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Le vingtième siècle: la vie électrique

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Le vingtième siècle: la vie électrique
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«Heureusement ma fille aura Grettly!» pensa-t-elle.

M. Philox Lorris avait chargé son phono de recevoir les candidatures des gens.

Ce fut un véritable défilé pendant quelques jours. L'appareil enregistrait les déclarations, photographiait les candidats. M. Philox Lorris, de cette façon, put fixer ses choix sans bavardages oiseux et sans perte de temps. Il eut à écarter de nombreux candidats ne pouvant justifier d'études complètes et bons à servir seulement dans la petite bourgeoisie, moins exigeante sur les titres; il lui fallut même repousser aussi des polytechniciens dont certaines circonstances avaient entravé la carrière:

«Quels sont vos titres? demandait le phonographe aux candidats; parlez et veuillez remettre vos brevets.»

Le concierge engagé avait, ainsi que sa femme, outre les meilleures références, les brevets des baccalauréats ès sciences; quant aux mécaniciens, ils sortaient dans les bons numéros de l'École centrale. On pouvait leur remettre en toute confiance la direction des forces électriques de la maison.

C'est ainsi que fut organisée la maison destinée aux deux jeunes gens. Malgré les hauts cris de Mme Lacombe, Philox Lorris tint bon et fit accepter son programme sans y apporter aucune modification. Il sut fournir la maison de tous les perfectionnements que la mécanique a de nos jours apportés dans la vie habituelle, perfectionnements qui permettent de se passer des bonnes, des domestiques et du nombreux personnel que nos aïeux devaient entretenir autour d'eux.

RÉCEPTION DES SOLLICITEURS.

«… NOS FLEUVES CHARRIENT LES PLUS DANGEREUX BACILLES.»

II

Les grandes affaires en train.- Conflit Costa-Rica-Danubien.- L'ère des explosifs va être close.- La guerre humanitaire.- Triste état de la santé publique.- Trop de microbes.- Le grand médicament national.

M. Philox Lorris ne voulait pas de femmes inoccupées. C'est un principe d'ailleurs généralement adopté. Devant la femme égale de l'homme, ayant reçu la même instruction, électrice, éligible, ayant les mêmes droits politiques et sociaux que l'homme depuis plus de trente ans, toutes les carrières jadis fermées se sont ouvertes. C'est un progrès immense, bien que certaines femmes à l'esprit réactionnaire, et justement Mme Philox Lorris est du nombre, prétendent y avoir perdu. Mais, hélas! toutes les carrières libérales, si encombrées déjà lorsque les hommes seuls pouvaient s'y lancer, le sont bien davantage maintenant que les femmes peuvent être notairesses, avocates, doctoresses, ingénieures, etc. Grâce aux vigoureuses campagnes menées par les cheffesses du parti féminin, nous avons maintenant des mairesses et même quelques sous-préfètes, et l'on vient de voir dans le dernier cabinet une ministresse! On le voit, une des carrières les plus belles et les plus productives en bénéfices, celle qui nourrit le mieux son homme, comme on disait autrefois, nourrit aussi la femme-l'industrie politique, petite et grande, côté opposition ou côté gouvernement, compte déjà de nombreuses notabilités féminines.

LA VIEILLE LUTÈCE ET LA NOUVELLE

La femme travaille donc à côté de l'homme, comme l'homme, autant que l'homme, au bureau, au magasin, à l'usine, à la Bourse!.. Par ce temps d'industrialisme et d'électrisme, quand la vie est devenue si déplorablement coûteuse, tous, hommes et femmes, s'occupent fiévreusement d'affaires. La femme qui ne trouve pas l'emploi de ses facultés dans l'industrie de son mari doit se créer à côté une autre industrie: elle ouvre un magasin, fonde un journal ou une banque, se démène et se surmène comme lui à travers la grande bataille des intérêts, au milieu des concurrences surexcitées.

