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Maupassant

Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:

Ce livre des œuvres complètes de Guy de Maupassant est exhaustif. Il réunit ses huit romans (dont deux inachevés), ses quelques 350 nouvelles réunies en 24 recueils, ses sept pièces de théâtre (dont deux inachevées), toutes ses poésies (réunies en deux volumes), ses carnets de voyages ainsi que les centaines d’articles qu’il écrivit pour la presse entre 1876 et 1891 (classées par dates de publication et par recueils annuels). Une introduction de l’éditeur explique le parcours et l’œuvre de Guy de Maupassant. Ce livre est le fruit d'une somme de travail considérable. Les quelques milliers de pages de « Maupassant : Œuvres complètes » sont réparties en 57 volumes, ayant chacun un sommaire interactif propre. Aussi, un sommaire général permet d’accéder instantanément à n'importe lequel de ses volumes, ou, au choix, à un de ses chapitres, nouvelles, contes fantastiques, poésies, articles de presse, etc. Toutes ces œuvres ont été relues, corrigées lorsque cela était nécessaire, et mises en page avec soin pour en rendre leur lecture aussi agréable que possible.
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
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Elle lui arracha des mains la lettre qu’il lui tendait, et elle lut :

« Monsieur,

un grand malheur vient d’arriver. Notre ami, l’éminent artiste, M. Olivier Bertin, a été renversé par un omnibus, dont la roue lui passa sur le corps. Je ne puis encore me prononcer sur les suites probables de cet accident, qui peut n’être pas grave comme il peut avoir un dénouement fatal immédiat. M. Bertin vous prie instamment et supplie Mme la comtesse de Guilleroy de venir le voir sur l’heure. J’espère, Monsieur, que Mme la comtesse et vous, vous voudrez bien vous rendre au désir de notre ami commun, qui peut avoir cessé de vivre avant le jour.

Dr de Rivil. »

La comtesse regardait son mari avec des yeux larges, fixes, pleins d’épouvante. Puis soudain elle reçut, comme un choc électrique, une secousse de ce courage des femmes qui les fait parfois, aux heures terribles, les plus vaillants des êtres.

Se tournant vers sa domestique :

« Vite, je vais m’habiller ! »

La femme de chambre demanda :

« Qu’est-ce que Madame veut mettre ?

— Peu m’importe. Ce que vous voudrez.

« Jacques, reprit-elle ensuite, soyez prêt dans cinq minutes. »

En retournant chez elle, l’âme bouleversée, elle aperçut le cocher, qui attendait toujours, et lui dit :

« Vous avez votre voiture ?

— Oui, Madame.

— C’est bien, nous la prendrons. »

Puis elle courut vers sa chambre.

Follement, avec des mouvements précipités, elle jetait sur elle, accrochait, agrafait, nouait, attachait au hasard ses vêtements, puis, devant sa glace, elle releva et tordit ses cheveux à la diable, en regardant, sans y songer cette fois, son visage pâle et ses yeux hagards dans le miroir.

Quand elle eut son manteau sur les épaules, elle se précipita vers l’appartement de son mari, qui n’était pas encore prêt. Elle l’entraîna :

« Allons, disait-elle, songez donc qu’il peut mourir. »

Le comte, effaré, la suivit en trébuchant, tâtant de ses pieds l’escalier obscur, cherchant à distinguer les marches pour ne point tomber.

Le trajet fut court et silencieux. La comtesse tremblait si fort que ses dents s’entrechoquaient, et elle voyait par la portière fuir les becs de gaz voilés de pluie. Les trottoirs luisaient, le boulevard était désert, la nuit sinistre. Ils trouvèrent, en arrivant, la porte du peintre demeurée ouverte, la loge du concierge éclairée et vide.

Sur le haut de l’escalier le médecin, le Docteur de Rivil, un petit homme grisonnant, court, rond, très soigné, très poli, vint à leur rencontre. Il fit à la comtesse un grand salut, puis tendit la main au comte.

Elle lui demanda en haletant comme si la montée des marches eût épuisé tout le souffle de sa gorge :

« Eh bien, Docteur ?

— Eh bien, Madame, j’espère que ce sera moins grave que je n’avais cru au premier moment. »

Elle s’écria :

« Il ne mourra point ?

— Non. Du moins je ne le crois pas.

— En répondez-vous ?

— Non. Je dis seulement que j’espère me trouver en présence d’une simple contusion abdominale sans lésions internes.

— Qu’appelez-vous des lésions ?

— Des déchirures.

— Comment savez-vous qu’il n’en a pas ?

