Le Prisonnier De Zenda
- Автор: Hope Anthony
- Язык: французский
- Жанр: Другие приключения
Электронная книга - «Le Prisonnier De Zenda». Краткое содержание книги:
«Du diable! mais on n’y voit pas plus que dans un four!»
C’était la voix retentissante du jeune Rupert. Une minute plus tard, la fusillade commençait. Je m’élançai, suivi de Sapt et de Fritz.
«En avant! en avant!»
Je distinguais toujours la voix de Rupert. Un cri, un gémissement nous prouvèrent que le jeune fauve ne demeurait pas en reste.
«C’en est fait de moi, Rupert, fit une voix mourante. Ils étaient deux contre un. Sauvez-vous!»
Je courais toujours, mon gourdin à la main. Tout à coup, je vis un cavalier qui venait sur moi, couché sur l’encolure de son cheval.
«Comment, c’est ton tour, mon pauvre Krastein?» criait-il.
Pas de réponse. Je m’élançai à la tête du cheval. Le cavalier n’était autre que Rupert Hentzau.
«Enfin!» m’écriai-je.
Car il semblait bien que nous le tenions. Il n’avait pour toute arme que son épée. Mes hommes le pressaient.
Sapt et Fritz accouraient; je ne les avais devancés que de quelques mètres. S’ils arrivaient et s’ils tiraient, il fallait ou qu’il mourût, ou qu’il se rendît.
«Enfin! répétai-je.
– Ah! bah! c’est le grand premier rôle», fit-il en frappant avec son épée un coup si formidable qu’il coupa net mon gourdin.
Jugeant là-dessus que la prudence la plus élémentaire m’ordonnait de battre en retraite, je fis le plongeon et (j’ai honte de l’avouer) je pris mes jambes à mon cou.
Ce Rupert a le diable au corps.
Comme je m’étais retourné pour voir ce qu’il advenait de lui, je le vis enfoncer ses éperons dans le ventre de son cheval, gagner au galop le bord du fossé, et sauter dedans sous une grêle de balles que les miens faisaient pleuvoir sur lui.
Si seulement il y avait eu le moindre clair de lune, il était perdu. Grâce à l’obscurité, il gagna l’abri du château et disparut.
«Le diable l’emporte! grogna Sapt.
– Quel dommage, m’écriai-je, que ce soit un coquin! Quels sont ceux qui sont restés sur le carreau?»
Laengram et Krastein étaient morts. La situation n’étant plus tenable, et faute de pouvoir faire autrement, nous les jetâmes, ainsi que Max, dans l’étang; dans notre camp, trois gentilshommes avaient péri.
Alors nous rentrâmes au château, navrés jusqu’au fond du cœur de la perte de nos amis, douloureusement anxieux au sujet du roi, et piqués au vif que Rupert de Hentzau eût gagné cette manche contre nous.
Pour ma part, j’étais furieux, furieux de n’avoir tué personne dans la bagarre, et de n’avoir à mon actif que ce coup de poignard planté dans le cœur d’un valet endormi.
Il m’était en outre fort désagréable que ce coquin de Rupert m’eût traité de comédien!
XV Conversation avec un démon
La Ruritanie n’est pas l’Angleterre. En Angleterre, jamais la lutte qui s’était engagée entre le duc Michel et moi n’aurait pu se prolonger, avec les remarquables incidents qui l’on agrémentée, sans surexciter l’intérêt public. En Ruritanie, les mœurs ne sont pas les mêmes, les duels sont très fréquents dans la noblesse, et les querelles entre grands seigneurs s’étendent presque toujours à leurs amis et à leurs serviteurs.
Néanmoins, après l’échauffourée dont je viens de parler, il courut de tels bruits que je dus me tenir sur mes gardes.
D’ailleurs, la mort des gentilshommes qui avaient succombé ne pouvait rester cachée à leurs familles. Je m’efforçai de détourner les soupçons. Je fis afficher un ordre sévère proscrivant le duel; la quantité des duels, qui allait toujours en augmentant, avait pris en ces derniers temps des proportions si considérables que cela justifiait cette mesure (le chancelier me prépara ce rescrit avec toute sa compétence). Le duel ne pouvait être autorisé que dans les cas les plus graves.
Je fis répandre la nouvelle que les trois gentilshommes avaient été tués en duel, et je fis faire solennellement et publiquement des excuses à Michel, qui me fit la réponse la plus respectueuse et la plus courtoise. Nous étions au moins d’accord sur un point, l’impossibilité où chacun de nous se trouvait de jouer cartes sur table. Comme moi, il avait son personnage à soutenir; aussi, tout en nous haïssant, nous nous entendions pour jouer l’opinion publique.
Malheureusement, cette nécessité de garder le secret entraînait des atermoiements, et ces atermoiements pouvaient être fatals au roi: il pouvait mourir dans sa prison ou être transporté ailleurs. Mais que faire? Pendant quelque temps, je fus forcé d’observer une sorte de trêve. Ma seule consolation alors fut l’approbation passionnée que Flavie donna à mon ordonnance contre le duel; comme je lui exprimais ma joie d’avoir été ainsi, sans le savoir, au-devant de ses désirs, elle me supplia, si je tenais à lui plaire, d’être plus sévère encore, et de défendre le duel purement et simplement.
«Attendez que nous soyons mariés», fis-je en souriant.
Un des résultats les plus étranges de cette trêve et du secret qui en était cause, c’est que la ville de Zenda devint dans le jour – car je ne me serais pas fié beaucoup à sa protection la nuit – une sorte de zone neutre où les deux partis pouvaient aller et venir à leur guise. En sorte que, un jour, je fis une rencontre fort amusante d’un côté, mais assez embarrassante de l’autre. Comme nous passions à cheval, Flavie, Sapt et moi, nous croisâmes un personnage à l’air solennel, qui conduisait une voiture à deux chevaux. En nous voyant, il stoppa, descendit et s’approcha en faisant force saluts. Je reconnus le grand maître de la police de Strelsau.
«Nous mettons tous nos soins, dit-il, à faire respecter l’ordonnance de Votre Majesté relative au duel.»
Si c’était là le but de sa visite à Zenda, j’étais décidé à calmer son zèle.
«Est-ce là ce qui vous amène à Zenda, préfet? demandai-je.
– Non, Sire; je suis ici pour obliger l’ambassadeur d’Angleterre.
– Que diable l’ambassadeur d’Angleterre vient-il faire dans cette galère? m’écriai-je d’un ton léger.
– Un compatriote à lui, Sire, un jeune homme d’un certain rang a disparu. On le cherche. Voilà deux mois que ses amis sont sans nouvelles, et l’on a de bonnes raisons de croire que c’est à Zenda qu’on l’a vu en dernier lieu.»
Flavie était distraite. Moi je n’osais regarder Sapt.
«Quelles sont ces bonnes raisons? insistai-je.
– Un ami à lui, un ami de Paris, un M. Featherly, déclare qu’il a dû venir ici, et les employés du chemin de fer se rappellent, en effet, avoir vu son nom sur son bagage.
– Quel nom?
– Rassendyll, Sire.»
Ce nom, évidemment, ne lui disait rien. Jetant un coup d’œil vers la princesse, et baissant la voix, il continua:
«On croit qu’il a suivi une dame. Votre Majesté a entendu parler d’une certaine Mme de Mauban?
– Comment donc! Mais certainement.»
Et mes yeux se portèrent involontairement vers le château.