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Le Prisonnier De Zenda

Электронная книга - «Le Prisonnier De Zenda». Краткое содержание книги:

?crit en 1894, ce court roman d'Anthony Hope est devenu un classique du livre d'aventures outre-manche, m?me s'il reste m?connu en France, malgr? plusieurs adaptations au cin?ma et ? la t?l?vision.
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Mais, jusqu’à présent, nous n’avions rencontré personne. J’espérais que Michel ne s’était pas encore mis sur ses gardes, me croyant toujours alité. Quoi qu’il en soit, nous atteignîmes sans encombre le haut de la colline que coupe à pic le fossé. Sur le bord du fossé s’élevait un arbre auquel Sapt attacha fortement la corde qu’il avait apportée. J’enlevai mes bottes, je bus à ma gourde une gorgée d’eau-de-vie, je fis jouer mon couteau dans sa gaine, et pris mon gourdin entre mes dents. Ceci fait, serrant la main de mes amis sans prendre garde au regard suppliant de Fritz, je saisis la corde et me laissai glisser dans le fossé. Je voulais regarder de près la fameuse échelle de Jacob.

Doucement, j’entrai dans l’eau. Je fis en nageant le tour des grands murs qui me regardaient d’un air rébarbatif. Il faisait très sombre; je ne voyais pas à plus de trois mètres au-dessus de ma tête, et, comme j’avais soin de raser les vieux murs moussus, tout couverts de plantes aquatiques, j’avais les plus grandes chances de ne pas être vu. Quelques lumières brillaient dans la partie neuve du château, en face, et, de temps à autre, des éclats de rire et un bruit de voix arrivaient jusqu’à moi. Il me sembla reconnaître celle du jeune Hentzau; je me le représentai animé, à moitié gris. Mais il ne s’agissait pas de cela, et il ne fallait pas perdre de vue le but de mon expédition. Je m’arrêtai un moment pour reprendre haleine. Si Jean avait bien décrit la position du cachot du roi, je devais me trouver dans les environs de la fenêtre.

J’avançais avec mille précautions. Tout à coup, autant que l’obscurité pouvait le permettre, je crus distinguer une forme vague. Qu’était-ce? J’avançai: c’était le fameux tuyau qui décrivait une sorte d’arc de cercle, en allant de la fenêtre jusqu’à l’eau. On l’apercevait sur une longueur d’un mètre cinquante environ; il avait à peu près la grosseur de deux hommes. J’allais m’en approcher, lorsque j’aperçus une chose qui me cloua sur place et me fit battre le cœur.

Un petit canot allongeait son nez pointu le long du tuyau; je tendis l’oreille, et il me sembla entendre un léger bruit, le bruit d’un homme qui se retourne.

Qui pouvait être là, dans ce bateau? À qui Michel avait-il confié la garde de son invention? Le gardien était-il éveillé ou dormait-il? Je m’assurai que mon couteau était à portée de ma main, et, du pied, je cherchai le fond.

À ma grande surprise, je rencontrai la terre ferme: les fondations du château, avançant de vingt-cinq à trente centimètres, formaient saillie, et c’est sur cette saillie que je me trouvais debout, avec de l’eau jusqu’aux aisselles. Alors, je me penchai, cherchant à percer les ténèbres, à voir sous le tuyau, là où forcément, par l’arc de cercle qu’elle décrivait, la longue machine laissait un espace vide.

Et j’aperçus un homme couché au fond de la barque; à côté de lui, un fusil, dont le canon reluisait dans l’ombre. C’était la sentinelle! L’homme ne bougeait pas. J’écoutai.

Sa respiration était bruyante, régulière, monotone. Il dormait.

Alors, je m’agenouillai sur la saillie du mur, et je me glissai sous le tuyau jusqu’à ce que ma tête fût à cinquante centimètres de la sienne.

C’était un immense gaillard, que je reconnus, au premier coup d’œil, pour le frère de Jean, Max Holf. Ma main se porta à ma ceinture, je tirai mon poignard. De tous les actes de ma vie, c’est celui peut-être auquel il m’est le plus pénible de penser: j’ai peur de me répondre lorsque je m’interroge et que je me demande si j’ai agi loyalement.

