Le vingtième siècle: la vie électrique
- Автор: Robida Albert
- Год: 1890
- Язык: французский
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le vingtième siècle: la vie électrique». Краткое содержание книги:
— Monsieur le ministre des Finances, c'est le progrès! Mais tranquillisez-vous. Je me fais fort de vous trouver mieux, beaucoup mieux que tout cela, avant deux ans!
— Comment! Mais alors il nous faudra encore recommencer dans deux ans?
«PLUS D'EXPLOSIFS, DES MIASMES!»
— Sans doute!.. Mais attendez et ne maudissez pas la science! Je vous disais que l'ère des explosifs touchait à sa fin… Nous avons eu l'ère du fer, le temps des chevaliers enfermés dans leurs carapaces, chargeant, la lance en avant, ou tapant comme des sourds, à coups de masses d'armes, de pommes de lourdes épées; ensuite, l'ère de la poudre, le temps des canons lançant d'abord assez maladroitement boulets et obus; puis l'ère des explosifs divers, des produits chimiques meurtriers et des engins perfectionnés, portant la destruction à des distances de plus en plus longues; ce temps-là touche à sa fin, la guerre chimique est usée à son tour! Faut-il vous révéler le sujet de mes recherches actuelles, l'affaire à laquelle je vais exclusivement me consacrer dès que nous aurons réglé celle qui fait l'objet de notre réunion? Le temps me semble venu de faire la guerre médicale! Plus d'explosifs, des miasmes! Nous avons déjà commencé, vous le savez, puisque nous comptons dans nos armées un corps médical offensif, pourvu d'une petite artillerie à miasmes délétères; mais ce n'est qu'un essai, un timide essai!.. Notre corps médical offensif n'a encore servi à rien de bien sérieux… Et pourtant, l'avenir est là, messieurs! De tous côtés, les savants cherchent; l'affaire de la migranite, cette indisposition à laquelle personne n'a pu échapper, en est une preuve: la migranite nous a été envoyée par une nation étrangère… Avant peu, on ne se battra pas autrement qu'à coups de miasmes! Je vais poursuivre mes recherches dans le plus grand secret, et, avant deux ans, je transforme définitivement l'art de la guerre! Plus d'armées, ou du moins n'en aura-t-on que juste ce qu'il faut pour recueillir les fruits de l'action du corps médical offensif! Supposons-nous en état de guerre avec une nation quelconque: je couvre cette nation de miasmes choisis, je répands telle ou telle combinaison de maladie qu'il me plaît, et l'armée auxiliaire du corps médical n'a qu'à se présenter et à imposer à cette nation couchée sur le flanc, tout entière malade, les conditions de la paix… C'est simple, c'est facile et c'est humanitaire! Messieurs, j'en suis certain d'avance, ce n'est pas comme chimiste, c'est comme philanthrope que l'avenir m'appréciera…
UNE GOUTTE D'EAU VUE AU MICROSCOPE: 590,000 MICROBES ET BACILLES!
— Mais cette diffusion des miasmes de l'autre côté de la frontière n'est pas sans danger pour nous…
— Pardon, général! J'ai eu préalablement le soin de couvrir notre frontière d'un rideau de gaz isolateur, impénétrable à ces miasmes, autant pour empêcher le retour de nos miasmes que pour arrêter ceux de l'ennemi… Je ne me dissimule pas les difficultés, mais c'est une affaire de temps: avant deux ans, j'aurai trouvé les procédés et paré à toutes les difficultés, l'affaire sera mûre et nous entrerons dans la période de la réalisation… Vous voyez que la science transforme encore une fois la guerre et que, d'effroyablement barbare dans ses effets, elle la rend tout à coup douce et humanitaire. Lorsque les corps médicaux offensifs seuls seront aux prises, vous ne verrez plus ces effroyables hécatombes d'êtres jeunes et valides dont l'ère de la poudre et l'ère des explosifs nous donnaient l'horrible spectacle à chaque collision de peuples. Quel est l'objectif d'un général au jour d'une bataille? C'est de mettre le plus possible d'ennemis hors d'état de nuire à ses troupes ou de s'opposer à sa marche en avant, n'est-ce pas? Il fallait, jusqu'à présent, se livrer pour cela à de féroces tueries, par le canon, les explosifs, les produits chimiques, les gaz asphyxiants, etc… Eh bien! lorsque je serai maître de tous mes procédés, toutes les armées que l'ennemi lancera sur nous, je me chargerai de les coucher sur le sol, intoxiquées, malades autant que je