un galetas de la rue Saint-Lazare. Artistes, orateurs, prophètes, hommes-colosses comme Danton, hommes-enfants comme Cloots, gladiateurs et philosophes, tous allaient au même but, le progrès. Rien ne les déconcertait. La grandeur de la Convention fut de chercher la quantité de réel qui est dans ce que les hommes appellent l’impossible. À l’une de ses extrémités, Robespierre avait l’œil fixé sur le droit; à l’autre extrémité, Condorcet avait l’œil fixé sur le devoir.