Mais, au moment même, je n’hésitai pas. Et le pouvais-je? La vie du roi n’était-elle pas en jeu? Je me redressai contre le bateau qui ne bougeait pas, amarré qu’il était contre la paroi du rocher, et, retenant ma respiration, je choisis le point où je devais frapper, et je levai le bras. Le grand diable s’agita, ouvrit les yeux tout grands, toujours plus grands, me regarda épouvanté, et chercha son fusil. C’est alors que je le frappai. Au même moment, le refrain d’une chanson m’arrivait de la rive opposée.

Sans plus m’inquiéter du cadavre, je me dirigeai vers l’échelle de Jacob. Le temps pressait. Il se pouvait que l’heure de relever la sentinelle fût venue. L’éveil serait aussitôt donné. Je me penchai sur le tuyau et l’examinai du haut en bas, depuis, l’endroit où il touchait l’eau jusqu’à la partie supérieure qui passait ou semblait passer à travers la maçonnerie du mur. Il n’y avait là ni rupture ni crevasse. Me laissant tomber à genoux, j’explorai le côté inférieur. Et ma respiration s’accéléra, car, à la paroi du dessous où la poterie semblait scellée dans la brique, j’aperçus une lueur. Elle devait provenir de la cellule du roi. J’appliquai mon épaule contre le tuyau et m’y appuyai en retenant ma respiration. La fente s’élargit très légèrement: alors je reculai. J’en avais assez fait pour constater que l’échelle de Jacob n’était pas fixée à la maçonnerie dans sa partie inférieure.

À ce moment, une voix rude et discordante frappa mon oreille; elle disait:

«Eh bien! Sire, puisque vous avez assez de ma société, je vais vous laisser reposer. Seulement, avant de m’en aller, il faut que j’attache les petits ornements.»

C’était Detchard; je reconnus son accent anglais.

«Avez-vous quelque chose à demander, Sire, avant que je vous quitte?»

Le roi parla: c’était bien sa voix, mais très faible et creuse, oh! combien différente de cette voix joyeuse qui, naguère, faisait retentir les échos de la forêt.

«Que mon frère, dit le roi, ait pitié, qu’il me tue. Ici, je me meurs à petit feu.

– Le duc ne souhaite pas votre mort, Sire, fit Detchard d’un ton d’ironie. Le jour où il lui plairait de vous faire mourir, voilà le chemin que vous prendriez pour aller au Ciel!»

Le roi répondit:

«Je suis en son pouvoir, pour le moment, du moins. Si vos instructions ne s’y opposent pas, je vous prierai de me laisser.

– Je souhaite à Votre Majesté de rêver du paradis», ajouta le misérable.

La lumière disparut. J’entendis un bruit de chaînes et de verrous, et puis des sanglots. Le roi se croyait seul, et il pleurait. Qui oserait se moquer?

Je ne me hasardai pas à parler au roi. Une exclamation que la surprise aurait pu lui arracher risquait de nous perdre. Il me sembla d’ailleurs que j’en avais appris assez pour une première fois. Restait à rejoindre mes amis sans donner l’éveil et à me débarrasser du cadavre de la sentinelle. Le laisser où il était en eût dit trop long. Je montai dans le canot; le vent qui maintenant hurlait en tempête couvrait le bruit des rames, et je me dirigeai vers l’endroit où mes amis m’attendaient. Je venais d’arriver à destination quand retentit un coup de sifflet strident.

«Hallo, Max!» criait-on.

J’appelai Sapt à voix basse. La corde descendit. Je la liai autour du cadavre de la sentinelle, et puis je me hissai moi-même.

«Sifflez maintenant pour appeler nos hommes, fis-je très bas, et allons ferme. Ne perdons pas notre temps en paroles inutiles.»

Nous hissâmes le cadavre; comme nous le déposions par terre, trois cavaliers passèrent au grand galop, venant du château. Nous les vîmes; mais, comme nous étions à pied, ils ne nous remarquèrent pas. Nos hommes arrivaient presque au même moment.

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