Que deviennent le ménage intérieur et les enfants dans ce tourbillon? Les soucis du ménage sont allégés considérablement par les compagnies d'alimentation qui nourrissent les familles par abonnement; pour le reste, on a des femmes à gages, d'une éducation moins soignée ou d'ambition moindre, qui s'en chargent. Quant aux enfants, qui sont un embarras considérable pour des gens si occupés, les écoles, puis les collèges les reçoivent dès l'âge le plus tendre et l'on n'a que le souci des trimestres à payer, ce qui est déjà bien suffisant.

Ce sont des savants vieillis dans les laboratoires.

Mme Philox Lorris faisait exception à la règle, elle était restée complètement étrangère aux entreprises de son mari, n'avait jamais paru à ses laboratoires ni à ses bureaux et ne s'était lancée dans aucune entreprise particulière. Elle avait même dédaigné jusqu'à la politique, où pourtant la situation de son mari eût pu lui servir de marchepied initial. Elle ne sortait pas beaucoup; le bruit courait qu'elle s'occupait de sciences philosophiques et qu'au fond de son cabinet elle méditait les problèmes métaphysiques, attelée à un grand ouvrage de haute philosophie.

On aimait à se représenter ainsi la femme du plus illustre représentant de la science moderne, enfoncée dans ses recherches, au milieu des livres, lancée dans les chemins de l'inconnu, dans la forêt des hypothèses, à travers le lacis embroussaillé des erreurs, à la recherche des hautes vérités morales, comme son mari à la poursuite des grandes lois physiques.

Philox Lorris avait assigné une place à Estelle Lacombe au grand laboratoire, dans la section des recherches, la plus importante; les ingénieurs de cette section des recherches forment, pour ainsi dire, l'état-major du savant et travaillent sous ses yeux, avec lui; ce sont pour la plupart des gloires de la science, des savants vieillis dans les laboratoires, dès longtemps célèbres et pâlissant encore avec joie parmi les livres et les instruments, ou des jeunes gens dont Philox Lorris a deviné le génie naissant et que le maître illustre lance, pleins d'ardeur, sur les pistes inexplorées, sur toutes les voies pouvant conduire à la découverte des secrets de la nature.

Que faisait la pauvre Estelle, avec son médiocre bagage de science, au milieu de ces sommités scientifiques? C'est que les questions à l'ordre du jour dans le laboratoire, les sujets à l'étude sont bien autrement ardus, compliqués et difficiles que les questions et les sujets qui l'ont le plus tracassée au temps où elle piochait ses examens pour le brevet d'ingénieure! Au cours des discussions qu'elle entendait, lorsqu'elle essayait de monter jusqu'à la compréhension, même superficielle, des problèmes soulevés, il lui semblait que sa tête allait éclater.

Estelle avait d'abord été adjointe à quelques dames attachées à la section des recherches, savantes non moins éminentes, dans leurs diverses spécialités, que leurs confrères barbus. L'une de ces dames, sortie jadis de l'École polytechnique, section féminine, avec le nº 1, avait d'abord paru s'intéresser à la jeune fille, à qui elle supposait, en raison de son entrée au grand Labo, des facultés transcendantes. Mais le fond de la science d'Estelle lui était bien vite apparu et alors elle avait, avec une moue de mépris, tourné le dos à cette représentante de l'antique et douloureuse futilité féminine.

Estelle devint donc le secrétaire de l'ingénieur-secrétaire-général de Philox Lorris, de Sulfatin, bras droit de l'illustre savant, et cela lui plut davantage, d'abord parce que Sulfatin, qui lui montrait une certaine condescendance, ne l'intimidait plus, et surtout parce que cela la rapprochait de Georges Lorris. Alors elle passa ses journées dans le grand hall du secrétariat, prête à prendre des notes, à transmettre à l'occasion quelques ordres, ou à recevoir dans les phonos les recommandations de Philox Lorris destinées à être communiquées, comme des ordres du jour, à ses innombrables chefs de service. Philox Lorris jouait toujours du phonographe: de cette façon, c'était toujours et partout, même dans les plus lointaines usines, la voix du grand chef qui se faisait entendre et entretenait l'ardeur de ses collaborateurs.

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