Je, François Villon
- Автор: Тёле Жан
- Год: 2007
- Язык: французский
- Год: Éditions Pocket
- ISBN: 978-2266166539
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Je, François Villon». Краткое содержание книги:
— La pierre, là !
Au pied de l’arbre devant lequel je me trouve, gît un gros caillou. Je me baisse, m’en empare et le relève pour en frapper le dessous de la mâchoire de l’homme d’Église qui m’attaque. Il est comme surpris en l’air. Mon bras gauche, qui a poursuivi sa course ascendante, redescend et cogne plusieurs fois le crâne à coups de pierre. Sermoise s’effondre. Il est étendu dans l’herbe, son couteau à la main, tandis que des cerises rouges tombent, gouttent sur lui, et que Le Mardi revient en criant :
— Au meurtre !
Je recule en disant :
— Cela n’est point ma faute…
— Il l’a tué !
— Moi ?
L’abbé de Senlis n’émet ni gémissement, ni soupir, ni cri, ni appel. Trassecaille, qui pourtant pense toujours que les choses vont s’arranger, se penche sur lui et admet :
— Jamais il ne s’en relèvera. Va-t’en vite, François !
— M’en aller ?
Le sang coule à ma lèvre. Il faut que je trouve un barbier pour me panser. « Va te faire appareiller chez Fouquet », me lance le bedeau qui poursuit en s’adressant à Le Mardi : « Et vous, aidez-moi à transporter ce corps sur la table de la cuisine. On ne va pas le laisser là ! » grommelle-t-il en se retournant vers la petite porte de la maison où une lumière apparaît. « Raah, le chanoine s’est réveillé… »
Je cours dans les rues en fête, une main plaquée sur ma blessure. Je croise des écoliers, des étudiants, des clercs, tenant des marottes. Ils agitent leurs bâtons armés de longs rubans multicolores et de grelots. À cette heure de la nuit, les fous de mascarade font oublier les rois de l’Évangile. Devant moi, un gros titube, soutenu par un maigre. Le gros est déguisé en porc avec des chausses roses et masqué d’un groin. Il demande au maigre qui porte des oreilles d’âne :
— Il est où, Mouton ?
— Quel mouton ?
— Ben, Michel Mouton.
— Ah, je ne sais pas, moi…
J’arrive chez l’homme qui rase, saigne, panse les blessures et connaît les cataplasmes qui soulagent. Je frappe à ses volets. Malgré l’hostilité des médecins, le barbier est roi parce que bon marché et puis aussi parce que les gens n’ont guère confiance en ces chirurgiens qui, devant une plaie, examinent les urines en prononçant des phrases en latin. Fouquet, roux, ouvre sa porte. Il n’est pas surpris qu’on le réclame. Le barbier est le recours habituel, les soirs de bagarre, mais Fouquet connaît aussi les intendances du Châtelet : avant le pansement, demander et noter les identités. Qui est le blessé ? Qui l’a blessé ?
— Celui qui m’a blessé s’appelle Philippe Sermoise.
— Et vous, quel est votre nom ? me demande le barbier.
— Michel Mouton.
47
Je, Michel Mouton… dois me faire discret. À pas de loup, en ce samedi matin, je reviens sur les lieux de l’incident d’hier soir, surveille les alentours, vérifie l’absence de sergents du Châtelet dans le coin avant d’oser pousser l’huis de la maison à l’enseigne de La Porte Rouge.
Maître Guillaume est seul, catastrophé dans son fauteuil gothique près de la cheminée éteinte. Il lève vers moi des yeux rougis qui ont beaucoup pleuré, constate le gros emplâtre d’onguent et d’argile verte séchée qui déforme, sur le côté, ma lèvre brûlante et tuméfiée. Il baisse les paupières, soupire :
— Quelle nuit ! Et puis, ce pauvre ami…
— Mais, dis-je avec de grandes difficultés pour articuler, vous ne connaissiez même pas le curé de Senlis…
Le chanoine relève vers moi son bon regard :
— Ce matin, on a retrouvé Gilles Trassecaille pendu à une poutre de sa chambre sous les combles.
Je m’assois sur le banc où se posait habituellement le bedeau… Mon tuteur continue d’une voix monocorde : « Il tournait en l’air devant sa fenêtre à la vitre en cuir et tenait à la main cette lettre », conclut-il, levant son menton vers une feuille de papier posée sur la table.
Maître Guillaume,
Je n’ai pas eu le courage de m’accuser de ce qui s’est passé hier dans le verger comme vous l’auriez fait. Je n’aurais donc pas pu croiser à nouveau votre regard et puis ce que j’ai appris juste avant est trop terrible… Je n’aurais su, ni comment vous le cacher, ni comment vous le dire. Que Dieu sauve François !