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Le Prisonnier De Zenda

Электронная книга - «Le Prisonnier De Zenda». Краткое содержание книги:

?crit en 1894, ce court roman d'Anthony Hope est devenu un classique du livre d'aventures outre-manche, m?me s'il reste m?connu en France, malgr? plusieurs adaptations au cin?ma et ? la t?l?vision.
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«Je vous assure, continua Jean, en frissonnant, qu’il n’est pas aisé de dormir tranquille à Zenda. Ils sont là un tas de bandits pour lesquels couper la gorge d’un homme n’est pas une plus grosse affaire que faire une partie de cartes. Quant à Mgr Rupert, je crois bien qu’il n’y a pas de passe-temps qui soit plus de son goût.»

Lorsque notre homme eut terminé son récit, je priai Fritz de le reconduire et de veiller à ce qu’il fût mis sous bonne garde. Au moment où il sortait, je me tournai vers lui et j’ajoutai:

«Si quelqu’un ici te demande s’il y a un prisonnier au château de Zenda, tu peux répondre: «Oui»; mais si on te demande qui est ce prisonnier, ne le dis pas. Toutes les assurances que tu as reçues de nous ne te sauveraient pas si on apprenait la vérité. Prends-y garde, et dis-toi que je te tuerai comme un chien si tu laisses transpercer la moindre chose.» Lorsqu’il fut parti, je regardai Sapt.

«La chose est compliquée, fis-je.

– Si compliquée, répondit-il en secouant sa tête grise, que je crois qu’à pareille époque, l’an prochain, vous serez encore sur le trône de Ruritanie!»

Et il éclata en imprécations contre Michel, envoyant à tous les diables sa fourberie et son astuce.

Je m’étais rejeté sur mes oreillers.

«Je ne vois, repris-je, que deux moyens de faire sortir le roi vivant du château. Le premier serait la trahison de quelqu’un des serviteurs du duc.

– Vous pouvez laisser celui-là de côté, dit Sapt.

– J’espère bien que non, repris-je, car celui que j’allais mentionner en second, c’est l’intervention du Ciel, c’est un miracle!»

XIV Le moment décisif approche

Mon bon peuple de Ruritanie eût été fort étonné s’il avait surpris ma conversation avec Jean, sur laquelle s’est terminé le chapitre précédent, car les rapports officiels avaient répandu partout la nouvelle que j’avais été blessé grièvement à la chasse.

Les bulletins que je faisais rédiger devant moi, et qui constataient un état très sérieux, causèrent dans la ville la plus violente surexcitation.

Pendant ce temps survenaient trois ordres d’événements: d’abord j’offensai gravement la Faculté de médecine de Strelsau en refusant d’admettre à mon chevet aucun de ses professeurs, sauf un jeune docteur, ami de Fritz, et en qui nous pouvions avoir confiance. Secondement, je reçus un mot du maréchal Strakencz m’informant que mes ordres ne semblaient pas avoir plus de poids que les siens au sujet de la princesse Flavie qui partait pour Tarlenheim, escortée par lui bien contre son gré (nouvelle qui n’eut pas de peine à me rendre fier et heureux). Et, troisièmement, mon frère, le duc de Strelsau, quoiqu’il fût trop bien informé pour croire à la prétendue cause de ma maladie, était encore persuadé, par ce qui lui en était rapporté et par mon apparente inaction, que j’étais en réalité incapable d’agir et que ma vie peut-être était en danger. C’est ce que j’appris de Jean en qui j’avais été forcé de mettre ma confiance et que j’avais renvoyé à Zenda, où, au fait, Rupert Hentzau l’avait fouetté de la belle façon pour avoir osé sortir du château. Ceci, Jean ne pouvait le pardonner à Rupert, et l’approbation que le duc avait donnée à cette punition avait plus fait pour m’attacher le garde que toutes mes promesses.

Sur l’arrivée de Flavie, je ne puis insister. La joie qu’elle ressentit à me trouver debout et en bonne santé, alors qu’elle s’attendait à me voir dans un lit, luttant avec la mort, fut un tableau dont mes yeux conserveront toujours le souvenir; et les reproches qu’elle m’adressa pour n’avoir pas eu confiance en elle doivent excuser les moyens que j’employai pour les apaiser.

