Frédéric Dard ou la vie privée de San-Antonio
- Автор: Rivière François
- Год: 1999
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 978-2265065253
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Frédéric Dard ou la vie privée de San-Antonio». Краткое содержание книги:
Suivre les premiers succès d'un très jeune écrivain lyonnais encouragé par Simenon, puis, à Paris, le nouveau départ de Frédéric comme dramaturge aux côtés de Robert Hossein, sa collaboration comme scénariste avec les cinéastes Gérard Oury, Edouard Molinaro ou Yves Allégret.
Enfin revenir sur la naissance hasardeuse du commissaire San-Antonio en 1949 et la consécration de ce personnage de fiction devenu en quelque sorte auteur de la saga trépidante que l'on sait.
A travers ce portrait en action, on partagera les émois, les coups durs et les temps forts d'une vie d'homme épris d'absolu, dans un monde qu'il juge avec tendresse mais sans concession avec ce tempérament hors du commun qui fait sans conteste de Frédéric Dard l'homme de lettres le plus libre de notre époque.
C’est peut-être de ce fiasco finalement sans grande importance que naît, entre 1955 et 1956, un quatuor romanesque bien plus riche d’inventions que la saga de l’Ange Noir, signé Kaput.
« Les confidences d’un gangster de mes relations — dixit Frédéric lors de la réédition des quatre romans en 1971 — étaient à l’origine de cette entreprise d’équarrissage. » Son ambition est de faire dans la violence à l’état pur en racontant sans fioritures la cavale d’un petit truand, mâtiné de Jésus-la-Caille, traumatisé par son passage à la centrale de Poissy.
Kaput se présente ainsi dans les premières pages de La foire aux asticots : « Une vraie gravure de pin-up boy. Les femmes et les mignons allaient marcher à reculons en me voyant ! » Il s’éprend de la jolie compagne de l’homme aux intentions machiavéliques qui l’a recueilli après son évasion. Ivre d’une liberté pleine de promesses, il entame une descente aux enfers pavée de cadavres et d’actes profondément choquants.
Dès le second volume, La dragée haute, le Fleuve Noir s’inquiète. Frédéric comprend qu’il va trop loin mais, refusant d’édulcorer son personnage — comme on le lui propose tartufe-ment —, il conclut sa série rouge en deux épisodes, Pas tant de salades et Mise à mort. Dommage. Kaput, tant par l’écriture que par la qualité des scènes, hautement inspirées, et où du reste, se fait souvent sentir l’influence du monde sans pitié de James Hadley Chase, renvoie aux préoccupations stylistiques du Dard de La Crève, voire à quelques passages particulièrement bienvenus des San-Antonio. Les derniers moments du fuyard, traqué par la police, sont empreints d’une morbidité poignante rarement atteinte jusque-là dans la littérature policière made in France.
18.
Cinéma
En arrivant un soir au Grand-Guignol où l’on répète Les assassins de Montchat, une pièce en un acte qu’il vient d’écrire d’après un roman de Paul Gordeaux — auteur de l’interminable feuilleton « Le crime ne paie pas », de France-Soir —, Frédéric tombe précisément sur la dernière édition de ce quotidien. Quelle n’est pas sa stupéfaction d’y lire, dans « Les Potins de la Commère », un entrefilet signalant la prochaine mise en chantier, par Hossein, d’un film tiré de la pièce Les salauds vont en enfer. Son sang ne fait qu’un tour. Il s’élance vers Hossein et lui vole littéralement dans les plumes. On doit les séparer. Haletant, le ténébreux comparse de Frédéric joue la surprise. Ne lui avait-il pas dit que les droits de leur pièce avaient été négociés avec le producteur Jules Borkon ? Certes. Mais il avait été entendu qu’ils feraient le film ensemble. S’ensuivent les explications fumeuses de celui qui n’a pas su résister à l’envie de se lancer en solitaire dans l’aventure de son premier film. Jules Borkon a déjà décidé de lui adjoindre Georges Lampin, un vieux routier du cinéma qui l’aide à résoudre les problèmes techniques. La colère de Dard s’apaise, on se pardonne et tout est oublié. Peu après, informé de l’affaire, Armand de Caro fait une suggestion à son auteur :
— Pourquoi ne vous chargeriez-vous pas de l’adaptation romanesque de votre drame ? En publiant le livre à la sortie du film, un succès de librairie est plus que probable.
