Les Mille Et Une Nuits Tome I
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome I». Краткое содержание книги:
«Quelque temps après, il jeta les yeux sur moi.» Mais, mon cher neveu, reprit-il en m’embrassant, si je perds un indigne fils, je retrouve heureusement en vous de quoi mieux remplir la place qu’il occupait.» Les réflexions qu’il fit encore sur la triste fin du prince et de la princesse sa fille nous arrachèrent de nouvelles larmes.
«Nous remontâmes par le même escalier et sortîmes enfin de ce lieu funeste. Nous abaissâmes la trappe de fer et la couvrîmes de terre et des matériaux dont le sépulcre avait été bâti, afin de cacher autant qu’il nous était possible un effet si terrible de la colère de Dieu.
«Il n’y avait pas longtemps que nous étions de retour au palais, sans que personne se fût aperçu de notre absence, lorsque nous entendîmes un bruit confus de trompettes, de timbales, de tambours et d’autres instruments de guerre. Une poussière épaisse dont l’air était obscurci nous apprit bientôt ce que c’était, et nous annonça l’arrivée d’une armée formidable. C’était le même vizir qui avait détrôné mon père et usurpé ses états, qui venait pour s’emparer aussi de ceux du roi mon oncle, avec des troupes innombrables.
«Ce prince, qui n’avait alors que sa garde ordinaire, ne put résister à tant d’ennemis. Ils investirent la ville, et comme les portes leur furent ouvertes sans résistance, ils eurent peu de peine à s’en rendre maîtres. Ils n’en eurent pas davantage à pénétrer jusqu’au palais du roi mon oncle, qui se mit en défense; mais il fut tué après avoir vendu chèrement sa vie. De mon côté, je combattis quelque temps; mais voyant qu’il fallait céder à la force, je songeai à me retirer, et j’eus le bonheur de me sauver par des détours et de me rendre chez un officier du roi dont la fidélité m’était connue.
«Accablé de douleur, persécuté par la fortune, j’eus recours à un stratagème, qui était la seule ressource qui me restait pour me conserver la vie. Je me fis raser la barbe et les sourcils, et ayant pris l’habit de calender, je sortis de la ville sans que personne me reconnût. Après cela il me fut aisé de m’éloigner du royaume du roi mon oncle, en marchant par des chemins écartés. J’évitai de passer par les villes, jusqu’à ce qu’étant arrivé dans l’empire du puissant commandeur des croyants [23], le glorieux et renommé calife Haroun Alraschid, je cessai de craindre. Alors, me consultant sur ce que j’avais à faire, je pris la résolution de venir à Bagdad [24] me jeter aux pieds de ce grand monarque, dont on vante partout la générosité. Je le toucherai, disais-je, par le récit d’une histoire aussi surprenante que la mienne; il aura pitié sans doute d’un malheureux prince, et je n’implorerai pas vainement son appui.
«Enfin, après un voyage de plusieurs mois, je suis arrivé aujourd’hui à la porte de cette ville: j’y suis entré sur la fin du jour, et m’étant un peu arrêté pour reprendre mes esprits et délibérer de quel côté je tournerais mes pas, cet autre calender que voici près de moi arriva aussi en voyageur. Il me salue, je le salue de même. «À vous voir, lui dis-je, vous êtes étranger comme moi.» Il me répond que je ne me trompe pas. Dans le moment qu’il me fait cette réponse, le troisième calender que vous voyez survient. Il nous salue et fait connaître qu’il est aussi étranger et nouveau venu à Bagdad. Comme frères nous nous joignons ensemble, et nous résolvons de ne nous pas séparer.
«Cependant il était tard, et nous ne savions où aller loger dans une ville où nous n’avions aucune habitude, et où nous n’étions jamais venus. Mais notre bonne fortune nous ayant conduits devant votre porte, nous avons pris la liberté de frapper; vous nous avez reçus avec tant de charité et de bonté que nous ne pouvons assez vous en remercier. Voilà, madame, ajouta-t-il, ce que vous m’avez commandé de vous raconter: pourquoi j’ai perdu mon œil droit, pourquoi j’ai la barbe et les sourcils ras et pourquoi je suis en ce moment chez vous.
«- C’est assez, dit Zobéide, nous sommes contentes; retirez-vous où il vous plaira. Le calender s’en excusa et supplia la dame de lui permettre de demeurer, pour avoir la satisfaction d’entendre l’histoire de ses deux confrères, qu’il ne pouvait, disait-il, abandonner honnêtement, et celle des trois autres personnes de la compagnie.»
Sire, dit en cet endroit Scheherazade, le jour, que je vois, m’empêche de passer à l’histoire du second calender; mais si votre majesté veut l’entendre demain, elle n’en sera pas moins satisfaite que de celle du premier. Le sultan y consentit, et se leva pour aller tenir son conseil.
XL NUIT.
