Les Mille Et Une Nuits Tome I
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome I». Краткое содержание книги:
Zobéide demeura quelque temps à la même place au milieu de la salle, comme pour se remettre de la fatigue qu’elle venait de se donner en fouettant les deux chiennes. «Ma chère sœur, lui dit la belle Safie, ne vous plaît-il pas de retourner à votre place, afin qu’à mon tour je fasse aussi mon personnage? – Oui, répondit Zobéide.» En disant cela, elle alla s’asseoir sur le sofa, ayant à sa droite le calife, Giafar et Mesrour, et à sa gauche les trois calenders et le porteur… Sire, dit en cet endroit Scheherazade, ce que votre majesté vient d’entendre doit sans doute lui paraître merveilleux; mais ce qui reste à raconter l’est encore bien davantage. Je suis persuadée que vous en conviendrez la nuit prochaine, si vous voulez bien me permettre de vous achever cette histoire. Le sultan y consentit, et se leva parce qu’il était jour.
XXXV NUIT.
Dinarzade ne fut pas plus tôt éveillée le lendemain qu’elle s’écria: Ma sœur, si vous ne dormez pas, je vous prie de reprendre le beau conte d’hier. La sultane, se souvenant de l’endroit où elle en était demeurée, parla aussitôt de cette sorte, en adressant la parole au sultan:
Sire, après que Zobéide eut repris sa place, toute la compagnie garda quelque temps le silence. Enfin Safie, qui était assise sur le siège au milieu de la salle, dit à sa sœur Amine: «Ma chère sœur, levez-vous, je vous en conjure; vous comprenez bien ce que je veux dire.» Amine se leva et alla dans un autre cabinet que celui d’où les deux chiennes avaient été amenées. Elle en revint tenant un étui garni de satin jaune, relevé d’une riche broderie d’or et de soie verte. Elle s’approcha de Safie et ouvrit l’étui, d’où elle tira un luth, qu’elle lui présenta. Elle le prit, et après avoir mis quelque temps à l’accorder, elle commença de le toucher, et, l’accompagnant de sa voix, elle chanta une chanson sur les tourments de l’absence, avec tant d’agrément, que le calife et tous les autres en furent charmés. Lorsqu’elle eut achevé, comme elle avait chanté avec beaucoup de passion et d’action en même temps: «Tenez, ma sœur, dit-elle à l’agréable Amine, je n’en puis plus et la voix me manque; obligez la compagnie en jouant et en chantant à ma place. – Très-volontiers,» répondit Amine en s’approchant de Safie, qui lui remit le luth entre les mains et lui céda sa place.
Amine ayant un peu préludé pour voir si l’instrument était d’accord, joua et chanta presque aussi longtemps sur le même sujet, mais avec tant de véhémence, et elle était si touchée, ou, pour mieux dire, si pénétrée du sens des paroles qu’elle chantait, que ses forces lui manquèrent en achevant.
Zobéide voulut lui marquer sa satisfaction: «Ma sœur, dit-elle, vous avez fait des merveilles; on voit bien que vous sentez le mal que vous exprimez si vivement.» Amine n’eut pas le temps de répondre à cette honnêteté. Elle se sentit le cœur si pressé en ce moment, qu’elle ne songea qu’à se donner de l’air en laissant voir à toute la compagnie sa gorge et un sein, non pas blanc tel qu’une dame comme Amine devait l’avoir, mais tout meurtri de cicatrices; ce qui fit une espèce d’horreur aux spectateurs. Néanmoins cela ne lui donna pas de soulagement et ne l’empêcha pas de s’évanouir… Mais, sire, dit Scheherazade, je ne m’aperçois pas que voilà le jour. À ces mots, elle cessa de parler, et le sultan se leva. Quand ce prince n’aurait pas résolu de différer la mort de la sultane, il n’aurait pu encore se résoudre à lui ôter la vie. Sa curiosité était trop intéressée à entendre jusqu’à la fin un conte rempli d’événements si peu attendus.
XXXVI NUIT.