Marché conclu. En quelques semaines, Frédéric vient à bout de ce travail relativement aisé. Le journal L’Aurore s’assure l’exclusivité de la publication en feuilleton du roman qui, dès sa sortie, s’annonce comme un succès. Quant au film, plutôt laborieux et mélodramatique, il ne sera sauvé que par l’interprétation acceptable d’Henri Vidal et de la toute jeune Marina Vlady, dont Hossein partage la vie.
Robert Hossein, qui n’est pas plus rancunier que Frédéric, va — comme pour se racheter — servir d’intermédiaire entre son ami et le monde du cinéma qu’il commence à pratiquer avec assiduité. Ensemble, ils rendent visite aux gros producteurs établis sur les Champs-Élysées. Hossein, avec le toupet qui le caractérise, investit leurs bureaux sans se démonter.
Ayant tourné le dos au théâtre, le romancier toujours insatisfait ne serait pas mécontent de s’abreuver financièrement à la source féconde de la machine à rêves. Paris n’est pas Hollywood mais comme le remarque Alain Poiré, alors jeune producteur, « les années cinquante resteront les années fortes du cinéma. La proportion des films qui marchaient très bien était importante, d’autant qu’une habitude s’était créée : le cinéma du samedi soir. »
La production de films de série B est, en effet, plus que jamais à l’ordre du jour et requiert de nouveaux talents de scénaristes. La première opportunité qui se présente est une adaptation du Jésus-la-Caille que doit réaliser André Pergament. Celui-ci en concocte le scénario avec Frédéric, à qui seront confiés aussi les dialogues. Les comédiens pressentis sont Philippe Lemaire (qui a créé le rôle à la scène), Jeanne Moreau, Roger Pierre et Robert Dalban. Ce film ne laissera pas un souvenir impérissable. Mais, aussitôt le scénariste est requis pour une autre tâche, celle d’écrire, en collaboration avec le comédien Roger Pierre, l’argument d’une bande comique destinée à mettre en valeur les dons cinématographiques de Fernand Raynaud, alors en pleine ascension. La bande à papa, réalisé par Guy Lefranc, a pour dialoguiste un autre auteur du Fleuve Noir, qui a d’ailleurs renoncé à une embryonnaire carrière littéraire pour se lancer à corps perdu dans le cinéma : Michel Audiard.
Au cours de l’année 1956, Frédéric a définitivement cessé de collaborer aux publications de Clément Jacquier, que ce soit pour la collection « La Loupe » ou pour les revues humoristiques. En ce qui concerne ces dernières, il a œuvré avec un zèle confondant. L’exercice consistant à fournir à jet continu histoires drôles, contes brefs, pastiches et autres « calembredaines » soigneusement calibrées, et ce depuis plus de cinq ans, a aiguisé chez Frédéric le sens de la trouvaille désopilante, de la chute hilarante, de l’incessante bouffonnerie. Dans la vie, ce pessimiste acharné — mais heureux, comme le lui a fait remarquer Hossein — met en action un véritable folklore langagier issu de sa période lyonnaise, de Charlaix, de Grancher, mais aussi de son propre père, ce boute-en-train des fêtes de famille. Un tel bagage, songe-t-il peut-être, ne devrait pas se perdre…
Mais voici qu’un triste événement le ramène brutalement aux jours d’autrefois. Bonne-Maman est au plus mal. Lorsque Francisque Dard téléphone a son fils pour lui demander de rentrer au plus vite à Lyon, la nouvelle ne surprend pas beaucoup le petit-fils chéri de Claudia. Celle-ci a fait à plusieurs reprises le voyage des Mureaux, en dépit de ses relations difficiles avec Odette. La dernière fois, elle s’est montrée irascible envers Patrice et Élisabeth, mais, surtout, il a semblé à Frédéric qu’elle commençait à perdre la tête. Une photographie nous les montre tous deux, Bonne-Maman plus sèche et ratatinée que jamais et Frédéric, le teint blafard, les yeux effarés. À son arrivée à Lyon, celui-ci est déjà terrassé par le chagrin. Il sait que ce décès sera sa première mort, celle de l’être dont il n’imaginait pas, enfant, qu’il pût un jour en être séparé. Bonne-Maman n’est plus qu’un corps décharné dans un lit d’hôpital et son petit-fils, penché sur elle durant de longues heures, espère un miracle, une rémission. Il est allé chercher lui-même une bouteille d’oxygène afin de soulager la mourante.