— Je le suppose.

— Et s’il en avait ?

— Oh ! Alors, ce serait grave !

— Il en pourrait mourir ?

— Oui.

— Très vite ?

— Très vite. En quelques minutes ou même en quelques secondes. Mais, rassurez-vous, Madame, je suis convaincu qu’il sera guéri dans quinze jours. »

Elle avait écouté, avec une attention profonde, pour tout savoir, pour tout comprendre.

Elle reprit :

« Quelle déchirure pourrait-il avoir ?

— Une déchirure du foie par exemple.

— Ce serait très dangereux ?

— Oui… mais je serais surpris s’il survenait une complication maintenant. Entrons près de lui. Cela lui fera du bien, car il vous attend avec une grande impatience. »

Ce qu’elle vit d’abord, en pénétrant dans la chambre, ce fut une tête blême sur un oreiller blanc. Quelques bougies et le feu du foyer l’éclairaient, dessinaient le profil, accusaient les ombres ; et, dans cette face livide, la comtesse aperçut deux yeux qui la regardaient venir.

Tout son courage, toute son énergie, toute sa résolution tombèrent, tant cette figure creuse et décomposée était celle d’un moribond. Lui, qu’elle avait vu tout à l’heure, il était devenu cette chose, ce spectre ! Elle murmura entre ses lèvres : « Oh ! Mon Dieu ! » et elle se mit à marcher vers lui, palpitante d’horreur.

Il essayait de sourire, pour la rassurer, et la grimace de cette tentative était effrayante.

Quand elle fut tout près du lit, elle posa ses deux mains, doucement, sur celle d’Olivier allongée près du corps, et elle balbutia :

« Oh ! Mon pauvre ami.

— Ce n’est rien », dit-il tout bas, sans remuer la tête.

Elle le contemplait maintenant, éperdue de ce changement. Il était si pâle qu’il semblait ne plus avoir une goutte de sang sous la peau. Ses joues caves paraissaient aspirées à l’intérieur du visage, et ses yeux aussi étaient rentrés comme si quelque fil les tirait en dedans.

Il vit bien la terreur de son amie et soupira :

« Me voici dans un bel état. »

Elle dit, en le regardant toujours fixement :

« Comment cela est-il arrivé ? »

Il faisait pour parler de grands efforts, et toute sa figure, par moments, tressaillait de secousses nerveuses.

« Je n’ai pas regardé autour de moi… je pensais à autre chose… à tout autre chose… oh ! Oui… et un omnibus m’a renversé et passé sur le ventre… »

En l’écoutant, elle voyait l’accident, et elle dit, soulevée d’épouvante :

« Est-ce que vous avez saigné ?

— Non. Je suis seulement un peu meurtri… un peu écrasé. »

Elle demanda :

« Où cela a-t-il eu lieu ? »

Il répondit tout bas :

« Je ne sais pas trop. C’était fort loin. »

Le médecin roulait un fauteuil où la comtesse s’affaissa. Le comte restait debout au pied du lit, répétant entre ses dents :

« Oh ! Mon pauvre ami… mon pauvre ami… quel affreux malheur ! »

Et il éprouvait vraiment un grand chagrin, car il aimait beaucoup Olivier.

La comtesse reprit :

« Mais, où cela est-il arrivé ? »

Le médecin répondit :

« Je n’en sais trop rien moi-même, ou plutôt je n’y comprends rien. C’est aux Gobelins, presque hors Paris ! Du moins, le cocher de fiacre, qui l’a ramené, m’a affirmé l’avoir pris dans une pharmacie de ce quartier-là, où on l’avait porté, à neuf heures du soir ! »

Puis se penchant vers Olivier :

« Est-ce vrai que l’accident a eu lieu près des Gobelins ? »

Bertin ferma les yeux, comme pour se souvenir, puis murmura :

« Je ne sais pas.

— Mais où alliez-vous ?

— Je ne me rappelle plus. J’allais devant moi ! »

Un gémissement qu’elle ne put retenir sortit des lèvres de la comtesse ; puis, après une suffocation qui la laissa quelques secondes sans haleine, elle tira son mouchoir de sa poche, s’en couvrit les yeux et se mit à pleurer affreusement.

Elle savait ; elle devinait ! Quelque chose d’intolérable, d’accablant, venait de tomber sur son cœur : le remords de n’avoir pas gardé Olivier chez elle, de l’avoir chassé, jeté à la rue où il avait roulé, ivre de chagrin, sous cette voiture.

Il lui dit de cette voix sans timbre qu’il avait à présent :

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