À la vérité, l’avoir près de moi une fois encore était comme le goût du ciel pour une âme damnée, d’autant plus exquisément doux qu’est plus inévitable le jugement qui doit survenir. Aussi me réjouis-je de pouvoir passer deux jours entiers en sa compagnie. Ces deux jours terminés, le duc de Strelsau arrangea une partie de chasse. C’est que le moment décisif approchait.

Sapt et moi, après de longues hésitations, nous avions résolu de risquer le grand coup, encouragés d’ailleurs par les rapports de Jean, qui disaient que le roi avait mauvaise mine, était pâle et souffrant. Pauvre roi! il se mourait d’ennui et de chagrin; faut-il s’en étonner, et ne vaut-il pas mieux, pour un homme, qu’il soit roi ou non, risquer sa vie et mourir en gentilhomme que de pourrir ainsi dans une cave?

Cette pensée rendait une prompte action désirable dans l’intérêt même du roi. À mon propre point de vue, elle devenait de plus en plus nécessaire.

Car Strakencz me pressait au sujet de mon mariage avec Flavie et mes propres inclinations s’accordaient si bien avec l’insistance du chancelier que j’eus peur de la résolution à prendre. Je ne crois pas que j’eusse jamais commis cet acte auquel je rêvais; mais j’aurais été amené à prendre la fuite, et ma fuite eût ruiné la cause.

C’est peut-être la chose la plus étrange qu’on ait jamais pu voir dans l’histoire d’un pays que le frère du roi et le sosie du roi, à une époque de paix profonde, auprès d’une tranquille ville de province, sous l’apparence de l’amitié, engageant une lutte désespérée pour la personne et la vie du roi. Tel est, en effet, le combat qui commença bientôt entre Zenda et Tarlenheim. Lorsque je fais un retour en arrière, il me semble que je fus alors frappé de folie. Sapt m’a dit que je ne souffrais aucune intervention et que je n’écoutais aucune remontrance; et si jamais un roi de Ruritanie gouverna en despote, je puis dire qu’en ce moment-là je fus ce roi. De quelque côté que se portassent mes regards, je n’apercevais rien qui pût me rendre la vie aimable, et je prenais ma vie dans ma main et je la portais sans la moindre attention comme quelqu’un qui balancerait avec dédain un vieux gant.

D’abord ils se disposèrent à me garder, à écarter de moi les risques, à me persuader que je ne devais pas m’exposer. Mais, lorsqu’ils s’aperçurent que j’étais décidé à tout, soit qu’ils connussent, soit qu’ils ne connussent pas la vérité, ils sentirent croître en eux le sentiment que le Destin seul fixerait l’issue de l’affaire et qu’il fallait me laisser jouer tout seul mon jeu contre le duc Noir.

Le lendemain soir, je quittai la table où j’avais soupé en compagnie de Flavie, venue, malgré toutes mes remontrances, pour soigner ma blessure, et je la reconduisis jusqu’à la porte de son appartement.

Là, je lui baisai la main, et je pris congé en lui souhaitant une bonne nuit, un heureux réveil, une longue suite de jours de bonheur; puis j’allai changer de costume et je sortis.

Sapt et Fritz m’attendaient, armés jusqu’aux dents, montés sur de solides chevaux et accompagnés de six hommes également à cheval. Sapt portait devant lui, sur sa selle, un rouleau de cordes. Quant à moi, pour toutes armes, je m’étais muni d’un gros gourdin et d’un long couteau.

Nous fîmes un détour pour éviter la ville, et, au bout d’une heure, nous gravissions la colline qui mène au château de Zenda. La nuit était noire, très orageuse; des rafales de vent et de pluie passaient, nous sifflant aux oreilles, tandis que les grands arbres pleuraient et gémissaient.

Lorsque nous arrivâmes auprès d’un petit bois, à environ un quart de mille du château, nous nous arrêtâmes, et nos six compagnons reçurent l’ordre de nous attendre, cachés dans un fourré. Sapt avait eu soin d’emporter un sifflet. Au premier coup de sifflet, nos hommes devaient accourir à notre secours.

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