Les vaisseaux du temps [The Time Ships - fr]
- Автор: Бакстер Стивен М.
- Год: 1998
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-08491-8
- Переводчик: Bernard Sigaud
- Жанр: Альтернативная история
Электронная книга - «Les vaisseaux du temps [The Time Ships - fr]». Краткое содержание книги:
Par une chance extraordinaire, la narration de ce second voyage est parvenue à Stephen Baxter, un siècle exactement après la parution, en 1895, de La machine à explorer le temps.
En voici la fidèle et surprenante transcription.
Il n’est pas nécessaire pour le goûter d’avoir lu le récit du premier voyage.
Reparti dans un lointain avenir, le Voyageur surpris découvre un monde différent de celui qu’il avait exploré, où les Morlocks disposent d’une civilisation technologique avancée et ne ressemblent plus aux barbares qu’il a connus.
Flanqué du Morlock Nebogipfel, il s’aventurera sur les Vaisseaux du temps jusqu’aux confins du temps et de l’espace, des univers parallèles et des possibles.
Sans jamais perdre l’espoir de retrouver la délicieuse Weena.
Les vaisseaux du temps, dans la tradition de la plus haute science-fiction britannique, celle de Wells, de Stapledon, de Brunner, de Ballard, d’Aldiss et de Banks, est à la fois un roman d’aventures et un conte philosophique.
C’est sans doute l’un des plus grands textes de science-fiction de la décennie. Il a obtenu le British Science-Fiction Award 1996, le John Campbell Memorial Award 1996 et le Philip K. Dick Award 1997, et il a figuré parmi les cinq finalistes du prix Hugo en 1996.
Et, en dessous de moi – c’est à peine si j’osais baisser les yeux –, s’ouvrait un gouffre d’étoiles, caverne sans fond dans laquelle nous tombions à jamais, Nebogipfel et moi !
— Nebogipfel, pour l’amour de Dieu, que nous est-il arrivé ? Une catastrophe s’est-elle produite ?
Il me dévisagea. Par quelque déconcertant prodige, ses pieds flottaient à quelques pouces au-dessus du plancher de la capsule, car, tandis qu’elle tombait dans le vide, nous tombions nous aussi, tels des petits pois dans une boîte d’allumettes !
— Nous avons été libérés de la Sphère. Les effets de sa rotation…
— Je comprends tout cela, dis-je. Mais pourquoi ? Devons-nous tomber ainsi jusqu’à la Terre ?
Je trouvai sa réponse tout à fait terrifiante.
— Essentiellement, oui.
Ensuite, je n’eus plus la force de poser d’autres questions, car je m’aperçus que je commençais moi aussi à flotter dans l’exiguë cabine comme un ballon ; cette révélation s’accompagna d’une lutte contre la nausée qui dura de longues minutes.
Je recouvrai enfin une maîtrise partielle de mon corps.
Je demandai à Nebogipfel de m’expliquer les principes de son vol vers la Terre. Et, lorsqu’il eut fini, je compris combien élégante et économique était la solution trouvée par les Morlocks pour relier la Sphère à son cordon de planètes survivantes – à un tel point que j’aurais dû la deviner et réfuter toutes mes élucubrations impliquant des fusées. Et pourtant c’était là un nouvel exemple de la tendance à l’inhumanité de l’âme morlock ! Au lieu du grandiose yacht spatial que j’avais imaginé, j’allais voyager de l’orbite de Vénus jusqu’à la Terre dans rien de plus reluisant que ce cercueil en forme de pastille.
Peu d’hommes de mon siècle se rendaient compte à quel point l’Univers n’est que vacuité avec, flottant çà et là, quelques poches de chaleur et de vie, et quelles prodigieuses vitesses sont donc nécessaires pour franchir des distances interplanétaires en un laps de temps raisonnable. Or la Sphère des Morlocks se mouvait déjà, à son équateur, avec une incommensurable vélocité. Les Morlocks n’avaient donc nul besoin de fusées ni de canons pour atteindre des vitesses interplanétaires. Ils laissaient simplement tomber leurs capsules hors de la Sphère et la rotation faisait le reste.
Ainsi avaient-ils procédé pour nous. À pareille allure, m’informa le Morlock, nous devrions atteindre les parages de la Terre en quarante-sept heures exactement.
J’examinai la capsule mais ne pus voir la moindre trace de fusées ni d’aucun autre moyen de propulsion.
Je lévitais comme un géant maladroit dans cette petite cabine ; ma barbe flottait devant mon visage telle une nuée grise et ma veste ne cessait de remonter sous mes omoplates.
— Je comprends les principes du lancement, dis-je à Nebogipfel, mais comment cette capsule est-elle guidée ?