le voudrai et, pour quelque temps, incapables de lever le doigt! La science, à force de perfectionner la guerre, la rend humanitaire, je maintiens le mot! Au lieu d'hommes, dans la fleur de leur vigueur et de leur santé, couchés par centaines de mille dans un sanglant écrabouillement, la guerre, par les corps médicaux offensifs, ne laissera sur le carreau que les valétudinaires, les affaiblis, les organismes grevés de mauvaises hypothèques, qui n'auront pu supporter l'effet des miasmes! Ainsi la guerre, éliminant les êtres faibles et maladifs, tournera finalement au profit de la race… Une nation vaincue sur le champ de bataille se trouvera, en compensation, purifiée, j'ose le dire! Ai-je raison de qualifier de bienfaisante et d'humanitaire cette future forme de la guerre? N'ai-je pas, en définitive, le droit de me proclamer un véritable bienfaiteur de l'humanité, puisque avec la guerre purement médicale que j'inaugure je terrasse à jamais l'antique barbarie? Maintenant, donnez-moi deux ans encore ou dix-huit mois, le temps de porter au point de perfection les engins spéciaux que je rêve, de surmonter les dernières difficultés et de réunir des approvisionnements de gaz toxiques suffisamment étudiés, préparés et dosés… et revenons pour l'instant à notre affaire…
LA NYMPHE DE LA SEINE.
— Du grand MÉDICAMENT NATIONAL! acheva Sulfatin.
— National! appuya Philox Lorris, c'est un médicament national que je veux lancer et pour lequel je sollicite l'appui du gouvernement! Mon grand médicament microbicide, dépuratif, régénérateur, réunit toutes les qualités, concentrées et portées à leur maximum, des mille produits divers plus ou moins bienfaisants, exploités par la pharmacie; il est destiné à les remplacer tous… L'État, qui veille surtout et sur tous, qui s'occupe du citoyen souvent plus que celui-ci ne voudrait, qui le prend dès l'instant de sa naissance pour l'inscrire sur ses registres, qui l'instruit, qui dirige une grande partie de ses actions et l'ennuie très souvent, il faut l'avouer, qui s'occupe même de ses vices, puisqu'il lui fournit son alcool et son tabac, l'État a pour devoir de s'occuper de sa santé… Pourquoi n'aurait-il pas le monopole des médicaments, comme il avait jadis celui des allumettes, quand il y avait des allumettes, et comme il a encore celui du tabac? Oui, c'est un monopole nouveau que je vous propose de créer, pour exploiter avec moi mon grand médicament national…
DÉCHÉANCE PHYSIQUE DES RACES TROP AFFINÉES
— Mais êtes-vous absolument certain de l'efficacité de votre médicament national?…
— Si j'en suis certain!.. Attendez! Sulfatin, qu'on fasse venir votre malade La Héronnière. C'est sur lui que nous avons expérimenté… Vous avez tous connu Adrien La Héronnière, notre très éminent concitoyen, arrivé au dernier degré de l'anémie physique et morale, tellement archi-usé qu'aucun médecin ne voulait l'entreprendre, malgré l'énormité des primes proposées, en raison de l'indemnité payable en cas de non-réussite… Mon collaborateur Sulfatin l'a entrepris, et vous allez voir ce qu'il a fait en dix-huit mois de ce valétudinaire à bout de souffle… M. La Héronnière est en bon état de réparation; avant peu, il sera comme neuf!..
— Très bien, mais c'est que nous avons à compter avec l'opposition dans les Chambres, dit un des hommes politiques, et la création d'un nouveau monopole soulèvera peut-être de fortes objections…
— Allons donc! Avec un exposé des motifs bien fait: état morbide de la nation bien démontré, l'ennemi signalé; l'anémie et la déchéance physique qu'elle entraîne, la terrible anémie s'abattant sur un organisme déjà envahi par cent variétés de microbes divers… Puis chant de victoire, le remède est trouvé, c'est le grand médicament national de l'illustre savant et philanthrope Philox Lorris! Le grand médicament national foudroie tous les bacilles, vibrions et bactéries, il terrasse la terrible anémie, il relève le tempérament national, rétablit les fonctions de tous les organismes fêlés, combat victorieusement l'atrophie musculaire, la sénilité prématurée, etc.. Et le monopole est voté à quatre cents voix de majorité. Et nous avons, en même temps que le profit matériel, la gloire et la joie de rendre réellement force et santé à l'homme moderne, si horriblement surmené!!!»