Dinarzade, suivant sa coutume, dit à la sultane: Ma chère sœur, si vous ne dormez pas, je vous supplie de continuer l’histoire des dames et des calenders. Scheherazade la reprit ainsi:
Pendant que Zobéide et Safie coururent au secours de leur sœur, un des calenders ne put s’empêcher de dire: «Nous aurions mieux aimé coucher à l’air que d’entrer ici, si nous avions cru y voir de pareils spectacles.» Le calife, qui l’entendit, s’approcha de lui et des autres calenders, et s’adressant à eux: «Que signifie tout ceci? dit-il.» Celui qui venait de parler lui répondit: «Seigneur, nous ne le savons pas plus que vous. – Quoi! reprit le calife, vous n’êtes pas de la maison, ni vous ne pouvez rien nous apprendre de ces deux chiennes noires, et de cette dame évanouie et si indignement maltraitée? – Seigneur, repartirent les calenders, de notre vie nous ne sommes venus en cette maison, et nous n’y sommes entrés que quelques moments avant vous.»
Cela augmenta l’étonnement du calife. «Peut-être, répliqua-t-il, que cet homme qui est avec vous en sait quelque chose.» L’un des calenders fit signe au porteur de s’approcher, et lui demanda s’il ne savait pas pourquoi les chiennes noires avaient été fouettées et pourquoi le sein d’Amine paraissait meurtri. «Seigneur, répondit le porteur, je puis jurer par le grand Dieu vivant que si vous ne savez rien de tout cela, nous n’en savons pas plus les uns que les autres. Il est bien vrai que je suis de cette ville; mais je ne suis jamais entré qu’aujourd’hui dans cette maison, et si vous êtes surpris de m’y voir, je ne le suis pas moins de m’y trouver en votre compagnie. Ce qui redouble ma surprise, ajouta-t-il, c’est de ne voir ici aucun homme avec ces dames.»
Le calife, sa compagnie et les calenders avaient cru que le porteur était du logis, et qu’il pourrait les informer de ce qu’ils désiraient savoir. Le calife, résolu de satisfaire sa curiosité à quelque prix que ce fût, dit aux autres: «Écoutez, puisque nous voilà sept hommes et que nous n’avons affaire qu’à trois dames, obligeons-les à nous donner l’éclaircissement que nous souhaitons. Si elles refusent de nous le donner de bon gré, nous sommes en état de les y contraindre.»
Le grand vizir Giafar s’opposa à cet avis et en fit voir les conséquences au calife, sans toutefois faire connaître ce prince aux calenders, et lui adressant la parole, comme s’il eût été marchand: «Seigneur, dit-il, considérez, je vous prie, que nous avons notre réputation à conserver. Vous savez à quelle condition ces dames ont bien voulu nous recevoir chez elles: nous l’avons acceptée. Que dirait-on de nous si nous y contrevenions? Nous serions encore plus blâmables s’il nous arrivait quelque malheur. Il n’y a pas d’apparence qu’elles aient exigé de nous cette promesse sans être en état de nous faire repentir si nous ne la tenons pas.»
En cet endroit, le vizir tira le calife à part, et lui parlant tout bas: «Seigneur, poursuivit-il, la nuit ne durera pas encore longtemps; que votre majesté se donne un peu de patience. Je viendrai prendre ces dames demain matin, je les amènerai devant votre trône, et vous apprendrez d’elles tout ce que vous voulez savoir.» Quoique ce conseil fût très-judicieux, le calife le rejeta, imposa silence au vizir, en lui disant qu’il prétendait avoir à l’heure même l’éclaircissement qu’il désirait.
Il ne s’agissait plus que de savoir qui porterait la parole. Le calife tâcha d’engager les calenders à parler les premiers; mais ils s’en excusèrent. À la fin, ils convinrent tous ensemble que ce serait le porteur. Il se préparait à faire la question fatale, lorsque Zobéide, après avoir secouru Amine, qui était revenue de son évanouissement, s’approcha d’eux. Comme elle les avait ouïs parler haut et avec chaleur, elle leur dit: «Seigneurs, de quoi parlez-vous? quelle est votre contestation?»