Il hésita quelques secondes puis dit :
— Elle ne l’est pas. Avez-vous mal compris ce que je vous ai dit ? La capsule n’a besoin d’aucune force motrice, car la vélocité qui lui est impartie par la Sphère…
— Oui, dis-je impatiemment, j’ai compris tout cela. Mais supposons qu’à la suite d’une erreur dans le lancement nous soyons en train de dévier de notre trajectoire et allions manquer la Terre…
Car j’étais conscient que la moindre erreur au départ de la Sphère, ne fut-ce que d’une fraction de degré, pouvait, vu l’immensité des distances interplanétaires, nous faire manquer la Terre de plusieurs millions de milles, et qu’ensuite, vraisemblablement, nous continuerions de voler à jamais dans le vide entre les étoiles, maudissant les responsables jusqu’à l’expiration de notre réserve d’air !
Il parut troublé.
— Il n’y a pas eu d’erreur.
— Mais tout de même, insistai-je, s’il y avait une erreur, à la suite, peut-être, d’un défaut mécanique, comment alors pourrions-nous, dans cette capsule, rectifier notre trajectoire ?
Il réfléchit quelque temps avant de répondre :
— Il n’existe pas de défauts, répéta-t-il. Aussi cette capsule n’a-t-elle pas besoin de la propulsion correctrice que vous suggérez.
Je ne pus d’abord le croire tout à fait, et il me fallut demander à Nebogipfel de le répéter plusieurs fois avant que je n’acceptasse cette vérité. Car c’était vrai : une fois éjecté, l’engin filait entre les planètes sans plus d’intelligence qu’une pierre qu’on lance. Et ma capsule traversait l’espace aussi passivement que l’obus lunaire de Jules Verne.
Lorsque je protestai devant la légèreté de cet arrangement, j’eus l’impression que le Morlock était scandalisé – comme si je tentais d’imposer à un ecclésiastique aux idées ostensiblement larges la discussion d’un sujet moralement douteux –, et je renonçai.
La capsule tournait lentement sur elle-même, faisant pivoter autour de nous les étoiles lointaines et l’immense muraille qu’était la Sphère ; je crois que sans cette rotation il m’eût été possible de m’imaginer en sécurité dans un lieu fixe – quelque désert nocturne, peut-être. Mais ce mouvement de culbute me rappelait constamment que j’étais dans une boîte fragile, perdue au profond de l’espace et tombant sans soutien, ni attache, ni possibilité de direction. Je passai mes premières heures dans cette capsule paralysé par la peur. Je ne pouvais m’habituer à la transparence des parois qui nous entouraient ni à l’idée qu’à présent que nous étions lancés nous n’avions aucun moyen de modifier notre trajectoire. Ce voyage avait tout du cauchemar – une chute libre dans une insondable obscurité sans pouvoir rectifier la situation pour sauver ma vie. Voilà donc résumée la différence essentielle entre l’esprit d’un Homme et celui d’un Morlock. Car quel Homme confierait sa vie à un parcours balistique sur des distances interplanétaires sans avoir un moyen quelconque d’infléchir sa trajectoire ? Mais ainsi raisonnaient les Néo-Morlocks : après un demi-million d’années d’une technologie continuellement perfectionnée, un Morlock ferait sans réfléchir confiance à ses machines, car ses machines ne le trompaient jamais.
Mais je n’étais pas un Morlock !
Peu à peu, toutefois, mon humeur se radoucit. Mis à part le lent basculement de la capsule, qui se poursuivit tout au long de mon voyage vers la Terre, les heures s’écoulèrent dans un calme et un silence seulement interrompus par la respiration chuchotée de mon compagnon morlock. Il faisait juste assez chaud à l’intérieur de l’engin et je flottais dans un confort physique total. Les parois étaient faites de la matière infiniment modulable du Sol et, sur un geste de Nebogipfel, je disposai de nourriture, de boissons et d’autres commodités, bien que le choix en fût plus limité que dans la Sphère, dotée d’une plus grande mémoire que notre capsule.
Nous traversâmes donc la grandiose cathédrale de l’espace interplanétaire avec une aisance parfaite. Je commençai à avoir l’impression d’être désincarné, et un sentiment de détachement et de liberté absolus s’empara de moi. Cette expérience ne ressemblait pas à un voyage, ni même – à l’issue de ces premières heures – à un cauchemar, mais elle prenait les couleurs du rêve.
20. Ma relation du futur lointain
Au deuxième jour de notre vol, Nebogipfel me demanda une fois de plus de lui relater mon premier voyage dans le futur.
— Vous avez réussi à reprendre votre véhicule aux Morlocks, me souffla-t-il. Et vous avez poursuivi votre course dans l’avenir de cette autre Histoire…