Dinarzade, ne doutant point qu’elle ne prit autant de plaisir à l’histoire du second calender qu’elle en avait pris à l’autre, ne manqua pas d’éveiller la sultane avant le jour: Si vous ne dormez pas, ma sœur, lui dit-elle, je vous prie de commencer l’histoire que vous nous avez promise. Scheherazade aussitôt adressa la parole au sultan, et parla dans ces termes:
Sire, l’histoire du premier calender parut étrange à toute la compagnie et particulièrement au calife. La présence des esclaves avec leurs sabres à la main ne l’empêcha pas de dire tout bas au vizir: «Depuis que je me connais, j’ai bien entendu des histoires, mais je n’ai jamais rien ouï qui approchât de celle de ce calender.» Pendant qu’il parlait ainsi, le second calender prit la parole, et l’adressant à Zobéide:
HISTOIRE DU SECOND CALENDER, FILS DE ROI.
«Madame, dit-il, pour obéir à votre commandement et vous apprendre par quelle étrange aventure je suis devenu borgne de l’œil droit, il faut que je vous conte toute l’histoire de ma vie.
«J’étais à peine hors de l’enfance, que le roi mon père, car vous saurez, madame, que je suis né prince, remarquant en moi beaucoup d’esprit n’épargna rien pour le cultiver. Il appela auprès de moi tout ce qu’il y avait dans ses états de gens qui excellaient dans les sciences et dans les beaux-arts.
«Je ne sus pas plus tôt lire et écrire que j’appris par cœur l’Alcoran [25] tout entier ce livre admirable qui contient le fondement, les préceptes et la règle de notre religion [26]. Et afin de m’en instruire à fond, je lus les ouvrages des auteurs les plus approuvés et qui l’ont éclairci par leurs commentaires. J’ajoutai à cette lecture la connaissance de toutes les traditions recueillies de la bouche de notre prophète par les grands hommes ses contemporains. Je ne me contentai pas de ne rien ignorer de tout ce qui regardait notre religion: je me fis une étude particulière de nos histoires; je me perfectionnai dans les belles-lettres, dans la lecture de nos poètes, dans la versification; je m’attachai à la géographie, à la chronologie et à parler purement notre langue, sans toutefois négliger aucun des exercices qui conviennent à un prince. Mais une chose que j’aimais beaucoup et à quoi je réussissais principalement, c’était à former les caractères de notre langue arabe. J’y fis tant de progrès que je surpassai tous les maîtres écrivains de notre royaume qui s’étaient acquis le plus de réputation.
«La renommée me fit plus d’honneur que je ne méritais. Elle ne se contenta pas de semer le bruit de mes talents dans les états du roi mon père, elle le porta jusqu’à la cour des Indes, dont le puissant monarque, curieux de me voir, envoya un ambassadeur avec de riches présents pour me demander à mon père, qui fut ravi de cette ambassade pour plusieurs raisons. Il était persuadé que rien ne convenait mieux à un prince de mon âge que de voyager dans les cours étrangères, et d’ailleurs il était bien aise de s’attirer l’amitié du sultan des Indes. Je partis donc avec l’ambassadeur, mais avec peu d’équipage, à cause de la longueur et de la difficulté des chemins.
[23] Commandeur des croyants, ou prince des fidèles, en arabe Émir-almoumenin; c’est de ce nom que nos anciens historiens ont fait celui de Miramolin.
[24] Bagdad, ville fondée par Almansour, second calife de la dynastie des Abbassides. Ce prince, dégoûté du séjour de la ville de Haschemiah près de Coufah, où des rebelles étaient venus l’assiéger dans son château, résolut de bâtir une ville où il fût plus en sûreté. Après avoir choisi, d’après le conseil de ses astrologues, un jour et un moment heureux, il jeta les fondements de sa capitale dans une campagne située sur les bords du Tigre, et que Chosroès-Nourschirvan avait donnée autrefois en apanage à une de ses femmes. Cette princesse y avait fait bâtir une chapelle dédiée à une idole nommée Bag, et avait en même temps donné à cette campagne le nom de Bagdad, ce qui signifie en persan le don de Bag. Bagdad, comme toute la province de l’Irac-Araby, dont elle est la principale ville, appartient aujourd’hui au Grand-Seigneur.
[25] L’Alcoran, ou, plus exactement, le Coran, mot arabe qui signifie lecture, est le recueil des prétendues révélations faites à Mahomet par le Très-Haut au moyen de l’entremise de l’ange Gabriel. Il se compose de cent quatorze chapitres, ou surates, que le prophète des Arabes publia successivement, faisant croire à ses disciples que l’ange Gabriel lui remettait par portions ce livre qui était sorti complet des mains de Dieu. La première révélation est séparée de la dernière par un espace de vingt-trois ans. Le prophète avait quarante ans lorsqu’il annonça avoir reçu la première visite de l’ange Gabriel; ces visites continuèrent jusqu’à la mort de Mahomet, et il dictait à un secrétaire les différents chapitres du saint livre à mesure que l’envoyé de Dieu les lui apportait. L’art de l’écriture était encore rare à cette époque, et il ne paraît pas que Mahomet ait su écrire.
[26] La religion musulmane est fondée sur le pur déisme; ses sectateurs la divisent en deux branches, dont l’une est appelée la foi, et l’autre le culte ou la pratique. La foi consiste dans la croyance au symbole suivant: Il n’y a qu’un Dieu, et Mahomet est le prophète de Dieu.